Carhaix. Christian Troadec, un leader politique en profond décalage avec son électorat ?

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23/10/2015 – 08H00 Carhaix (Breizh-info.com) – Le dernier sondage Ifop sur les élections régionales en Bretagne montre un décalage flagrant entre les idées mises en avant par Christian Troadec ( « oui la Bretagne ») et les attentes de son électorat. Celui qui veut être conseiller régional tout en étant déjà maire de Carhaix, président de la communauté de commune du Poher, conseiller départemental et même candidat à l’élection présidentielle mène ainsi une campagne à gauche toute, montant sans arrêt au créneau pour dénoncer ici le Front national, là les régionalistes ayant rallié la liste de Marc Le Fur.

Pourtant, si l’on s’en tient au premier sondage publié dans Paris Match, sondage qui porterait à 8% le score du baron du Poher, allié à la très gauchiste Union démocratique bretonne , les reports des voix au second tour sont surprenants : ainsi, sur 100 électeurs de la liste Troadec – UDB au premier tour, 20% voteraient pour celle de Jean-Yves Le Drian au second, 20% s’abstiendraient, mais 43% voteraient pour la liste Marc Le Fur (LR) et 17% pour celle de Gilles Pennelle (FN).

Ces intentions de vote signifieraient donc que 60% de l’électorat de Christian Troadec et de « Oui La Bretagne » oscillerait entre le centre-droit et la droite nationaliste. Une première claque magistrale adressée à celui qui fait de son étiquette « de gauche » une priorité , l’ayant même conduit à rompre tout projet d’alliance avec le Parti breton, pourtant simplement de centre-droit mais jugé déjà « trop à droite » par l’UDB. Un désaveu total vis à vis de ce parti, mais vis à vis également des figures politiques, anciennement proches du Parti socialiste, mises en avant sur les listes départementales de « Oui la Bretagne ».

Si le score de « Oui la Bretagne » tournera probablement autour de ces 8%, avec des pointes dans le Centre-Bretagne et dans le Finistère, c’est donc avant tout parce que Christian Troadec (et non ses alliés de l’UDB) apparaît aux yeux d’une partie des électeurs comme un leader populiste et proche du peuple, et que l’épisode des Bonnets rouges, ce mouvement dont toute la gauche bretonne s’est méfiée et dont M. Troadec fût un leader, est encore dans toutes les têtes. A Carhaix, quelques uns de ses soutiens nous expliquent d’ailleurs parfaitement leur vision des choses : « J’ai toujours soutenu M. le maire, parce qu’il défend la Bretagne et les Bretons d’abord » nous confie Corinne, de Poullaouen. « Je voterai donc pour lui au premier tour, en espérant qu’il passe au deuxième, mais sinon, ça sera abstention ou bien FN » nous dit-t-elle. Avant d’ajouter : « ici vous savez, c’est la misère sociale et économique. Il nous faut un peu d’ordre et surtout, de la priorité pour les gens de chez nous, pas pour les autres.». Quand on lui rétorque que M. Troadec s’est pourtant positionné contre le Front national et pour une Bretagne ouverte, Corinne nous dit : « il ne peut pas faire autrement pour le moment, sinon vous allez encore lui tomber dessus et déformer ses propos. Mais il sait très bien ce que pensent ses soutiens ».

« Il aurait du s’allier avec Marc Le Fur dès le début » peste Olivier, cariste dans un commerce de la cité du Poher. « Vous avez vu le mal que nous a fait la gauche partout en France ? Y a peut-être un moment où il va falloir s’en débarrasser non ? ».  Il explique qu’il hésite encore  à voter pour Oui La Bretagne ou pour le Front national, jugeant toutefois ce parti « pas assez respectueux de l’identité bretonne et de ses spécificités ». A Carhaix, en tout cas, toutes les personnes interrogées se refusent à croire qu’il ferait le jeu du Parti socialiste et de Jean-Yves Le Drian.

Le fondateur des Vieilles Charrues commet-il une erreur en refusant de « droitiser » son discours ? Au vu des réactions de nombreux électeurs rencontrés qui, tout en se définissant comme fiers de leur identité bretonne, sont aussi préoccupés par la question migratoire, l’insécurité et la crise sociale qui frappe la région, on peut se poser la question.

A défaut de succès aux régionales, Christian Troadec, en  fin stratège politique, pense déjà à trouver une porte de sortie pour étendre son influence hors de Carhaix : c’est à cet effet qu’il a réunit en début de semaine près de 200 élus appartenant à huit collectivités locales : Carhaix, Callac-Argoat, le Yeun Elez, les monts d’Arrée, la Haute-Cornouaille, le Kreiz Breizh, le Roi Morvan et la région de Pleyben. Objectif : la fondation, à terme, d’une sorte de « Métropole Rurale » s’étirant sur 80 km d’Est en Ouest et  comptant 98 communes, pour pas loin de 100 000 habitants. Une Métropole qui, officiellement, permettrait au Centre-Bretagne, « d’avoir plus de poids » et de se redynamiser .

Le projet ne fait pas l’unanimité. Certains élus locaux, jugeant la zone d’influence beaucoup trop grande voire « peu cohérente », y voient également la tentation de Christian Troadec d’agrandir son empire et son influence dans cette « Bretagne périphérique et déclassée », à défaut de pouvoir régner en maître sur toute la Bretagne.  « Christian a fait de grandes choses depuis des années dans son secteur. », confie un élu qui se dit « humainement proche de lui ». « Il ne perçoit peut être pas aujourd’hui le basculement qui s’opère aujourd’hui sein des classes populaires qui lui ont fait confiance et à qui il a tout donné, cela risque de le perdre un jour.» nous lâche-t-il avant de toutefois finir sur une note optimiste : « c’est un homme qui a toujours voulu concilier son ambition personnelle et le bonheur de ses administrés, je ne doute pas qu’il évoluera dans le bon sens et qu’il saura à l’avenir s’entourer de personnes plus éclairées et moins sectaires politiquement. »

 Photo : Breizh-info.com
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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10 réponses à “Carhaix. Christian Troadec, un leader politique en profond décalage avec son électorat ?”

