Nantes. François Pinte (UMP) : « Nous avons besoin d’agitateurs d’idées » [interview]

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09/03/2015 – 09h00 Nantes (Breizh-info.com) ‑ François Pinte est  président du groupe UMP au conseil régional des Pays de la Loire et, par ailleurs, président de la fédération UMP de Loire-Atlantique. Fidèle et traditionnel soutien de François Fillon au sein du parti de droite, nous avons souhaité l’interroger sur les échéances départementales et régionales à venir en 2015, mais aussi sur les propositions de l’UMP, sur les attentats du mois de janvier, ou encore sur différents sujets de société qui préoccupent les Français (chômage, immigration, aéroport de NDDL, réunification bretonne).

Breizh-info.com :A moins d’un an des élections régionales, quel bilan tirez-vous de la mandature dirigée par Jacques Auxiette ? Quelles actions ont été mises en œuvre par l’UMP et ses partenaires ?

François Pinte : Depuis 2004, Jacques Auxiette a augmenté année après année, et contre l’avis de l’opposition, tous les impôts qu’il pouvait : +22% dès son arrivée à la région sur la taxe professionnelle, la part d’impôts locaux (Taxes d’habitation et foncières)
Il a poussé chaque année à leur plafond, contre l’avis de l’opposition, les taxes sur les carburants. Sans compter le montant des cartes grises qui est passé de 26€/cheval fiscal en 2004 à 48€ depuis 2014, soit 84,7% de hausse.
Parallèlement, la gauche régionale a recruté, hors transfert de compétence, plus de 250 personnes, soit environ 1 fonctionnaire de plus toutes les 2 semaines depuis 2004. Les dépenses de personnel ont ainsi augmenté de 436 % en 10 ans. La conséquence de tout cela, c’est l’explosion de la dette qui s’élève à 1,3 milliards d’euros. Songez que la région souscrit en moyenne chaque jour 500.000€ d’emprunt !

Le bilan de la gauche peut donc se résumer ainsi : plus d’impôts, plus de fonctionnaires et plus d’endettement.

Par ailleurs, notre région subit depuis 2004 un véritable affaiblissement. Sur le plan économique tout d’abord : 100.000 chômeurs supplémentaires (3ème plus forte hausse cette année).

Mais sur le plan institutionnel également car les élus socialistes ont été incapables de défendre efficacement les intérêts des Ligériens. C’est l’exemple du Contrat de projet Etat Région, dont les montants par habitant sont clairement à notre défaveur : seulement 112 euros pour un Ligérien lorsqu’un Breton recevra 154 euros.

Dans le contexte de crise que nous traversons, il est urgent que la Région des Pays de la Loire retrouve son dynamisme et son influence. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin de Bruno Retailleau, un homme qui dispose à la fois d’une forte expérience locale à la tête du Département de la Vendée et d’une envergure nationale qui lui permettra de défendre notre région.

Breizh-info.com : Quels vont être les grands projets défendus, à la fois pour les élections départementales à venir, et pour les régionales ?

François Pinte : En Loire-Atlantique, comme en Pays de la Loire, nous sommes face à des équipes socialistes sortantes aux politiques similaires : explosion des d’impôts et des dépenses de fonctionnement, diminution des investissements créateurs d’emplois pour nos entreprises… Nous devons donc opérer un véritable changement de direction dans les politiques locales pour sortir de l’impasse économique, sociale et territoriale dans laquelle nous a emmenés la gauche. Cela suppose un préalable : tenir un discours de vérité et de responsabilité. Avec 30 000 euros de dettes par Français, on ne peut plus continuer à toujours dépenser, à distribuer sans compter.

Le Département et la Région n’ont pas les mêmes compétences, mais cette exigence de vérité et de responsabilité doit être une exigence partagée :

  • Faire passer toute dépense publique par le crible de l’utilité en termes de création de richesses. En résumé, optimiser le retour sur investissement de la dépense publique. Chaque euro dépensé doit être un euro utile pour les Ligériens.

