Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.
Les bons revenants
LX
Le « Vieux » de Tourc’h
Ceci se passait au village de Keranniou, en Tourc’h. Le chef de ménage, le penn-ti s’était marié sur le tard, avait épousé une toute jeune femme, en avait eu sept enfants, et, brusquement, était mort.
D’après son inscription tumulaire, il avait alors soixante-dix ans. Aussi, lorsqu’on évoquait parfois son souvenir dans la maison, ne l’appelait-on jamais que le Vieux, ar pôtr coz.
Vivant, il avait l’humeur gaie, comme c’est l’ordinaire en Cornouailles. Et la mort ne semblait pas l’avoir attristé. Il avait dû enjôler le bon Dieu pour obtenir de lui la faveur de faire son purgatoire dans son ancienne demeure, à Keranniou.
On ne l’y voyait pas, mais on l’entendait toujours rire dans quelque coin.
Il n’était pas de malice qu’il ne fît. Malices innocentes, d’ailleurs, et qui ne tiraient pas à conséquence.
Il se plaisait surtout à taquiner Thérèse, une jeune servante, entrée dans la maison depuis sa mort, et pour laquelle il s’était pris d’affection, sans doute parce qu’elle avait un caractère tout pareil au sien et qu’elle riait à gorge déployée du matin au soir ; peut-être aussi parce qu’elle était très bonne, très patiente, avec les enfants, les sept enfants qu’il avait laissés et dont les deux derniers étaient encore en bas âge.
De son vivant, le Vieux aimait beaucoup le cidre. Maintenant il faisait sa pénitence de mort, en montant la garde autour des pommes qu’on entassait à Keranniou, au bas-bout de la maison, derrière des claies de paille tressée.
Vous connaissez le proverbe. Mab e tad eo Cadiô, « Cadiou est fils de son père ». Le Vieux ayant aimé le cidre, ses enfants raffolaient des pommes.
Sans cesse, ils criaient, pendus aux jupons de Thérèse :
— Thérèse, attrape-nous des pommes !
Thérèse faisait semblant de les repousser, mais se dirigeait tout de même du côté des pommes.
— Vieux, disait-elle en riant, laisse m’en prendre une pour chacun des petits.
Le Vieux riait aussi, et la laissait prendre. Par exemple, il avait soin de compter à mesure :
— Une ! Deux ! Trois ! Quatre ! Cinq ! Six ! Sept ! Après la septième, il mettait le holà… Vous pensez bien que les pommes étaient déjà mangées et qu’on en réclamait d’autres.
Thérèse usait alors d’un stratagème. Elle allait quérir une gaule munie à son extrémité d’une épingle sans tête. Et avec la gaule elle fourrageait dans le tas de pommes, et elle en amenait une, puis deux, puis vingt autres ; le Vieux faisait mille parades vaines, et rageait, sans pouvoir s’empêcher de rire.
— Je te revaudrais cela, Thérèse ! criait-il.
Quelquefois il parvenait à s’emparer du bout du bâton.
— Allons ! Vieux, lâche donc, disait Thérèse. C’est pour les petits !
Et elle tirait, elle tirait sur l’autre bout.
— Oui ! Oui ! ricanait le Vieux.
Et il se raidissait si fort que ses vieilles joues flasques et jaunes en devenaient toutes rouges, toutes gonflées.
Puis, brusquement, il lâchait tout. Thérèse qui ne s’y attendait point, tombait à la renverse. Et le Vieux de rire, de sa petite voix flûtée, de sa petite voix grêle :
— Hi ! Hi ! Hi ! Hu ! Hu ! Hu !
C’était un drôle de vieux.
Il arrivait souvent que Thérèse ne retrouvait plus ses vaches dans le champ où elle les avait menées, le matin, ni ses porcs dans les garennes[190] où elle les avait lâchés.
— Allons ! c’est encore un tour du Vieux, pensait la petite servante.
