Présidentielle au Portugal : la droite reprend la main, Ventura (Chega) impose son tempo

Il se passe quelque chose de profond dans la vie politique portugaise. Un basculement lent mais désormais visible à l’œil nu. À l’approche du premier tour de l’élection présidentielle de ce 18 janvier, un scénario longtemps inimaginable devient crédible : voir deux candidats issus de la droite accéder au second tour. Une situation inédite depuis l’instauration du régime actuel, marqué depuis des décennies par une hégémonie culturelle et politique de la gauche.

Ce bouleversement ne doit rien au hasard. Il révèle un changement de climat idéologique et un rejet croissant du logiciel dominant. Pendant près d’un demi-siècle, le débat public portugais a été encadré par une gauche omniprésente, héritière directe de la révolution des Œillets. À la différence de l’Espagne, où la transition démocratique s’est faite par compromis, le Portugal a connu une rupture brutale, accompagnée d’une marginalisation systématique de tout ce qui pouvait s’apparenter à la droite politique ou culturelle.

Résultat : un paysage figé. D’un côté, une gauche progressiste sur le plan sociétal, clientéliste sur le plan économique. De l’autre, une droite gestionnaire, timide, technocratique, qui n’osait jamais remettre en cause les dogmes imposés. Pendant des décennies, les élections présidentielles se sont résumées à des figures consensuelles, fades, choisies précisément pour ne froisser personne et surtout ne rien changer.

La rupture Ventura

Cette époque semble toucher à sa fin. Et cette rupture porte un nom : André Ventura. Le leader de Chega n’est pas seulement un candidat parmi d’autres. Il incarne une fracture idéologique. Il a brisé des tabous, déplacé les lignes, imposé de nouveaux mots dans le débat public. Immigration, souveraineté, identité nationale : là où ces thèmes étaient auparavant évités ou diabolisés, ils sont désormais centraux.

Preuve de son influence : même ses adversaires reprennent son vocabulaire. Certains l’imitent maladroitement, d’autres tentent de surfer sur ses thèmes sans en assumer la radicalité. Mais le fait est là : Ventura a repris la main sur l’agenda politique.

Dans les sondages, aucun candidat de gauche ne dépasse aujourd’hui la barre symbolique des 2 %. Le seul socialiste encore visible reste marginal. Le reste du peloton est occupé par des profils situés, à des degrés divers, à droite de l’échiquier politique.

Une droite éclatée, mais dominée par Ventura

Face à Ventura, plusieurs candidats se disputent le même électorat. On trouve notamment l’ancien amiral Henrique Gouveia e Melo, figure respectée pour son rôle lors de la campagne vaccinale contre le Covid. Son profil militaire aurait pu séduire l’électorat conservateur. Mais en tentant de se « recentrer » pour attirer des voix de gauche, il a brouillé son image et donné le sentiment de renier ce qui faisait sa force. Une erreur stratégique qui pourrait lui coûter cher.

Autre prétendant : João Cotrim de Figueiredo, représentant d’un libéralisme économique assumé. Discours sur la baisse des impôts, l’État minimal, la mondialisation heureuse. Une rhétorique séduisante pour une partie des classes urbaines supérieures, mais qui semble décalée à l’heure des tensions géopolitiques, du protectionnisme croissant et du retour des États forts.

Enfin, Luís Marques Mendes, soutenu par le Premier ministre, incarne une droite institutionnelle, prudente, issue des années 1990. Un profil rassurant, mais qui peine à incarner le changement attendu par une partie croissante de l’électorat.

Le candidat du temps présent

Dans cette confrontation entre droites, un constat s’impose : chaque candidat semble représenter une époque révolue. L’amiral évoque les années 1980. Mendes rappelle les années 1990. Cotrim incarne l’optimisme libéral des années 2010. Mais nous ne sommes plus dans ces décennies-là.

Le contexte a changé. L’Europe fait face à une crise démographique, à une pression migratoire massive, à un retour des logiques de puissance. Le monde est redevenu conflictuel. Les peuples demandent protection, frontières, continuité culturelle.

Dans ce paysage, André Ventura apparaît comme le seul à parler le langage de l’époque. Identité, souveraineté, contrôle migratoire : ce sont aujourd’hui les vraies lignes de fracture politiques. Et il est, pour l’instant, le seul à les assumer frontalement.

Une recomposition historique

La présidentielle portugaise de 2026 pourrait ainsi marquer un tournant majeur. Non seulement par ses résultats, mais par ce qu’elle révèle : la fin d’un cycle idéologique entamé en 1974. Le retour du politique. Le retour du conflit d’idées. Et la fin du consensus mou.

Que Ventura gagne ou non, une chose est certaine : il a déjà remporté une bataille essentielle. Celle du cadre du débat. Celle des mots. Celle des thèmes. Et dans la politique moderne, cela compte parfois plus que le score final.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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