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La politique française semble jouer toujours le même match. Les progressistes avancent, les conservateurs résistent, puis finissent par céder et défendent 20 ans plus tard ce qu’ils combattaient. Philippe Herlin, docteur en économie, est connu pour ses ouvrages de finance parus chez Eyrolles. Dans L’Erreur de la Droite, publié le 28 octobre aux éditions de L’Artilleur, il cherche la cause de cette défaite à répétition. Il ne parle pas d’une erreur parmi d’autres, mais d’une seule, originelle, dont découlent toutes les autres. Son titre est au singulier pour cette raison, même s’il concède volontiers que la droite française cumule ensuite « beaucoup d’erreurs et de fautes ».
Le piège du temps
La thèse tient en une idée, empruntée au philosophe germano-américain Leo Strauss, auteur de Droit naturel et histoire et encore peu lu en France. Avant le 18e siècle, l’honnête homme, celui que l’on qualifierait aujourd’hui d’homme de droite, défendait le droit naturel. Il s’agissait de distinguer le Bien du Mal, indépendamment des époques et des rapports de force. Ce droit naturel puise à 2 sources : la tradition judéo-chrétienne et le rationalisme grec, qui donnera plus tard l’humanisme.
Tout bascule avec la Révolution. Edmund Burke, figure fondatrice du conservatisme, ne la critique pas au nom du Bien et du Mal, mais parce qu’elle va trop vite. Il appelle donc à s’appuyer sur le passé et la tradition. Pour Herlin, comme pour Strauss, c’est là que la droite s’égare. Elle passe d’un repère vertical, la morale, à un repère horizontal, l’histoire. Or l’histoire est un « tumulte » qui ne permet pas de trancher entre le juste et l’injuste. Les traditions changent et ont toutes un point de départ. L’auteur rappelle que le christianisme naissant allait lui-même contre la tradition romaine, et que les conservateurs de l’époque l’ont combattu.
Progressistes et conservateurs commettent donc, selon lui, la même faute : ils se réfèrent tous deux à l’histoire. Les uns puisent leurs modèles dans le passé, de Philippe Auguste à Napoléon III. Les autres promettent que l’avenir libérera de tous les maux d’hier. En s’enfermant dans le rôle du conservateur, la droite a laissé le progrès à la gauche. Herlin cite l’art contemporain, souvent rejeté en bloc par la droite, ce qui permet à la gauche de se poser en défenseur de la création.
Le mariage pour tous comme symptôme
L’exemple le plus parlant est celui du mariage pour tous. Beaucoup de ceux qui défilaient contre la loi l’acceptent aujourd’hui. Pour l’essayiste, une droite qui accepte au bout de 20 ans ce qu’elle refusait hier perd toute crédibilité morale : on ne sait plus quelle est sa boussole. La même logique vaudrait pour la PMA, la GPA ou l’euthanasie, sujets sur lesquels la gauche garde l’initiative et la droite suit dans son sillage.
Il ne propose pas pour autant d’en faire une priorité de gouvernement. Il suggère de trancher la question par référendum, « une dernière fois », après un grand débat public, pour ne pas abandonner le sujet. Il oppose à cette droite française la droite américaine, qu’il juge plus ferme parce qu’elle se réfère davantage au droit naturel, notamment sous sa forme religieuse.
L’intervieweur lui a fait remarquer que la France n’a pas attendu Leo Strauss pour connaître le droit naturel, grâce à la tradition thomiste. Herlin en convient : ce droit est né en Europe. Il précise qu’il s’appuie sur des penseurs postérieurs à 1945 qui en ont renouvelé l’approche, comme Strauss ou l’économiste libertarien Murray Rothbard, défenseur lui aussi d’une nature humaine.
Défendre 1789 et le droit de propriété
L’essai prend à rebours une partie de la droite sur un point sensible. Philippe Herlin défend la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et la Déclaration d’indépendance américaine de 1776. Selon lui, ces 2 textes se réfèrent au droit naturel et à une transcendance, « l’Être suprême » dans le cas français.
Ce serait les textes suivants, à commencer par la Déclaration universelle de l’ONU, qui auraient effacé cette transcendance en multipliant les droits : droit à l’éducation, droits LGBT, et bien d’autres. Herlin y voit une manière de détruire la liberté de l’intérieur, puisque seul l’État peut faire respecter ces droits toujours plus nombreux, et qu’il gagne ainsi en emprise sur la vie des gens. La gauche défendrait ainsi tous les droits sauf un, le droit de propriété. Pour lui, c’est pourtant le fondement de tout : on est d’abord propriétaire de soi-même, ce qui exclut l’esclavage, puis de ce que l’on produit.
Son 4e chapitre est consacré à la vague woke. L’auteur y défend l’existence d’une nature humaine, point de départ du droit naturel et cible permanente des progressistes. Il énumère d’ailleurs plusieurs atteintes actuelles à ces principes.
- La liberté d’expression. Il juge « non négociable » ce qu’il décrit comme une remise en cause visant les réseaux sociaux. Il cite les propos d’Emmanuel Macron les rendant en partie responsables des émeutes du 17 octobre.
- Le DPE. Le diagnostic de performance énergétique, qui interdit de louer les logements mal notés, constitue selon lui une atteinte au droit de propriété. Rien ne justifie à ses yeux que l’État s’interpose entre un propriétaire et un locataire prêt à négocier un loyer plus bas.
L’Occident, l’individu et le refus du relativisme
Herlin reprend aussi de Strauss une conception de l’identité occidentale, définie par le dialogue et la confrontation entre ses 2 traditions fondatrices. Ce qui les unit, c’est la défense de la raison, de la famille et de la liberté individuelle, y compris face à l’État et au groupe. C’est, selon lui, la marque de l’Occident : un homme seul peut avoir raison contre tous, qu’il soit scientifique, artiste ou politique. Les autres civilisations placeraient au contraire le groupe au-dessus de l’individu, qu’il s’agisse de l’islam pratiqué de façon rigoureuse ou de la pensée chinoise.
L’auteur refuse donc le relativisme du « à Rome, fais comme les Romains ». Pour lui, interdire l’école aux filles en Afghanistan est injustifiable, « point à la ligne ». Il refuse tout autant d’imposer la démocratie par les armes, qu’il présente comme un travers de la droite américaine sous Bush, et encore aujourd’hui avec Trump face à l’Iran. Il juge l’Europe en déclin sur ce terrain : elle prendrait modèle sur la Chine, avec une Commission européenne qui intervient dans des domaines toujours plus nombreux.
L’Erreur de la Droite, de Philippe Herlin, éditions de L’Artilleur, 176 pages, 17,90 €.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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