  • Dégager des marges de manœuvre pour se concentrer sur la priorité des priorités : la lutte contre la crise, la bataille de l’emploi qui doit se mener sur deux fronts, celui de la solidarité et celui de la compétitivité.

Breizh-info.com :  Le projet de réforme territoriale a été validé à l’Assemblée nationale, laissant la Bretagne orpheline de la Loire-Atlantique. Quelle est votre position à ce propos ? Un retour de l’UMP aux commandes à la région entrainerait-il une nouvelle modification territoriale et une possibilité de faire la réunification bretonne ? A titre personnel, y êtes-vous favorable ?

François Pinte : D’abord, il faut relever une chose essentielle : les socialistes ont pris les choses à l’envers, le contenant avant le contenu, la carte avant les compétences. C’est une vision technocratique et parisienne de la décentralisation.

Ensuite, sur le redécoupage en lui-même, ma position a toujours été qu’on ne doit pas changer les frontières sans l’avis des habitants des territoires concernés. François Hollande et Manuel Valls ont fait un choix différent : redessiner la carte des régions depuis Paris, sans concertation.

Résultat, le redécoupage régional n’est pas une carte des régions mais une carte des barons. Car qui a été consulté à part les éléphants de la rue de Solférino ? Ce mépris de la démocratie locale a réveillé les tensions territoriales, notamment à l’Ouest avec la question du rattachement de la Loire Atlantique à la Bretagne.

Pour ma part, je considère que cette revendication arrive beaucoup trop tard au regard de tout ce qui a été construit dans les Pays de la Loire, avec et pour la Loire Atlantique. Toutefois, la dimension culturelle ne doit pas être méprisée, comme elle l’a trop été avec les socialistes.

J’avais d’ailleurs proposé en 2010 la création d’une commission interrégionale pour la culture bretonne réunissant alternativement à Nantes et à Rennes les conseillers régionaux des 5 départements de la Bretagne historique,  qui aurait été dotée d’un budget propre. Mais la gauche n’a jamais repris cette idée.

Breizh-info.com : Les attentats ayant frappé la France ont engendré une «union nationale », au grand étonnement d’observateurs soulignant des manquements sérieux et répétés de plusieurs gouvernements successifs dans la gestion du terrorisme islamique. On parle notamment des relations ambiguës de la France avec le Qatar – un pays peu soucieux de démocratie et accusé de financer le terrorisme. Pensez-vous qu’une union soit souhaitable ? Et si oui, sous quelles modalités ?

François Pinte :  Lorsqu’il y a une tragédie nationale comme celle que nous venons de traverser, il doit y avoir une unité nationale. Car au-delà des sensibilités politiques, il y a la République et il y a la France. Cette France et cette République qui sont en guerre aujourd’hui. En guerre contre l’islamisme. Et face à des réseaux de plus en plus structurés, cette guerre est loin d’être gagnée.

Mais unité ne veut pas dire uniformité : nous avons des différences de vue avec la gauche en ce qui concerne la sécurité qu’il faut absolument renforcer, l’autorité qu’il est nécessaire de revaloriser en particulier à l’école, l’identité également qui ne doit plus être un gros mot mais une notion à réhabiliter si nous voulons opposer au communautarisme la force du civisme et du patriotisme.

Breizh-info.com : Ne pensez-vous pas que la classe politique est tombée dans une sorte de langue de bois généralisée, en dissociant systématiquement le terrorisme de l’islamisme ? Alors que plus de la moitié des musulmans dans le monde vivent sous la loi islamique (ou selon des constitutions qui s’en inspirent) peut-on vraiment affirmer que l’Islam est compatible avec la démocratie occidentale, comme l’a fait Nicolas Sarkozy ?

