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Maria Shahbaz avait 13 ans lorsqu’elle a été enlevée à sa famille chrétienne par un homme qui avait plus du double de son âge. Contrainte de renier sa foi et mariée contre son gré, elle a été rendue à son ravisseur en février 2026 par la Cour constitutionnelle fédérale du Pakistan, sans que les juges aient vérifié son âge comme l’exige la loi, et alors qu’une enquête antérieure avait établi qu’elle était mineure et que son certificat de mariage était un faux. Son cas illustre un phénomène que dénonce l’organisation juridique chrétienne ADF International : chaque année au Pakistan, des centaines de jeunes filles issues de familles chrétiennes ou d’autres minorités religieuses sont enlevées, converties de force à l’islam et mariées à leurs ravisseurs.
La conversion, un bouclier juridique
Selon l’organisation, la conversion forcée sert souvent à protéger les ravisseurs des poursuites. Une fois la jeune fille déclarée convertie à l’islam, l’auteur de l’enlèvement peut présenter le mariage comme légal, même lorsqu’il s’agit d’une enfant. Les victimes sont ensuite fréquemment poussées à témoigner en faveur de leur ravisseur, et les juges ignorent régulièrement les preuves officielles de leur âge pour les renvoyer auprès de leur « mari ».
ADF International, qui soutient des avocats sur place, affirme que les tribunaux hésitent souvent à intervenir, en raison de la pression de groupes islamistes, et que les familles sont dissuadées de porter plainte. Depuis 2019, son équipe asiatique dit avoir suivi 55 affaires au Pakistan, dont 17 concernant des mineures chrétiennes libérées. Chaque défense coûte entre 3 000 et 5 000 dollars de frais de justice.
Menacée à l’acide
Les témoignages recueillis par l’organisation se ressemblent. Reeha, 17 ans, a été enlevée sur le chemin de l’école par un voisin et 3 de ses amis, qui l’ont forcée à apposer ses empreintes digitales sur un document. « Ils m’ont dit qu’ils me brûleraient le visage à l’acide », raconte-t-elle. Mariée de force à l’un d’eux, séquestrée et violentée pendant plus de 2 mois, elle a réussi à s’enfuir par une porte restée ouverte. Sa mère et son jeune frère reçoivent toujours des menaces.
Saba, 16 ans, a été emmenée sous la menace d’une arme et séquestrée près de 20 jours. Après son évasion, ses parents, terrorisés par les menaces et la honte sociale qui frappe les victimes de violences sexuelles, ont hésité à la reprendre. Son mariage n’a été annulé qu’en janvier 2022. Shahida, elle, avait 11 ans lorsqu’elle a été « donnée » au frère de l’homme avec qui sa mère s’était enfuie. Après des années de sévices et 2 enfants, un tribunal a annulé sa conversion et son mariage, et lui a délivré de nouveaux papiers d’identité la mentionnant comme chrétienne.
La police sourde aux familles
Plusieurs familles dénoncent l’inertie des forces de l’ordre. Le père de Sana, 15 ans, enlevée dans la province du Pendjab en janvier 2025, s’est rendu à plusieurs reprises au commissariat. 12 jours après l’enlèvement, la police lui a annoncé que sa fille s’était convertie et mariée de son plein gré. Les documents se sont révélés falsifiés. Sana n’a retrouvé sa famille qu’en mai 2025, enceinte après 5 mois de sévices.
Pour Elishba, 14 ans, disparue le 11 juin 2025, la police a attendu 11 jours avant d’enregistrer la plainte de son père. Fait rare, un magistrat a refusé de la rendre à son ravisseur en reconnaissant qu’elle était mineure, mais sans ordonner de poursuites contre lui. Rentrée chez elle, l’adolescente a révélé avoir été menacée pour qu’elle témoigne en faveur de son ravisseur.
L’affaire Maria Shahbaz relancée
Soutenue par l’organisation, la famille de Maria Shahbaz a de nouveau saisi la Cour constitutionnelle fédérale en juillet. La Cour a accepté le recours et a ordonné, le 13 octobre, la réouverture de l’affaire.
ADF International demande au gouvernement pakistanais de fixer un âge minimum du mariage uniforme sur tout le territoire, pour empêcher ces enlèvements et ces mariages forcés. Selon l’Unicef, 100 millions de filles dans le monde risquent d’être mariées enfants au cours de cette décennie.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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