Elle faisait mine de chercher, pendant quelque temps, grimpait sur les talus pour voir plus au loin, puis sautait à bas, dans le champ ou dans le chemin, en criant à haute voix, avec une moue de dépit :
— Que sont encore devenues ces vilaines bêtes ?
Ce manège lui réussissait toujours. Un éclat de rire chevrotant sortait soudain d’une touffe de genêts ou d’un buisson de lande. Et la tête du Vieux apparaissait, épanouie dans une folle grimace.
— Vieux, viens m’aider à chercher les bêtes, disait alors Thérèse.
Le Vieux la plaisantait, la traitait d’écervelée, de petite propre-à-rien, et finalement la conduisait où étaient les vaches ou les porcs. Il n’avait pas de peine à retrouver les animaux perdus, puisque c’était lui-même qui les égarait.
Le jeudi soir, on faisait des crêpes à Keranniou comme dans la plupart des fermes bretonnes, en vue des deux jours maigres, du vendredi et du samedi.
On installait une crépière dans chaque foyer ; l’une, dans la cuisine, était réservée à la servante principale ; Thérèse vaquait à l’autre, dans la pièce qu’on appelle le bas-bout (Ar penn-traon), et qui sert d’ordinaire de lieu de débarras.
La servante principale, plus âgée que Thérèse, était aussi plus experte. Elle avait une dextérité merveilleuse pour étendre la pâte avec la raclette et retourner la crêpe, déjà couleur d’or, avec l’éclisse. On s’étonnait que le Vieux, grand amateur de crêpes au temps où il en pouvait manger, ne vint pas de préférence s’asseoir auprès d’elle. Mais même sur ce chapitre il demeurait obstinément fidèle à Thérèse. Il trouvait, il est vrai, à se régaler à sa façon, en plaisantant la fillette sur sa gaucherie.
— Encore une de manquée, belle fille !… Voyez donc, elle a plus de trous que le fond de culotte d’un mendiant… C’est ça, cousons-y des morceaux… Mais tu ne sais pas plus ravauder, je crois, que tu ne sais faire le neuf… C’est cela : change de méthode… Voici maintenant que la crêpe va être aussi épaisse qu’une vilaine bouse de vache…
Et le Vieux de rire, de rire à se tordre :
— Hu ! Hu ! Hu ! Hi ! Hi ! Hi !
Thérèse aussi riait, avec sa belle humeur inaltérable. On s’en donnait à cœur joie dans le bas-bout, et ce n’était tant pis que pour les crêpes qui, pendant ce temps-là, se faisaient à la grâce de Dieu.
— Ça, disait Thérèse au Vieux, en lui rendant taquinerie pour taquinerie, pour combien de temps vous a-t-on donné congé dans l’autre monde ?
— Tu commences à en avoir assez de moi, peut-être.
— Oh ! assurément. Vous n’êtes pas sérieux, pour un mort. En vérité, pour ce que vous êtes venu faire ici, vous auriez aussi bien pu rester là-bas.
— Tu parles comme une sotte de ce que tu ne sais pas.
— Ou, comme une curieuse, de ce que je voudrais savoir. Si vous étiez bien gentil, Vieux, vous me diriez pourquoi vous êtes revenu de si loin et jusques à quand cela doit durer.
Elle parlait ainsi d’un ton moitié câlin, moitié comique.
Le Vieux répondait alors, sentencieusement :
— Il faut que ce qui doit être soit. Vivant ou mort, on doit remplir sa destinée.
Et, pour changer de conversation, il ajoutait avec sa jovialité ordinaire :
— Puisque c’est ton lot de faire des crêpes, si tu ne les fais pas bien de ton vivant, crois que tu l’en repentiras, après ta mort.
Le Vieux avait d’autres amusements.
Par exemple, il lui arrivait de passer les après-midi à jouer à la boule. Un soir, un pillawer de La Feuillée[191], qui était en tournée dans la région, vint demander à loger à Keranniou.
Ce pillawer avait entendu parler du pôtr coz.