François Pinte : C’est aux musulmans eux-mêmes qu’il revient d’élaborer et de transmettre un véritable Islam des Lumières en France. Aujourd’hui, des penseurs ou des personnalités musulmanes, comme Malek Chebel par exemple, plaident pour cet Islam compatible avec la République.

C’est un signe encourageant mais qui ne doit pas nous masquer une réalité inquiétante : la montée d’un Islam radical, intolérant et conquérant puisqu’il progresse dans beaucoup de quartiers, et pas seulement en Ile de France. Face à cet islam là, nous devons être intransigeants. Car la République ne se négocie pas.

Breizh-info.com : Par-delà la question du terrorisme et de l’islamisme, deux préoccupations majeures des français sont les questions liées à l’emploi et à l’immigration ; à la région, que souhaitez-vous mettre en place comme politique de l’emploi ?

François Pinte : Dans ce domaine, le bilan de la gauche est catastrophique comme l’attestent les chiffres du chômage: + 109.000 demandeurs d’emplois en 10 ans, soit une augmentation de 56 % dans notre région quand la moyenne nationale est de 49 %. La Région a pourtant un outil essentiel à sa disposition : l’apprentissage. Mais depuis 2004, elle n’a cessé de le fragiliser en cautionnant la casse de la politique d’apprentissage par le Gouvernement, et en se contentant du minimum légal.

Breizh-info.com : Concernant l’immigration, les demandes d’asile explosent, notamment dans l’Ouest (Bretagne et Pays de la Loire). Les régions ont-elles la possibilité d’endiguer ce phénomène ? Les régions de l’Ouest, traditionnellement moins touchées par l’immigration que la couronne parisienne par exemple, étaient jusqu’à présent des régions réputées « où il faisait bon vivre». L’immigration extra-européenne ne va-t-elle pas changer, à terme, ce Vivre ensemble ?

François Pinte : L’immigration est une compétence régalienne, la Région n’a donc pas de compétences en la matière. Je considère toutefois qu’il est temps de faire le bilan sur notre politique d’immigration, de manière apaisée bien sûr mais avec responsabilité.

Car lorsqu’il n’y a pas assez de croissance, pas assez d’emplois, pas assez de logements, il faut fixer des limites.

Breizh-info.com : Dans nos enquêtes, nous découvrons que de nombreuses associations d’objets, de taille et d’influence les plus diverses (culturelles, artistiques, communautaires) vivent essentiellement grâce aux subventions publiques, distribuées notamment par la région ou les départements. Le contribuable doit-il selon vous participer au financement d’associations n’ayant pas de caractère d’intérêt général ?

François Pinte : Les associations constituent l’un des piliers de notre modèle social. Ce sont des espaces de construction, d’échange et de solidarité qu’il est important de préserver. La région n’a cependant pas vocation à soutenir toutes les demandes, dont certaines relèvent plutôt des communes ou des Départements.

Il faut revoir le mode d’attribution des subventions qui laisse une trop grande part au clientélisme et à la gabegie.

Breizh-info.com : L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes doit-il se construire ? Que vont devenir les petits aéroports si ce projet ce met en œuvre ?

François Pinte : Oui, l’aéroport du Grand Ouest est une priorité absolue. La publication des chiffres de passagers accueillis en 2014 à l’aéroport de Nantes Atlantique, confirme sa saturation. Avec plus de 4 millions de passagers accueillis en 2014, le trafic de l’aéroport a encore progressé de 5,8 %, soit une progression totale de 57 % en 5 ans. Il y a donc urgence à réaliser le transfert de la plateforme aéroportuaire.

Malheureusement, la gauche a enlisé ce grand projet dans la boue de la ZAD de Notre Dame des Landes. Car les socialistes, alliés des écologistes à la Région, sont directement responsables de cet échec : ils partagent le pouvoir avec ceux qui veulent tuer dans l’œuf l’aéroport du Grand Ouest !

