Abysses : une étude de l’Ifremer révèle comment les crevettes des grands fonds survivent dans des conditions extrêmes

Une étude scientifique menée par l’Ifremer et plusieurs partenaires internationaux apporte un éclairage inédit sur l’adaptation de la vie dans les abysses, en particulier chez les crevettes vivant à proximité des cheminées hydrothermales. Ces travaux, fondés sur l’analyse de 22 espèces de crevettes des grands fonds, montrent comment ces organismes ont développé des stratégies alimentaires extrêmes pour survivre dans un environnement sans lumière, soumis à de fortes contraintes thermiques et chimiques.

Une alimentation adaptée aux environnements les plus hostiles

D’après le communiqué scientifique publié le 18 février 2026, cette recherche associe l’Ifremer à plusieurs institutions internationales, dont la JAMSTEC, Sorbonne Université, l’Université de Liège ou encore l’Université de Southampton. L’objectif était de comparer les modes d’alimentation de crevettes vivant dans différents contextes des grands fonds marins, notamment à proximité des sources hydrothermales.

Les résultats mettent en évidence un véritable continuum alimentaire. Certaines espèces combinent plusieurs sources de nourriture, comme l’ingestion de bactéries, de petites proies ou encore de « neige marine », tandis que d’autres ont franchi un seuil évolutif radical en dépendant presque exclusivement de la symbiose bactérienne.

Des crevettes qui se nourrissent grâce à des bactéries logées dans leur tête

Le cas des espèces du genre Rimicaris illustre de manière spectaculaire cette adaptation. Les crevettes vivant au plus près des cheminées hydrothermales, notamment Rimicaris exoculataRimicaris karei et Rimicaris hybisae, ne se nourrissent plus de manière classique. Elles dépendent entièrement de bactéries symbiotiques qui transforment les éléments chimiques en nutriments, notamment en acides gras.

Ces bactéries, logées dans leur tête, constituent une véritable « usine biologique » leur permettant de survivre dans des milieux où la photosynthèse est impossible. Cette relation symbiotique n’est pas accidentelle : elle est le fruit d’un processus évolutif progressif et dynamique, qui s’est développé indépendamment chez plusieurs espèces.

Survivre sans lumière, entre 10 et 400 degrés

Les conditions de vie autour des cheminées hydrothermales comptent parmi les plus extrêmes de la planète. Au sommet de ces structures sous-marines, les températures peuvent atteindre 350 à 400 degrés, tandis que quelques centimètres plus bas, l’eau peut osciller entre 10 et 40 degrés.

L’étude souligne même qu’une crevette de la taille d’une main peut être exposée simultanément à des gradients thermiques très importants, avec une tête dans une eau chaude et l’extrémité du corps dans une eau beaucoup plus froide. Cette capacité d’adaptation physiologique constitue un exemple remarquable d’évolution en milieu extrême.

Une évolution plus complexe que prévu

Selon le premier auteur de l’étude, Pierre Methou, ces travaux renouvellent profondément la compréhension des symbioses chez les crevettes des grands fonds. Ils remettent en cause certaines classifications jugées trop simplistes des organismes hydrothermaux et montrent que l’évolution de ces espèces repose sur des facteurs complexes et dynamiques.

L’analyse comparative de 22 espèces, représentant près des deux tiers des familles connues de crevettes des grands fonds, permet ainsi de mieux comprendre comment la vie s’organise dans des environnements où l’énergie provient non pas du soleil, mais de la chimiosynthèse.

Des écosystèmes profonds d’une grande vulnérabilité

Au-delà de la découverte biologique, l’étude insiste sur la fragilité des écosystèmes des abysses. La singularité des espèces associées aux cheminées hydrothermales souligne leur dépendance à des conditions très spécifiques, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux perturbations extérieures.

Les chercheurs rappellent notamment les menaces croissantes liées à l’exploitation minière des grands fonds marins. La destruction de ces habitats uniques pourrait entraîner la disparition d’espèces hautement spécialisées, dont l’équilibre repose sur des symbioses biologiques millénaires.

Cette recherche, soutenue notamment par des programmes scientifiques nationaux et internationaux, confirme ainsi que les abysses ne sont pas des déserts biologiques, mais des laboratoires naturels d’évolution, où la vie développe des solutions radicales pour survivre dans des conditions que l’on aurait longtemps jugées incompatibles avec l’existence.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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