Plérin. Les « bonnets roses » manifesteront jeudi, au marché du porc breton

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13/01/2016 – 07h00 Plérin (Breizh-info.com) – Le marché du porc breton pourrait être bien animé, ce jeudi matin, à Plérin (22). Des « Bonnets roses » , clin d’oeil appuyé des éleveurs de porc aux Bonnets rouges, manifesteront, à 11h. 500 bonnets, « made in France » ont été commandés, mais l’affluence devrait être bien plus grande et la pression très forte sur les industriels, tant la colère est grande.

Ce rassemblement fait suite au lancement, début janvier, du collectif « Sauvons l’élevage français » . Un collectif fondé lors d’une réunion réunissant 200 éleveurs à Saint-Caradec (22). Celui-ci se présente comme indépendant syndicalement et politiquement : beaucoup estiment en effet que ni les syndicats, ni les représentants de la profession n’ont su agir pour faire pression sur les décideurs politiques locaux ou nationaux dans la crise porcine qui touche de plein fouet la Bretagne.

Premier objectif :  « se battre pour retrouver, au plus vite, un prix rémunérateur et résorber les retards intenables ». Le cours du porc a chuté à 1,06 € pour un coût de production qui, selon ces éleveurs, atteindrait environ 1,50 €. « Nous souhaitons que les industriels et la grande distribution nous écoutent, une bonne fois pour toute ; ils doivent acheter français, et à des prix nous permettant de vivre » nous indique un membre du collectif qui tient, comme beaucoup de ses collègues, à rester anonyme.  Ce dernier nous indique également vouloir que les collectivités se mobilisent, par le biais des assiettes des enfants dans les cantines, afin de promouvoir le porc. « Enfin, il faut mettre fin à la concurrence étrangère déloyale » indique cet éleveur , qui déclare se trouver « en grosse difficulté financière, sans parler du moral ». « Ma femme m’a quitté il y a quelques mois. Elle n’était pas du métier. Elle ne supportait plus tout cela . Ils nous font mourir à petit feu, nous irons jusqu’au bout, et ça aura des conséquences s’ils ne se remuent pas à Paris ».

Selon une récente étude de l’Insee, « entre 15 et 20% des exploitations porcines vont déposer le bilan dans les semaines à venir et 20% ne passeront pas l’été’

L’élevage biologique, une alternative ?

Quand on le questionne sur les conditions d’élevage des animaux, pour obtenir des prix aussi bas et sur les possibilités de faire du biologique,  notre éleveur explique : « l’élevage bio, sur le papier, c’est bien. Je le conseillerai même à des jeunes qui veulent s’installer. Mais nous, nous sommes pris dans un engrenage infernal. Nous ne pouvons même plus payer nos dettes. Comment voulez vous que nous fassions évoluer notre mode de production sachant que nous sommes déjà asphyxiés ? ».

Certains éleveurs ont toutefois décidé de s’adapter, pour survivre, pour changer. En moyenne, le kilo de porc bio est payé 3,45 € à l’éleveur tout comme le prix du lait bio s’établit à 430 euros les 1.000 litres . D’autres se lancent dans l’élevage biologique sans avoir connu l’élevage industriel.

Le journal Bastamag a mené une enquête sur ces petits élevages porcins biologiques, qui ne connaîtraient pas la crise. Deux passages résument la différence de métiers entre éleveurs : « Là est la clé de leur succès. Si Véronique et Nicolas peuvent se permettre de laisser les bêtes se reproduire naturellement, de les nourrir à la main, ou de ne pas avoir d’employé à rémunérer, c’est qu’ils ont peu d’animaux. Entre les reproducteurs et les « charcutiers », ils s’occupent de 70 bêtes. Dix fois moins que dans un élevage moyen local, vingt fois moins qu’un élevage breton, qui en compte 1 400 ! [1] Et plus de 300 fois moins que dans le projet de porcherie industrielle très contesté de Poiroux, en Vendée. À l’arrivée, les journées de travail du couple sont raisonnables. « Nous travaillons 36 heures par semaine, réparties sur sept jours, détaille Véronique. Mais cela ne nous semble pas toujours être du travail, car ce sont des tâches agréables et variées. » explique le journaliste.