Les pillawers sont gens habiles, mais ils ont tort de se croire plus d’esprit encore qu’ils n’en ont. Celui-ci, après avoir bourré de tabac à chiquer et allumé au foyer sa petite pipe en terre noire, dit à Thérèse qu’il ne serait pas fâché de faire un brin connaissance avec ce Vieux dont on parlait tant.
— Ma foi, il est en train de jouer à la boule, là-haut, dans le grenier. Allez l’y voir. Seulement je vous avertis qu’il n’aime pas beaucoup qu’on le dérange.
— Laissez faire, répartit le pillawer, d’un air d’importance goguenarde ; j’en ai roulé de plus fins que ce bonhomme. Je vais me proposer à lui comme partenaire.
— Prenez garde ! À votre place, je me tiendrais tranquille.
Mais le pillawer était déjà dans l’escalier…
Quand il redescendit, il n’était plus qu’un paquet de chair meurtrie. On le soigna à la ferme. Il fut un mois à guérir.
Dès qu’il fut hors de danger, Thérèse n’eut rien de plus pressé que de se gausser de lui joliment.
— Qu’est-ce que je vous disais, mon pauvre cher homme !… Voilà votre tournée perdue maintenant. Vous rentrerez chez vous, le sac vide et le corps en piteux état. Ne racontez pas votre histoire aux gars de La Feuillée : ils vous trouveraient la mine d’un sot. Mais, dites-moi du moins comment les choses se sont passées.
Le pillawer lui fit ce récit d’un ton geignard. Ah ! il s’en souviendrait, de cette leçon ! Il avait donc proposé au Vieux de jouer à deux. « Fort bien, avait répondu le Vieux, je serai le joueur, toi, la boule. » Et de vous empoigner mon pillawer, et de vous le pétrir, en quelques tours de mains, comme une simple boulette, et de le lancer d’un bout de la pièce à l’autre. « Roule, pillawer ! » Heureusement que la porte du grenier était restée ouverte, et que le pillawer avait eu la chance de l’enfiler. On le ramassa en bas, dans l’état que l’on sait.
L’année suivante, il reparut à Keranniou, qui était une maison hospitalière. Naturellement, il ne souffla mot du pôtr-coz. Il ne demandait pas mieux, cette fois, que de rester bien coi, sur le banc de l’âtre, à fumer sa petite pipe en terre noire. Mais il ne fut pas plus tôt assis qu’il fut bousculé dans le feu. Il s’en fallut de peu qu’il n’y rôtît. Il se releva, alla s’asseoir près de la table. Mais alors des mains invisibles lui pincèrent les cuisses jusqu’au sang et des paires de gifles se mirent à pleuvoir sur ses joues, au point qu’elles en étaient toutes marbrées. Il dut s’enfuir au plus vite. Depuis il n’osa même plus passer sur les terres de la ferme.
Le Vieux fit longtemps des gorges chaudes de cette aventure.
C’était vraiment un farceur que ce Vieux.
La nuit venue et les prières dites en commun, je vous assure que c’était à qui se fourrerait le plus prestement au lit, dans le manoir de Keranniou. Car le dernier couché recevait sur le derrière une si formidable claque qu’il ne pouvait guère ensuite reposer qu’à plat ventre[192]. Ce terrible Vieux vous imprimait sa paume et ses cinq doigts dans la peau. L’endroit, qui était aussi l’envers, en restait endolori pendant toute une semaine.
Sur ces entrefaites, Thérèse, qui était devenue une belle et forte fille, quitta la ferme pour se marier. Les enfants ayant grandi et pouvant désormais se passer de soins, la veuve de Keranniou ne jugea pas à propos de la remplacer. La servante principale, moyennant une faible augmentation de gages, se chargea de toute la besogne. Pôtr-coz ne l’aimait pas. Elle était grignouse, c’est-à-dire revêche. Toujours grognant, geignant, rechignant. Ce fut une tout autre chanson. Ou plutôt, Thérèse partie, il n’y avait plus de chanson du tout. Adieu le bon temps ! Le Vieux en devint fort maussade. On voyait bien qu’il ne cherchait qu’une occasion de jouer un mauvais tour à la servante principale désormais l’unique. Elle la lui fournit elle-même.
