Les éditions Le Lombard ont annoncé la mort de Dino Attanasio, survenue le 17 janvier 2026. Le dessinateur, né à Milan le 8 mai 1925, venait d’avoir 100 ans. Considéré comme l’un des grands témoins de l’âge d’or de la bande dessinée franco-belge, il restera attaché à l’histoire du journal Tintin, où il signa notamment les aventures de Spaghetti, avant de donner un visage au héros Bob Morane en bande dessinée.
De Milan à la Belgique : un parcours forgé très tôt
Derrière le nom de Dino Attanasio, on retrouve Edoardo Attanasio, un artiste attiré dès l’enfance par plusieurs disciplines : musique, dessin et gymnastique. La musique occupe d’abord une place importante. À la fin des années 1930, il suit les pas de son père, violoniste et mandoliniste, en formant avec son frère Gianni un duo de guitaristes. Les « Attanasio Brothers » se produisent alors dans divers lieux de la capitale lombarde, tout en accompagnant leur père sur scène. Le communiqué rappelle même une participation à un intermède musical dans Ruy Blas de Jean Cocteau, dont certaines scènes sont tournées à Milan en 1947.
En parallèle, le dessin devient vite une seconde nature. Nourri de fumetti dès l’enfance, Attanasio commence à dessiner très tôt des bandes dessinées inspirées de figures populaires (Flash Gordon, Mandrake, Dick Tracy) et de l’univers Disney. Dès 1941, en pleine guerre, il exerce déjà de manière professionnelle, multipliant illustrations et planches publiées. Il suit aussi une formation à l’école des beaux-arts de Milan, où il obtient un diplôme en peinture, et participe à un des premiers longs métrages italiens d’animation, La Rose de Bagdad (1949).
Le tournant belge et les rencontres décisives
À la fin des années 1940, Attanasio choisit de se consacrer pleinement à la bande dessinée. En 1948, il quitte l’Italie d’après-guerre, jugée étouffante, et s’installe en Belgique avec son frère. Il y enchaîne divers petits boulots et réalise à cette époque une première couverture pour le journal Tintin, illustrant un conte signé Jean Ray. Le dessinateur est ensuite engagé par Georges Troisfontaines, patron de l’agence World Press, où il croise plusieurs noms majeurs de la BD : Eddy Paape, Victor Hubinon, Jean Graton, Albert Weinberg, Jean-Michel Charlier ou encore René Goscinny.
Ces rencontres structurent sa carrière. Des scénarios lui sont confiés pour Fanfan et Polo (dans La Libre Junior), et il travaille également pour d’autres titres belges et français, dont Petits Belges ou encore le Journal de Spirou.
Spaghetti : l’humour d’un immigré italien, devenu série culte
Le grand marqueur de la période Tintin reste Spaghetti. Après avoir dessiné Pastis et Dynamite (sur un scénario de Greg) en 1956, Attanasio retrouve René Goscinny l’année suivante. Ensemble, ils lancent une série humoristique bâtie autour d’un personnage créé par Attanasio, nourri par son expérience d’immigré italien en Belgique.
Spaghetti, souvent flanqué de son cousin Prosciutto, enchaîne péripéties, gags et jeux de mots. La série, lancée en 1957, rencontre un succès durable, et passe en albums à partir de 1961 dans la collection Jeune Europe chez Le Lombard. D’autres scénaristes prendront ensuite le relais au fil des décennies, jusqu’à constituer une saga d’environ une vingtaine de tomes. Le Lombard publiera une intégrale en six volumes en 2011 et 2012.
Bob Morane, Modeste et Pompon : des piliers de la BD franco-belge
Porté par ce succès, Attanasio se voit confier un personnage mythique : Bob Morane, héros des romans d’Henri Vernes. La bande dessinée paraît dans l’hebdomadaire Femmes d’aujourd’hui. Attanasio réalisera cinq albums jusqu’en 1963, avant de passer le relais à Gérald Forton.
Dans la même période, il reprend aussi Modeste et Pompon après Franquin, et dessine plus de 500 gags jusqu’en 1968 dans le journal Tintin. Il travaille également sur Jimmy Stone, puis retourne vers la presse italienne (Il Corriere dei Piccoli) avec d’autres créations.
Une fin de carrière marquée par la diversité
Après son départ du journal Tintin, Attanasio poursuit une carrière dense, notamment dans la presse néerlandaise. Il y publie Johnny Goodbye (avec Martin Lodewijk et Patty Klein) et De Macaroni’s (scénarios de Dick Matena). Dans les années 1980, il signe plusieurs projets ponctuels, puis adapte Le Décaméron en 1991 avec son fils Alexandre. Il reviendra même une dernière fois à Bob Morane au milieu des années 1990.
Un trait en mouvement, entre école de Marcinelle et réalisme
Le Lombard souligne enfin l’évolution graphique d’Attanasio : d’un style semi-réaliste à ses débuts, il passe à une ligne claire plus marquée (notamment dans Spaghetti), sans renoncer au réalisme quand le projet l’exige, comme sur Bob Morane. À travers cette longévité et cette capacité à changer de registre, Dino Attanasio restera comme l’un des derniers grands témoins de l’âge d’or de la BD franco-belge.
Illustration : DR
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