« Les éleveurs tirent tous leurs revenus des deux ou trois porcs envoyés à l’abattoir toutes les deux semaines (60 à 80 par an). Alors, pour que cela leur rapporte assez, ils ont fait le choix de s’occuper eux-mêmes de la transformation. Pour deux animaux, cela représente deux jours de travail et la location d’un laboratoire situé à 40 kilomètres. Soit un tiers des frais de la ferme. Mais cela en vaut la peine. À la sortie de l’abattoir, les transformateurs de viande rachèteraient aux éleveurs leur porc bio à 3,50 euros le kilo. Une fois transformé, le couple le vend, toutes pièces de viande confondues, 7,30 euros le kilo, soit plus du double. « C’est sur cette dernière étape que se fait la plus-value, analyse Véronique. On a appris aux agriculteurs à externaliser la plupart de leurs tâches. La transformation, la vente et, dans certaines fermes, la reproduction ou l’engraissement. Par conséquent, ils ne sont qu’un maillon de la chaîne et ne touchent qu’une toute petite partie du prix de vente, alors qu’ils font l’essentiel du travail ! »

La question de l’élevage du porc est une question particulièrement sensible en Bretagne. Le lobby industriel et agro-alimentaire y est particulièrement puissant, tout comme la FNSEA, et dans le même temps, la région est également une terre en pointe dans les alternatives, dans le biologique, dans la protection des sols.

Les prochaines semaines pourraient être particulièrement tendues, de nombreux drames humains se profilant à l’horizon si rien ne bouge …

Photo : DR
Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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10 Commentaires

  1. arrêté de vous plaindre, vous avez qu’a bien voté plutôt que de réélire ceux qui vous ont foutu dans la merde, les seul a qui vous pouvez vous en prendre maintenant c’est a vous même. sa m’énerve

  2. Pour la production de masse anonyme et le collectif de St Caradec, n’oubliez pas les grosses étiquettes « Produits Français » avec un gros drapeau, et n’oubliez en dessous la mention « subventionné par Bercy ». D’ici 2017, il y a encore des aides à prendre.

    Autrement pour ceux qui équilibrent leurs comptes, il y a : http://www.produitenbretagne.bzh/ – ou les intelligents de la filière bio.

  3. Porc breton???

    Quand je vais acheter du jambon, je ne vois jamais un affichage qui propose du porc breton, cela n’existe pas!
    Par contre il y a du porc français, provenant de l’élevage français défendu par des associations françaises qui achètent des bonnets français!
    L’ensemble est piloté par des entreprises françaises dans un secteur d’activité qui dépend qui ministère français de l’agriculture!
    Demandez à un éleveur s’il a voté breton ou français aux dernières élections!

    Donc, il n’y a rien de Breton!

    Maintenant, si quelqu’un veut propose un élevage breton de porc en Bretagne et la création d’un Ministère breton de l’agriculture…..
    Mais, ce n’est pas le souhait des éleveurs qui manifestent….
    Elevage français en France, élevage breton en Bretagne et les cochons seront bien élevés!
    Que ces éleveurs français aillent en France et s’arrange avec leur Ministère chéri à Paris, et non faire leur cinéma en Bretagne!
    Vu que le porc breton n’existe pas, pourquoi ne pas importer du porc du Danemark, c’est un petit pays comme la Bretagne et là au-moins les paysans sont fiers de leur travail!

  4. Il faut aussi parler de la généralisation du hallal dans certains restaurants et collectivités qui exclue, de facto, la consommation de porc.

  5. De nombreux éleveurs sont piégés par l’endettement et la fuite en avant productiviste : toujours plus grand, plus d’équipements, plus d’intrants chimiques, qualité en baisse et avec une concurrence internationale qui ne produit plus de la viande mais un erzatz. Cela ne profite ni aux exploitants (à quelques rares exceptions) ni aux consommateurs bretons, mais beaucoup aux banquiers et aux intermédiaires et fournisseurs en produits chimiques…
    Le meilleur moyen d’en sortir serait de passer à une agriculture/élevage raisonné pas obligatoirement labellisé AB (label cher et qualité pas toujours au rdv au final), mais se positionnant clairement sur une meilleur qualité du produit, des réseaux locaux/régionaux (marchés, amap, vente directe, supérettes, coop bio, restaurants, etc) et se faire un nom : la Bretagne a tout à gagner au niveau image de marque en montant en gamme, en travaillant le coté terroir de bocage, en sortant en partie de l’élevage porcin (trop d’élevages de ce type en particulier dans les Côtes d’Armor avec les conséquences que l’on connait sur les cours d’eau et bord de mer), pour mieux s’adapter à la demande et son évolution (plus de maraichers car on consomme moins de viande mais de meilleure qualité).

