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15/06/2014 – 08H00 Bretagne (Breiz-info.com via Polemia) – Nous retransmettons ici une analyse intéressante qui ne concerne pas seulement la Bretagne mais l’Ouest de la France à propos des dernières élections.
« Le vote Front national y est présent à proportion du sentiment d’abandon et de déshérence sociale de territoires éloignés des villes centres et frappés par la pauvreté. »
« L’Ouest résiste à la vague Bleu Marine » titraient les quotidiens régionaux au lendemain des élections européennes, se félicitant que la circonscription Ouest soit la seule (hormis le cas particulier de l’Ile-de-France) à ne pas avoir porté la liste Front national en tête du scrutin européen. La liste conduite par Gilles Lebreton a ainsi rassemblé 19,3% des suffrages sur l’ensemble de la circonscription, avec « seulement » 17,10% des suffrages en Bretagne et 19,5% dans les Pays-de-la-Loire. Dans la région Poitou-Charentes, la liste Bleu Marine arrive en tête avec 23,18% des suffrages.
Pourtant, même en écartant la région Poitou-Charentes qui ne correspond pas sociologiquement et culturellement à l’électorat démocrate-chrétien de l’Ouest de la France, ces résultats plus qu’honorables confirment lourdement les tendances de fond observées partout en France, avec une poussée importante du vote national populiste en des terres qui lui étaient jusqu’à présent fort rétives.
En Bretagne, le FN multiplie son score par 6
En Bretagne tout d’abord, le Front réalise une remarquable percée et multiplie son score par 6, comparé à 2009, en gagnant 449.000 voix ! Il arrive en tête dans 502 communes sur 1.270 et dépasse les 25% dans 206 d’entre elles.
Pour l’essentiel, les communes où le FN est en tête se situent dans l’est de la région, au sud d’une ligne Guiscriff/Saint-Malo, où l’UMP réalise habituellement ses meilleurs scores. Dans le Morbihan, seul département breton à avoir mis le FN devant l’UMP (20,3%), 80 communes affichent un score supérieur à 25%. En Ille-et-Vilaine, le Front national peut également se prévaloir d’une forte percée avec 80 communes sur 353, essentiellement rurales, à plus de 25%. C’est dans les départements occidentaux de la péninsule bretonne, Côtes-d’Armor et Finistère, que le Front national peine à percer, avec seulement 40 communes costarmoricaines et 6 finistériennes où la liste frontiste obtient plus de 25% des voix.
Troadec et les Bonnets rouges : 7,60% en Bretagne
En parallèle de ces résultats, il faut également prendre en compte la présence de la liste du maire de Carhaix, Christian Troadec, porte-parole du mouvement des Bonnets rouges, qui rassemble 7,20% des voix bretonnes sur sa liste. En l’absence de celle-ci, il est probable que la Bretagne aurait porté la liste Front national en tête du scrutin européen le 25 mai : en effet, seules 14.000 voix séparent la liste de Gilles Lebreton de la liste UMP conduite par Alain Cadec tandis que la liste de Christian Troadec a obtenu plus de 76.000 suffrages dont un bon nombre auraient sans doute été susceptibles de se porter sur le FN.
Un vote FN très largement rural
Autre enseignement du scrutin : si jusqu’aux années 2000 le FN obtenait ses meilleurs scores dans les communes maritimes, ce n’est plus seulement le cas aujourd’hui. Le vote frontiste est devenu très largement rural, avec des scores importants, y compris dans des communes du Centre-Bretagne où le Parti communiste représentait jusqu’à il y a peu la force principale. A l’inverse, en Bretagne comme ailleurs, ce sont désormais les grandes villes qui accordent les plus faibles suffrages au Front national : Nantes 10%, Rennes 9,35%, Quimper 12%, Vannes 14,5%. Au-delà des frontières de la Bretagne, les centres urbains sont tout aussi rétifs, comme à Angers 12,8%, Poitiers 13,03%, Le Mans 16,2% ou La Rochelle 14,3%.
Dans la région voisine des Pays-de-la-Loire, il manque seulement 5.000 voix à la liste du Front national pour dépasser la liste UMP. Le département breton de la Loire-Atlantique tient la lanterne rouge avec 16,4% des voix mais le FN arrive cependant en tête dans plus de la moitié des communes du département. C’est dans la Sarthe que le vote patriote obtient son meilleur score, avec 24,9%, distançant de 5 points la liste UMP. En tête dans 296 communes du département, la liste FN frôle même les 29% des suffrages dans la 3ecirconscription de la Sarthe.
En Vendée également, la liste frontiste obtient 21,9% des suffrages et arrive en tête dans plus de 40% des 282 communes du département. Très clairement, le Front national a largement profité de l’absence de Philippe de Villiers dont la liste souverainiste avait obtenu 33% des suffrages lors de l’élection européenne de 2009.
Dans le Maine-et-Loire, d’essence conservatrice mais qui glissait vers le Parti socialiste au fil des scrutins, le Front national talonne de 5.000 voix la liste UMP, avec 19,3% des suffrages. Près de la moitié des communes ont placé la liste RBM en tête, particulièrement dans le Saumurois, et dans 132 d’entre elles le FN passe la barre des 25%. Le Parti socialiste est laminé, n’arrivant en tête que dans une poignée de petites communes rurales !
Enfin, la très rurale et démocrate-chrétienne Mayenne représente le seul département où l’UDI, conduite par le local de l’étape Jean Arthuis, mène largement la course en tête avec 32% des voix. Ses adversaires de l’UMP (12,8%) et du PS (11,7%) sont laminés et le Front national arrive en seconde position avec 18,3% des suffrages, enregistrant de bons résultats dans l’est et le nord du département.
Dans les grandes villes, gauche sociétale et droite centriste dominent encore
La nouvelle carte politique du vote Front national dans ces régions de l’Ouest est totalement bouleversée au lendemain du 25 mai. Les « fractures françaises » du géographe Christophe Guilluy traversent désormais l’Ouest. Dans les grandes et moyennes villes régionales où réside une population urbaine possédant de bons revenus et qui semble accepter (à distance) une mixité sociale avec des banlieues à forte immigration, le Front national reste relégué aux marges et la gauche « sociétale » ou la droite centriste dominent encore. Au-delà de ces villes, on trouve un monde rural, relégué à la périphérie lointaine, qui conteste de plus en plus fortement le système en place. Le vote Front national y est présent à proportion du sentiment d’abandon et de déshérence sociale de territoires éloignés des villes centres et frappés par la pauvreté. Ainsi dans le Maine-et-Loire, la cartographie du taux de pauvreté relevé par l’INSEE, qui touche particulièrement les secteurs ruraux de l’est et du nord-ouest du département, se superpose quasi parfaitement avec les communes où le vote Front national arrive en tête. Les mêmes constats se répètent dans la Sarthe, la Mayenne ou l’Ille-et-Vilaine.
Il s’agit là incontestablement d’un phénomène nouveau. Sous l’air iodé de l’Atlantique où, protégées par la douceur toute angevine du Val-de-Loire, ces régions étaient jusqu’alors considérées comme légitimistes et peu revendicatrices, épargnées par une immigration massive, jouissant d’une bonne santé économique, elles figuraient au palmarès des régions où il faisait bon vivre. Mais, ici comme ailleurs, la montée en puissance des effets ravageurs de la mondialisation multipliant les plans sociaux comme en Bretagne, l’afflux des clandestins et demandeurs d’asile dans les grandes villes et la flambée de l’insécurité qui touche désormais les campagnes auront achevé de changer la donne.
Pierre Domenesche (Polemia)
4/06/2014
Crédit photo : DR
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