Retour au Parnasse

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Le Parnasse est une montagne en Grèce consacrée à Apollon et où résident les neufs Muses. Le « Parnasse contemporain » est un courant poétique français qui ne dure qu’une décennie, de 1866 à 1876, le temps pour l’éditeur Alphonse Lemerre (Passage Choiseul) de publier des recueils où se distinguent Leconte de Lisle, José Maria de Heredia, Catulle Mendès, Sully Prudhomme, François Coppée… Ephémère mais très influent en son temps (jusqu’au Rimbaud des premiers vers), ce Parnasse n’est plus lu aujourd’hui. Très goûté par les professeurs de français durant près d’un siècle, il paraît bien élimé et fané. Mais son mérite ici est d’avoir fait naître un « Parnasse breton » qui a retenu l’attention d’une universitaire, Jakeza Le Lay.

Sous-titré « un modèle de revendication identitaire en Europe », cet essai est la version « allégée » d’une thèse de doctorat et de tout un enseignement (Rennes 2) qui a débouché sur l’important colloque « Littérature et spiritualité en Bretagne (actes publiés par l’Harmattan en 2013).

Le Parnasse breton naît en 1889. Il part de la publication d’une anthologie poétique, éditée sous le nom de « Parnasse breton contemporain » et du lancement d’une revue, « L’Hermine ». Tout cela mis en œuvre par Louis Tiercelin (1849-1915), un rennais « monté à Paris, juriste, auteur dramatique et journaliste. A Paris, il redécouvre ses racines, apprend le haut breton et fédère autour de lui d’autres expatriés. Lié à Leconte de Lisle et à Heredia, Tiercelin adopte pour sa poésie les règles de « l’art pour l’art », où la forme l’emporte sur le fond, dans une distanciation voulue impeccable. Mona Ozouf qui préface Jakeza Le Lay s’en amuse : « Parnasse breton n’est pas loin d’être un oxymore. Le substantif fait lever en nous des images de mer étincelante, d’oliviers et de lumière (…) quand l’adjectif ramène à une terre âpre, une mer rude et des orages désirés. »

Mais oublions tout cet académisme, daté, pour souligner l’importance du travail de Tiercelin qui fédérait « un mouvement littéraire breton agité et querelleur, enclin aux excommunications et guetté par l’esprit de faction ». Et Mona Ozouf d’insister : « Dans ce peuple breton si volontiers honteux de lui-même, le Parnasse faisait naître quelque chose comme une fierté identitaire et passer un souffle d’espérance. »

On attachera donc le plus grand intérêt à lire Jakeza Le Lay qui explore toutes les arcanes de ce courant, ajoutant à son étude une très précieuse bibliographie, La Borderie, La Villemarqué, Hugues Rebell, Séché, Le Goffic, La Borderie, Le Braz…excusez du peu… Bref, de la belle œuvre !

Jean Heurtin

* Jakeza Le Lay, Le Parnasse breton, L’Harmattan, 2015.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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1 COMMENTAIRE

  1. Très intéressant. Les Bretons ne connaissent strictement rien de leur littérature, tant d’expression bretonne que française. Tout au plus sont-ils capables de citer François-René de Chateaubriand ou Ernest Renan parmi les auteurs francophones et Roparz Hemon ou Pierre-Jakez Helias parmi les auteurs brittophones.

    Ce genre de travaux devraient se multiplier car l’identité d’un peuple traverse les siècles aussi par sa littérature. C’est une lacune qu’il faut combler. Je lirai ce livre de Jakeza Le Lay.

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