L’histoire des civilisations commence au bord des fleuves. Le Nil, le Tigre et l’Euphrate, le Yangtsé ou la Tamise ont permis l’essor des premières grandes villes. L’eau n’était pas seulement une ressource vitale pour boire : elle assurait l’agriculture, l’hygiène, le transport et le commerce. Hérodote écrivait déjà que l’Égypte était « un don du fleuve ».
Deux millénaires et demi plus tard, la question reste la même : que se passe-t-il lorsque les robinets se tarissent ?
Une abondance trompeuse
Plus de 70 % de la surface de la planète est recouverte d’eau. Mais l’immense majorité est salée. En réalité, seule une infime fraction – environ une goutte sur 10 000 – est de l’eau douce facilement accessible à l’homme.
Or la demande explose. La population mondiale a plus que doublé depuis 1970. Les villes s’étendent, parfois dans des zones arides. Les régimes alimentaires évoluent, l’agriculture s’intensifie, l’industrie se développe. Les centres de données, essentiels à l’économie numérique et à l’intelligence artificielle, consomment des volumes colossaux pour refroidir leurs serveurs. Cette consommation pourrait doubler d’ici 2030.
Dans le même temps, les nappes phréatiques sont pompées plus vite qu’elles ne se reconstituent. Les zones humides disparaissent. Les barrages modifient le régime des fleuves. Les pollutions rendent certaines ressources impropres à la consommation.
Vers une « faillite hydrique » mondiale
Les Nations unies alertaient déjà en 2023 sur une relation devenue « vampirique » entre l’humanité et l’eau. Environ 3,5 milliards de personnes subissent chaque année un stress hydrique sévère pendant au moins un mois.
Plus récemment, un rapport universitaire évoquait une « faillite hydrique mondiale » : près des trois quarts de la population vivent dans des pays considérés comme hydriquement vulnérables ou critiques. Plus de 2 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité.
La perspective est inquiétante : la demande mondiale en eau douce pourrait dépasser l’offre de 40 % d’ici la fin de la décennie.
Les grandes villes en première ligne
La crise n’est pas théorique. En 2017, Le Cap a frôlé le « jour zéro », moment où l’alimentation en eau aurait été coupée et rationnée. Chennai, en Inde, a vu ses principaux réservoirs s’assécher en 2019. Téhéran, São Paulo, Istanbul ont connu des tensions sévères.
Mais le phénomène touche aussi des pays développés. Londres, Los Angeles, New York font face à des pressions croissantes. Au Royaume-Uni, des responsables ont averti qu’en l’absence d’investissements massifs, le pays pourrait manquer d’eau potable au milieu de la prochaine décennie. Les fuites d’infrastructures vieillissantes aggravent la situation : des milliards de litres se perdent chaque jour.
Urbanisation, barrages et déséquilibres
Plus de la moitié de l’humanité vit désormais en ville. Or nombre de ces métropoles se développent dans des régions peu adaptées hydrologiquement. Pour compenser, elles s’appuient sur des nappes profondes, parfois surexploitées au point d’entraîner des affaissements de terrain irréversibles.
La construction massive de barrages modifie aussi les équilibres. La Chine a bâti plus de grands barrages que le reste du monde réuni. S’ils fournissent énergie et irrigation, ils piègent les sédiments et réduisent les débits en aval, affectant agriculteurs et écosystèmes.
En Inde, le pompage intensif des nappes dans la plaine indo-gangétique a été si massif qu’il aurait contribué à modifier légèrement l’axe de rotation de la Terre, affectant la précision des systèmes GPS.
L’eau comme arme
Les conflits liés à l’eau ne sont pas nouveaux. L’un des premiers affrontements documentés de l’histoire, en Mésopotamie, portait déjà sur des canaux d’irrigation.
Aujourd’hui, les tensions se multiplient. Depuis 2022, les violences liées à l’eau auraient presque doublé dans certaines régions. En Ukraine, la destruction du barrage de Kakhovka en 2023 a provoqué inondations et pénuries massives. L’infrastructure hydraulique est devenue une cible stratégique.
Plusieurs foyers d’instabilité inquiètent les observateurs :
– Le bassin de l’Indus, partagé entre l’Inde et le Pakistan, où la fonte des glaciers himalayens et les projets d’infrastructures mettent sous tension un traité vieux de 1960.
– Le Nil, avec le barrage de la Renaissance en Éthiopie, perçu par l’Égypte comme une menace existentielle, puisque plus de 90 % de son eau douce provient du fleuve.
– Les fleuves Colorado et Rio Grande entre les États-Unis et le Mexique, fragilisés par la sécheresse et les rivalités agricoles et urbaines.
Dans ces contextes, l’eau devient un levier géopolitique majeur.
Le changement climatique accentue la volatilité. Certaines régions deviennent plus humides, d’autres plus arides. Les pluies tombent au mauvais moment ou en quantités extrêmes. Les infrastructures ont été conçues pour des moyennes climatiques qui n’existent plus.
Chennai, frappée par la sécheresse en 2019, a subi deux ans plus tard des inondations dévastatrices. Les systèmes sont mis à rude épreuve par ces oscillations.
Des solutions techniques… et des limites politiques
Des technologies existent : dessalement plus efficace, recyclage des eaux usées, captation des eaux pluviales, détection des fuites, gestion intelligente par l’intelligence artificielle. Mais la technologie ne suffit pas.
L’eau est une ressource locale, difficilement stockable à grande échelle, impossible à substituer. Contrairement aux hydrocarbures ou aux terres rares, on ne peut pas la transporter massivement pour équilibrer un marché mondial. Elle doit être consommée là où elle tombe ou s’écoule.
Lorsque l’eau manque, il n’y a pas d’arbitrage global : seulement des choix locaux sur qui sera servi… et qui ne le sera pas.
Une ressource fondatrice
Le XXIe siècle est souvent présenté comme celui des terres rares ou des hydrocarbures. Mais la ressource décisive pourrait être bien plus élémentaire.
L’eau est à la base de tout : alimentation, énergie, stabilité sociale, santé publique. Sa raréfaction ou sa mauvaise gestion peut déclencher migrations, crises politiques et conflits armés.
Les « guerres de l’eau » ne sont pas une prophétie lointaine. Elles sont déjà en gestation. Reste à savoir si les sociétés sauront anticiper, coopérer et investir, ou si cette ressource fondatrice deviendra le principal facteur de déstabilisation du siècle.
Photo : Pixabay (cc)
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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