Près de 12 millions de personnes vivent aujourd’hui avec la maladie de Parkinson dans le monde, et leur nombre pourrait atteindre 25 millions en 2050, selon une étude de modélisation publiée en 2025 dans le BMJ. Longtemps considérée comme une maladie rare, elle est devenue l’affection neurologique dont le nombre de malades progresse le plus vite. Une question divise désormais les spécialistes : cette explosion tient-elle seulement au vieillissement de la population, ou l’homme a-t-il lui-même fabriqué cette épidémie ?
Une maladie décrite il y a 2 siècles
On en trouve peut-être des traces dans des textes médicaux indiens et chinois très anciens. Mais la 1re description médicale claire date de 1817 : le médecin londonien James Parkinson publie alors un court Essai sur la paralysie agitante, à partir de 6 cas, dont certains simplement observés dans les rues de Londres. Il y décrit le tremblement au repos, la posture penchée en avant, la marche précipitée, et note que l’intelligence est préservée.
C’est à Paris, un demi-siècle plus tard, que la maladie prend son nom. À la Salpêtrière, Jean-Martin Charcot la distingue de la sclérose en plaques, ajoute la lenteur des mouvements à ses symptômes clés et propose de l’appeler « maladie de Parkinson ». Il refuse le terme de « paralysie agitante », puisque les malades ne sont ni vraiment paralysés ni toujours tremblants.
Les produits chimiques sur le banc des accusés
Seule une minorité de cas, de l’ordre de 10 à 15 %, s’explique par une mutation génétique héritée. Pour les autres, des chercheurs pointent l’environnement, ou la rencontre entre une prédisposition et des expositions toxiques. C’est la thèse des neurologues américains Ray Dorsey et Michael Okun, auteurs de The Parkinson’s Plan, pour qui la maladie serait largement causée par les produits chimiques présents dans notre alimentation, notre eau et notre air.
Plusieurs substances sont dans le viseur, car elles sont toxiques pour les neurones dont la destruction provoque la maladie :
- Des pesticides : l’herbicide paraquat et la roténone, utilisée pour tuer les poissons ;
- Des solvants industriels : le trichloréthylène, longtemps utilisé pour dégraisser les métaux et nettoyer les vêtements, et le perchloréthylène, employé dans les pressings ;
- La pollution de l’air.
Les indices s’accumulent. En 1983, en Californie, de jeunes toxicomanes ont développé du jour au lendemain un parkinsonisme sévère et irréversible après avoir consommé une héroïne de synthèse contaminée par une substance, le MPTP, qui détruit les neurones à dopamine et dont la structure est proche de celle du paraquat. Plus récemment, une étude de 2023 a montré que les anciens militaires américains passés par la base de Camp Lejeune, en Caroline du Nord, dont l’eau a été fortement contaminée au trichloréthylène jusque dans les années 1980, avaient un risque de Parkinson supérieur d’environ 70 %.
Un débat loin d’être tranché
D’autres spécialistes appellent à la prudence. Selon l’étude du BMJ, près de 90 % de la hausse attendue d’ici à 2050 s’expliquerait par le seul vieillissement de la population. Les preuves contre les toxiques restent par ailleurs contradictoires. Une méta-analyse très citée associe le paraquat à un risque multiplié par 1,6, mais une vaste étude américaine menée sur des agriculteurs n’a trouvé aucun lien clair. Il manque encore, selon le neurochirurgien américain John Gorecki, une preuve aussi solide que celle qui a fini par établir le lien entre le tabac et le cancer du poumon.
La maladie serait plutôt le fruit d’une vie entière, où se combinent les gènes, les toxiques, les traumatismes crâniens, les infections et l’âge. 2 agriculteurs peuvent travailler le même champ et un seul tomber malade. Le vieillissement reste un facteur incontournable, résume John Gorecki : « On ne peut pas légiférer contre un anniversaire. »
Un signal intrigue toutefois : les cas précoces, entre 20 et 49 ans, ont eux aussi doublé dans le monde, ce que le vieillissement ne suffit pas à expliquer.
Peut-on enrayer la vague ?
Ray Dorsey et Michael Okun se fixent un objectif ambitieux : stopper la hausse mondiale des nouveaux cas d’ici à 2035, grâce à la prévention et à un financement de la recherche multiplié par 10. Ils citent l’Angleterre, l’Allemagne et les Pays-Bas, où l’interdiction du paraquat et du trichloréthylène et la baisse de la pollution de l’air s’accompagneraient selon eux d’une stabilisation, voire d’une baisse, des nouveaux cas à âge égal. D’autres jugent cet objectif irréaliste, d’autant que les malades diagnostiqués aujourd’hui ont souvent été exposés 20 à 40 ans plus tôt.
En France, le paraquat est interdit depuis 2007 dans toute l’Union européenne. Depuis 2012, la maladie de Parkinson est reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs exposés aux pesticides.
De la belladone à la lévodopa
Les traitements ont longtemps tâtonné. James Parkinson recommandait la saignée et des plaies provoquées sur la peau. Au 19e siècle, Charcot prescrivait des alcaloïdes de la belladone, efficaces sur le tremblement, et avait même inventé un fauteuil vibrant, après avoir remarqué que ses patients allaient mieux après un long voyage en calèche ou en train.
La révolution est venue de la dopamine. En 1960, les Autrichiens Herbert Ehringer et Oleh Hornykiewicz découvrent son effondrement dans le cerveau des malades. Dès 1961, l’injection de lévodopa, la molécule que le cerveau transforme en dopamine, permet à des patients cloués au lit de se lever et de marcher. Elle reste aujourd’hui le traitement de référence, complété par la stimulation cérébrale profonde. Fait étonnant, une plante utilisée depuis des siècles dans la médecine traditionnelle indienne, le pois mascate, contient naturellement de la lévodopa.
Plus de 200 ans après sa description, la maladie reste incurable. D’où l’importance, plaident les spécialistes, de prévenir ce qui peut l’être.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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