  1. Enez Gwezennek dit :

    Pour ma part, j’ai été troadequien jusqu’à la moelle jusqu’à ce qu’il trahisse irrémédiablement le Parti Breton et la frange raisonnée du mouvement breton. Aussi sommes-nous nombreux qui aurions voté pour sa liste s’il était resté bonnet rouge et avait inclus des éléments du PB avec des positions plus centristes voire libérales et identitaires.

    Ce faisant, pour moi, c’est clair, mon choix se portera sur Bertrand Deléon et il est temps que Breizh Info parle de ce dernier. Toradec, par le score que fera Deléon, verra les 2% qui lui manque pour être au second tour et prendra conscience du prix de la trahison. Au second tour, pas photo, ce sera Le Fur, Breton bretonnant catholique, simple, libéral mais pas trop et entrepreneur comme les vrais Bretons.

  2. Planta dit :

    Le dernier sondage BVA sur les régionales est également paru aujourd’hui.

    Et il montre exactement le contraire de ce que vous avancez. C’est facile à vérifier, les résultats pour la Bretagne sont disponibles ici : http://www.bva.fr/data/sondage/sondage_fiche/1759/fichier_bva_pour_la_presse_regionale_-_regionales_2015_-_bretagne_-_intentions_de_vote3ee74.pdf

    Lle report des voix au 2nd tour figure en page 13. Il fait apparaître 45% des électeurs de la liste Troadec qui voteraient Le Drian contre seulement 17% qui voteraient Le Fur et seulement 1% pour Pennelle.
    De là à penser que vous ne reprenez que les sondages qui vont dans le sens de vos opinions, il n’y a qu’un pas que je n’oserai franchir.

    • Breizh Info dit :

      Cet article traite du premier sondage paru, comme il est d’ailleurs indiqué. Le second n’étant sorti que ce matin, il sera traité demain, et effectivement, il dit le contraire de l’autre, ce qui pose des questions sur la fiabilité de ces sondages.

    • Antoine dit :

      Ce dernier sondage BVA est très détaillé et bien expliqué. Il me semble nettement plus crédible. Ensuite l’opinion va évoluer en fonction de ce 1er sondage crédible, on y découvre des listes inconnues et une 1ère mesure des rapports de force.

  3. François Arondel dit :

    Nous ne pouvons rien conclure de ces sondages largement contradictoires si ce n’est que les indépendantistes ne sont que 2% (la moitié de ce que disait le sondage de décembre 2012) et que l’ensemble de ceux qui sont autonomistes ou régionalistes ou simplement sensibles au charme personnel de Troadec (dont un contingent d’électeurs de gauche représentant près de la moitié des voix recueillies par Troadec qui préfèreraient voter pour ce dernier plutôt que de voter pour le PS au premier tour mais qui voteraient tout de même pour ce dernier au second tour) ne sont que 9% soient un peu plus de la moitié de ce qu’annonçait ce sondage de 2012 (pour la revue  »Bretons »). Les intentions de vote ne traduisent donc nullement l’existence du vaste courant indépendantiste ou autonomiste ou régionaliste annoncé par  »Bretons » lequel se situerait au-dessous de 11% si on considère qu’une partie des électeurs de Troadec sont des électeurs qui lui sont simplement reconnaissants de son dévouement à la cause du Centre Bretagne (j’en connais dont un qui fut un de ses adjoints à la mairie de Carhaix et qui n’a aucune sympathie pour l’indépendantisme ou l’autonomisme mais qui apprécie Troadec).

    • Enez Gwezennek dit :

      On peut affirmer, sans risque de se tromper, que les régionalistes Troadec-UDB feront entre 6% et 10% des voix et les indépendantistes toutes listes confondues (Liste Deléon et liste Roblin) entre 1% et 3% des voix. Ce qui nous fait entre 7% et 13% des voix pour le mouvement breton. Très léger en effet. Et désespérant quand on sait que le conseil régional gagne en pouvoir et que c’est la seule élection où les emsaverien ont des choses concrètes à proposer pour les dossiers qui y sont liés en matière de langue bretonne, de dévolution, de subsidiarité…

  4. An dit :

    Hé les gars des coms ! Juste comme ça, hein ! ya l’hypothèse Oui la Bretagne au 2nd tour.
    Mais on va pas la développer celle-là, ça vaut pas le coup…

    • Enez Gwezennek dit :

      Hypothèse peu probable. Mais si c’était le cas, le PS serait sans doute gêné aux entournures et devrait établir des alliances avec eux et reculer sur certains points relatifs aux thèmes que défendent les lieutenants du baron du Poher. Le maintien de Oui la Bretagne ne serait positif que dans ce cas de figure.

  5. Marie Martin dit :

    Tout est bon dans le cochon.
    Troadec, régionaliste de qui, de quoi ? surtout de son ego.
    Homme politique au service de lui même.

  6. Marie Martin dit :

    Les sondages ne sont là que pour orienter les votes.
    Moi, les sondages, je les fais dans ma cuisine tout en préparant le repas en demandant l’opinion de mon chien et de mon chat.
    Ce n’est pas possible que les citoyens croient encore aux sondages puisque achetés par les politiques.
    Et les 50 % d’abstentions, ils en quoi les candidats ? Rien, puisqu’ils seront élus malgré tout !

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