02/12/2013 – 17H00 Carhaix  (Breizh-info.com) – Au lendemain de la manifestation du collectif « Vivre, décider et travailler au pays » et des Bonnets rouges, qui aura rassemblé 25 000 personnes samedi dernier à Carhaix, Christian Troadec, porte-parole du collectif et maire de Carhaix, a envoyé une longue lettre au président de la République, François Hollande, que nous publions dans son intégralité ci-dessous.

« Monsieur le Président de la République,

La Bretagne, Monsieur le Président, vit un moment particulièrement difficile de son histoire et cela se traduit par des cortèges de licenciements dans des secteurs de l’économie qui, jusqu’ici, faisaient la fierté des Bretonnes et des Bretons. Bien entendu, comme les Bretons ont su le faire dans le passé, ils font front et, face à la tempête, ils tenteront courageusement de redresser un fois de plus la barre. Mais il ne faut pas que les jeux soient truqués et que des taxes, même écologiques, des distorsions de concurrences européennes… viennent décourager les plus entreprenants. D’autant que le pacte de simplification administrative, dont on attendait beaucoup, ne semble pas encore être entré véritablement dans les faits. Plus révoltant encore, l’attitude d’un grand groupe international comme Marine Harvest qui dans le même temps annonce des bénéfices record et la fermeture de son usine à Poullaouen, près de Carhaix, et de Chateaugiron, près de Rennes, avec plus de 400 licenciements ! Cette prédominance de la finance devient indécente !

Il y va de nos emplois, Monsieur le Président, de notre économie et donc de notre avenir en Bretagne. Certes, des entreprises sont aussi performantes et continuent à créer des richesses et à faire prospérer la Bretagne. Mais le moral des Bretonnes et des Bretons est au plus bas et le sentiment de colère qui monte des cinq départements bretons ne saurait se résumer à une banale protestation momentanée. Le malaise est profond.

Le Pacte d’avenir pour la Bretagne imaginé par le Premier ministre est un pas. Un pas seulement. Il ne saurait suffire à redonner de l’enthousiasme et de l’espoir aux Bretons. Apparaissant, à tort ou à raison, comme une simple accumulation de mesures techniques, il lui manque le souffle novateur et la perspective et l’espérance d’un réel avenir pour celles et ceux qui en ont le plus besoin ici. Et ils sont nombreux.

Pour l’emploi et la Bretagne et pour la gratuité des routes, nous étions 30 000 personnes pacifiquement rassemblées le 2 novembre à Quimper. Le 30 novembre à Carhaix, nous étions encore plus nombreux, pas loin de 40 000 Bonnets rouges sans aucun doute.

Pouvez-vous rester silencieux face à ces mobilisations populaires légitimes ? Je ne le pense pas. Avant vous, des Présidents de la République ont su faire leur voyage en Bretagne quand bien même la tempête secouait notre terre. Presque à chaque fois, l’histoire a retenu les moments forts de leurs allocutions ou de leurs décisions. C’est ainsi qu’est définitivement inscrit dans la mémoire collective bretonne le passage du général de Gaulle à Quimper osant parler breton et lançant pour la première fois l’idée de la régionalisation. C’était en 1969. Gravés également dans le souvenir de bien des Bretons, le discours du Président Giscard d’Estaing à Ploërmel avec l’idée de la Charte culturelle bretonne ou encore celui de François Mitterrand à Lorient parlant de « réparation historique », du premier acte de la régionalisation que Gaston Deferre mettra en place dès l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 et de la fin du projet de centrale nucléaire à Plogoff.

Les Bretonnes et les Bretons n’attendent pas tout de Paris. Vous le savez. Ils veulent cependant que se mettent en place très rapidement le cadre institutionnel et les conditions nécessaires pour libérer les énergies, toutes les énergies susceptibles de relancer l’économie bretonne, de redonner confiance à la société et de pouvoir oeuvrer pour une Bretagne plus solidaire, plus juste et plus prospère. Au-delà du mot d’ordre de nos manifestations : pour l’emploi et la Bretagne et pour la gratuité des routes, défendue par le collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne », nous avons des propositions concrètes à faire pour tenter de sortir tous ensemble par le haut d’une situation conflictuelle. Le Triskell d’avenir sur lequel repose nos proposition s’articule autour de trois axes : l’économie, les institutions régionales, la culture. Nous sommes disponibles pour en parler et en débattre. Dans une terre qui a largement contribué à votre victoire lors de l’élection présidentielle, vous auriez toute légitimité pour venir annoncer aux Bretonnes et aux Bretons le lancement de ces discussions dont la portée historique dépendra de la capacité des uns et des autres, à Paris comme en Bretagne, à sortir du statu quo.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de mes sentiments les plus respectueux. »

Christian TROADEC
Maire de Carhaix
Conseiller général du Finistère
Porte-parole du collectif « Vivre, décider et travailler en Bretagne »