Une étude universitaire consacrée aux débuts de la plantation d’Ulster montre que l’Église établie, l’Église d’Irlande, aurait pu jouer un rôle de pont entre colons protestants et population gaélique native, mais qu’elle s’est progressivement transformée en facteur majeur de division religieuse et ethnique. L’analyse souligne que, dès le XVIIe siècle, les clivages confessionnels deviennent structurants dans l’organisation sociale et politique de l’Irlande, notamment en Ulster, où l’immigration protestante fut la plus massive.
Contrairement à une vision simplifiée, la situation religieuse n’était pas figée au départ. Les autorités anglaises estimaient même que la population d’Ulster restait religieusement « malléable », susceptible d’adopter une nouvelle confession dans le contexte de la conquête et de la réorganisation du territoire après la fuite des comtes et la mise en place de la plantation.
Une intégration initiale de clercs gaéliques vite abandonnée
Au début de la plantation, une stratégie relativement pragmatique fut envisagée : intégrer des membres du clergé gaélique au sein de l’Église officielle. Plusieurs évêques, notamment Andrew Knox ou Brute Babington, tentèrent de s’appuyer sur des prêtres locaux parlant irlandais afin d’évangéliser les populations autochtones.
Des ministres d’origine gaélique furent effectivement nommés dans certaines paroisses et chargés de convertir la population. Des textes religieux furent même traduits en langue irlandaise, notamment le Nouveau Testament et le Livre de la prière commune, afin de rendre la liturgie compréhensible aux fidèles locaux.
Dans plusieurs diocèses, des clercs natifs acceptèrent une forme de conformité religieuse, souvent davantage par pragmatisme social et économique que par conviction doctrinale. Certains voyaient dans l’intégration à l’Église officielle un moyen de préserver leur statut et leurs revenus dans un contexte de bouleversement politique.
L’anglicisation religieuse au détriment des populations locales
Cette tentative d’intégration ne dura pas. L’étude montre qu’en l’espace de quelques décennies, le clergé gaélique conformiste déclina fortement, remplacé par des ministres anglais et écossais jugés plus fiables par l’administration coloniale.
Ce remplacement s’inscrivait dans une logique plus large d’anglicisation. La plantation n’était pas seulement un projet foncier, mais aussi un projet civilisationnel visant à remodeler la société d’Ulster selon des normes anglaises, y compris sur le plan religieux. Dans ce contexte, l’adaptation du protestantisme à la culture gaélique passa au second plan.
Les meilleures paroisses furent confiées à des clercs britanniques, tandis que les prêtres d’origine irlandaise furent relégués à des fonctions subalternes ou à des paroisses pauvres, souvent sans véritable encadrement pastoral. Ce processus priva la population irlandophone d’un encadrement religieux efficace dans sa langue.
Une Église perçue comme étrangère et prédatrice
Un autre facteur décisif résidait dans la perception concrète de l’Église établie par la population locale. Si certains pasteurs ne cherchaient guère à convertir activement les Irlandais, ils continuaient en revanche à percevoir dîmes et revenus ecclésiastiques, parfois par l’intermédiaire de collecteurs particulièrement impopulaires.
Ce décalage entre absence d’encadrement spirituel et exigence fiscale contribua à nourrir un ressentiment profond. L’Église d’Irlande apparut progressivement moins comme une institution religieuse que comme un instrument du pouvoir colonial et économique.
Le succès parallèle du catholicisme missionnaire
Dans le même temps, l’Église catholique renforça sa présence missionnaire en Irlande, profitant du relatif abandon pastoral des populations gaéliques par l’Église établie. Les ordres religieux, notamment franciscains, jouèrent un rôle déterminant dans la consolidation d’une identité catholique étroitement liée à l’identité irlandaise.
Ce phénomène fut accentué par le fait que le catholicisme s’exprimait davantage dans la langue et la culture locales, alors que l’Église officielle restait largement anglocentrée dans sa structure et son clergé.
Une fracture durable entre religion, ethnie et politique
À terme, l’échec de l’intégration du clergé gaélique et l’orientation anglocentrée de l’Église d’Irlande transformèrent la religion en marqueur identitaire et politique majeur. Plutôt que de réduire les tensions entre colons et autochtones, l’institution ecclésiastique contribua à figer une opposition durable entre population catholique irlandaise et élites protestantes d’origine britannique.
L’étude souligne que cette évolution fut déterminante pour la structuration des antagonismes confessionnels en Irlande, dont les conséquences se prolongèrent jusqu’aux conflits contemporains en Ulster. La plantation, en associant colonisation, religion et pouvoir, a ainsi inscrit dans la durée une ligne de fracture où identité religieuse et identité ethnique se sont mutuellement renforcées, rendant toute convergence beaucoup plus difficile par la suite.
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