Le Vieux, ai-je dit, prenait grand plaisir à regarder faire des crêpes.
Comme on n’en faisait plus que dans l’âtre de la cuisine, c’est là qu’il vint s’installer désormais, près de la servante que nous appellerons, si vous voulez, Môn. Celle-ci, dès la première fois, l’accueillit assez mal. À la seconde, elle lui signifia durement qu’elle ne tolérerait plus sa présence. Le Vieux n’était pas homme à se déconcerter. Le troisième jeudi, il était encore à son poste. Pour le coup, Môn enragea.
Elle grommelait :
— Il m’ennuie, ce Vieux. Il est là qui me regarde tout le temps avec son œil en dessous… Mais je m’en vais lui faire passer le goût des crêpes.
Comme elle en retournait une, sur son éclisse, elle la retira vivement, et l’appliqua toute brûlante sur la figure du Vieux.
Le pauvre bonhomme hurla de douleur.
Il se mit à sauter et à courir à travers la maison comme un chat qu’on vient d’échauder. Puis il enfila la porte et disparut dans les champs.
La servante se félicitait déjà d’avoir pour jamais débarrassé la ferme de cet hôte inquiétant.
À vrai dire, ce soir-là, on put se coucher en paix. Personne ne reçut de tape sur la fesse. Môn jubilait, en s’étendant entre ses draps. Elle s’endormit toute joyeuse. Tout à coup, il lui sembla, dans son sommeil, que ses draps devenaient durs comme des planches, et qu’entre celui de dessus et celui de dessous elle était pressée comme un grain de froment entre deux meules. Elle ouvrit les yeux. Quelle ne fut pas sa stupéfaction, quand elle se retrouva debout et à demi écrasée entre le pied de son lit et le flanc de l’armoire voisine !
Elle cria au secours.
Les gens de la ferme, réveillés en sursaut, accoururent et la délivrèrent. Elle avait tout le corps meurtri ; sa vie durant, elle clocha des hanches.
La maîtresse de Keranniou, la veuve du Vieux, lui dit, quand son effroi fut un peu passé :
— Souvenez-vous de ceci, Môn. Il ne faut pas manquer aux morts.
Cette veuve, qui se nommait Catherine, était une petite femme très douce, assez timide, et qui était restée faible de santé à cause des nombreux enfants qu’elle avait eu coup sur coup. On s’étonnait dans le pays qu’elle ne se remariât point. Elle n’était pas de taille à mener seule une exploitation aussi importante que celle de Keranniou.
D’aucuns prétendaient que le bon Dieu avait pris pitié d’elle, et expliquait ainsi le retour du Vieux à la ferme, après sa mort.
Il y avait peut-être de cela, mais ce n’était pas la grande raison.
On le sut plus tard.
Un matin, Catherine se rendit au presbytère de Tourc’h. La gouvernante du recteur, la « carabassenn », lui trouva l’air pâle, la mine plus souffreteuse qu’à l’ordinaire.
— Je voudrais parler à M. Dénès, murmura la pauvre femme, en s’affaissant sur une chaise.
M. Dénès, c’était le recteur, un brave homme de prêtre. Il fit entrer la veuve de Keranniou dans la salle à manger et ferma soigneusement la porte. Il pressentait qu’elle avait à lui faire quelque grave confidence.
La veuve ne fut pas plus tôt seule avec lui qu’elle fondit en larmes. Le recteur la laissa pleurer, puis l’encouragea doucement.
— Dites-moi votre peine, Katic ; cela vous soulagera, j’en suis sûr.
— Jamais je n’oserai, monsieur Dénès. C’est si invraisemblable, si surnaturel !