Breizh-info.com : Quels sont les derniers ouvrages que vous avez lus ? Le dernier film visionné ? Avez-vous lu les meilleures vente du moment sur Internet que sont les livres de Michel Houellebecq, Eric Zemmour et Laurent Obertone ? Que pensez-vous de la censure médiatique autour de ces livres ?

François Pinte : J’ai lu récemment le très beau livre de David Foenkinos  » Charlotte  » qui nous rappelle avec violence, à travers le parcours de cette jeune peintre juive allemande, l’horreur que l’Europe a connue il y a à peine 60 ans. Je suis actuellement plongé dans « le Royaume » d’Emmanuel Carrere.

Concernant les ouvrages d’Eric Zemmour et de Michel Houellebecq, je n’ai lu, comme beaucoup, que les pages qui ont été largement publiées ou commentées dans les médias. C’est la raison pour laquelle, plutôt qu’une censure médiatique, j’évoquerai davantage une chape de plomb idéologique qui pèse sur le débat public.

On peut ne pas être d’accord avec Eric Zemmour – je considère pour ma part qu’une partie de ses analyses sont pertinentes – on peut ne pas aimer le roman de Michel Houellebecq, mais l’on ne peut pas restreindre la liberté de penser pour préserver une pensée unique que les Français rejettent très majoritairement.

Face à une forme de conformisme intellectuel qui trop souvent corsette les discours politiques, nous avons besoin d’agitateurs d’idées. Pour raviver l’esprit public. Pour stimuler le débat démocratique. C’est aussi cela la République.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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8 Commentaires

  1. Relisez le décalogue et le Nouveau Testament, lisez le Coran et le Talmud et choisissez : soit le seul vrai Dieu, soit le chaos.

  2. Quel robinet d’eau tiède ! En dehors des chiffres choc sur la gabegie économique de la gauche régionale, cet homme n’a apparemment pas la moindre idée un tant soit peu énergique ou audacieuse ! A propos du découpage régional, il est assez cocasse de le voir incriminer les barons socialistes quand on songe à la manière dont la région des Pays de la Loire a été définie : Olivier Guichard, un vrai baron d’Empire pour le coup, l’a taillée à sa guise pour se constituer un fief électoral. Il n’avait pas vu d’inconvénient à découper une Bretagne qui existait depuis plus de douze siècles, alors dire à présent que « tout ce qui a été fait » depuis cinquante ans avec la Loire-Atlantique ne peut plus être remis en cause, c’est grotesque ! Nous avons besoin d’agitateurs d’idées ? Sans aucun doute : il est temps que M. Pinte laisse la place à quelqu’un d’autre.

  3. Mais quelle déconnexion entre les élus de l’UMP et les préoccupations des français ! A Nantes comme à Paris, quelle tristesse…

    • Ne dites pas cela, élus ump (ou les autres c’est kifkif) sont tous tellement gonflés d’eux méme, qu’ils savent mieux que vous ce qui est bon pour vous…une spécificité jacobine ;))

  4. Encore un avec qui la Bretagne n’est pas prêt d’être réunifiée. Passez votre chemin, il n’y a rien à voir.

  5. « besoin d’agitateurs d’idées » dit-il?
    Donc remplaçons les barons de gauche par d’autres de droite…et tourne joli manège !
    La sclérose politique gagne déjà les « jeunes loups » en quéte d’un premier siége, excellent ^^

  6. les mêmes idées que le PS mais c’est l’UMP… par ailleurs c’est un looser versaillais, étranger au 44 et à la Bretagne, qui n’a jamais été fichu de gagner une élection en quinze ans, même quand le vent était favorable (en 2007 la droite à Nantes a trouvé moyen de perdre la 1e circonscription et de ne pas gagner la 2e bien qu’elle le pouvait largement, en 2014 la droite s’est plantée en beauté aux municipales de St Herblain à cause de ses divisions).
    Pourquoi changer ? Qu’il rentre à Versailles !

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