Elle finit par oser. Elle se confessa, non sans rougir de honte. Voilà : elle se sentait enceinte. Elle pouvait jurer ses grands dieux pourtant que pas homme vivant n’était entré dans son lit, depuis la mort du Vieux. Mais, à diverses reprises, elle avait vu le Vieux lui-même s’étendre à côté d’elle. Elle aurait bien voulu se refuser. Elle lui avait obéi par peur. Il disait que Dieu l’ordonnait, qu’il n’était revenu que pour cela, parce qu’il n’avait pas fait son compte d’enfants…
— Il faut que ce qui doit être soit, prononça le recteur, quand elle eut tout raconté. Allez en paix, ma fille. Vous n’avez fait que votre devoir.
— Hélas ! monsieur le recteur, comment serais-je en paix ? Les mauvaises langues vont tourner comme des roues de moulin. Je suis une femme perdue. On ne croira pas ce qui est…
En effet, dès que sa grossesse fut visible, tout le monde la hua. On l’accusa de s’être livrée au charretier. On la flétrit, on la vilipenda.
De guerre lasse, elle retourna au presbytère.
— Monsieur le recteur, donnez-moi, je vous prie, l’absolution finale. Je n’en peux plus. Je suis résolue de mourir.
— Attendez jusqu’à dimanche, Katic, et venez à la grand’messe.
Elle eut le courage d’y venir et de gagner son banc, malgré les yeux hostiles qui la dévisageaient, malgré les vilaines choses qui se chuchotaient à mi-voix sur son passage.
Après l’évangile, le recteur monte en chaire, pour le prône.
« — Paroissiens, dit-il, quiconque juge mal en ce monde sera mal jugé dans l’autre. Il y a ici une femme à qui vos calomnies font faire son purgatoire en cette vie. Mais je vous dis, moi, que, si vous n’y prenez garde, vous vous damnerez à cause de ce que vous racontez d’elle. En vérité, vous vous acharnez comme des chiens pleins de rage après la jupe d’une honnête femme… Katic de Keranniou, relevez votre front. C’est à ceux qui médisent de vous de baisser la tête… »
À partir de ce jour, on laissa la veuve tranquille. Elle accoucha d’un enfant chétif, mais qui ressemblait à tous les autres enfants, sauf ce détail qu’il n’avait pas d’yeux dans ses orbites.
Il avait en revanche une intelligence extraordinaire. On le mena baptiser. Quand on le rapporta à la ferme, il se mit à parler comme un homme et dit à sa mère combien de verres et quelles espèces de liqueurs les gens du baptême avaient bus à l’auberge du bourg.
Les personnes présentes en demeurèrent tout ébaubies. Elles comprirent alors que le recteur avait eu ses raisons pour parler comme il l’avait fait. Il ne fut plus bruit dans la contrée que du nouveau-né de Keranniou.
Le soir du jour où il naquit, on vit arriver le Vieux qui n’avait plus reparu à la ferme depuis l’incident de la crêpe. Non qu’il s’en fût éloigné. On l’avait maintes fois aperçu rôdant aux environs, dans les « garennes » abandonnées. Souvent aussi sa tête s’était montrée derrière le vitrage de la fenêtre. Mais il n’avait plus franchi le seuil.
Ce soir-là, il reprit sa place au foyer, du côté où se trouvait le berceau, contre le lit de la mère. Il y passa les journées et les nuits. Dès que l’enfant pleurait, il se précipitait pour le bercer. C’était une chose qu’il n’avait guère faite de son vivant. Aussi avait-il le mouvement un peu brusque. Il appuyait parfois sur le rebord du berceau comme s’il se fût agi de peser sur un mancheron de charrue. L’enfant alors le calmait :
— Doustadic, pôtr-coz, doustadic ! (Doucettement, Vieux, doucettement !)
L’enfant vécut sept mois ; il causait à merveille et avait l’air de tout voir, malgré ses orbites creux.
Un matin, on le trouva mort dans sa couchette. Le Vieux l’accompagna jusqu’au cimetière et, à partir de ce moment, ne donna plus de ses nouvelles. Il attendait, dit-on, que l’enfant le conduisît au paradis par la main[193].
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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