  6. Les Bonnets Roses pour défendre les éleveurs porcins…
    Ils ne font référence à aucun événement de l’Histoire et entendent défendre le cochon français en demandant notamment l’étiquetage bleu-blanc-rouge.
    En voilà qui n’ont strictement rien compris… Navrant !
    Quand est-ce que les Bretons arrêteront de demander l’aumône à la France et ses partis politiques, les responsables de leurs problèmes ?
    Certains vont encore me dire que c’est l’économie et non l’Etat… Ben voyons, comme si l’un n’allait pas sans l’autre.
    Et vont-ils faire la promotion de l’appellation imaginaire « jambon de Paris » tant qu’à faire (à boycotter de principe d’ailleurs) ?

    • En Centre-Bretagne (notamment autour de Corlay et Quintin), des éleveurs ont cru bon de mettre des panneaux « production française », « élevage français », « le cœur français » ou je ne sais plus quelle autre connerie bien franchouillarde au bord des routes. C’est horripilant. D’une, l’image de marque est foireuse et des panneaux vantant la production bretonne seraient plus porteurs ; de deux, ce pseudo-patriotisme économique en Bretagne est très mal venu car mensonger (le label « produit en Bretagne » est nettement plus justifié).

      Pour en revenir à la viande de porc, si les consommateurs en mangeaient moins, ça ne serait pas plus mal. Si, sur le plan gustatif, c’est excellent, sur le plan sanitaire c’est un peu pourri, comme la viande rouge, la viande de mouton, de cheval ou autre. C’est bourré de mauvaises graisses, c’est acide et ça nuit à l’équilibre acido-basique : conséquence, ça favorise les problèmes sanguins (cholestérol), oculaires (accumulation de mauvaise graisse dans l’œil), le cancer (colon, foie), la goutte, la fatigue, l’obésité, le vieillissement de la peau…

      Il n’est pas naturel pour l’humain de manger abondamment de la chair de gros mammifères. La chair de volaille et celle de poisson (maigres et riches en bonnes graisses type oméga 3) sont à privilégier, même si là aussi, il faut rester raisonnable en n’en mangeant pas systématiquement à chaque repas. Les viandes que j’ai citées plus haut ne devraient pas être consommées plus d’une fois par semaine. Si les gens en consommaient moins, ça pousserait aussi à en produire moins et aurait un impact positif sur l’environnement, les conditions de vie des bêtes et des agriculteurs en sortant du modèle productiviste.

  7. Alors, les combattants, qui s’épuisaient en vaines querelles, furent mangés par le loup.
    Moi, NORMANDE DE LA VILLE DU HAVRE, donc la mer, qui vit en VENDÉE, retraitée de la Presse parisienne, qui a vécu avec des paysans très, très pauvres de la LOZÈRE, de l’Inde et de l’Amérique latine, je vois que la FNSEA a fait de terribles ravages dans le monde paysan de mon âge qui n’a pas voulu nous suivre quand nous nous battions sur le LARZAC, il y a si longtemps, c’est-à-dire dans les années 70.
    Le monde rural n’échappe pas à la règle: il est divisé. Les uns se sont remis entre les mains des multinationales, les autres ont continué à lutter et à préserver leur identité.
    Aujourd’hui, ce sont ces derniers qui ne sont pas endettés, qui respectent leurs animaux, bien que, les pauvres, finiront de toute façon dans nos assiettes…
    Les commentaires sur votre forum que j’ai lus m’attristent. A Poiroux, en Vendée, c’est la cata. Et mes interviews auprès de certains jeunes éleveurs de la région me sidèrent: ils trouvent cela très bien et voudraient pouvoir faire la même chose.
    Courte vue.
    Tout mon soutien aux agriculteurs responsables.

    • Madame,
      Vous dites que vous êtes Normande, vivant en Vendée et retraité de la presse parisienne (la seule qui soit sérieuse comme on le sait), vous êtes donc Française!
      La Bretagne produit 66% de la viande de porc de l’Hexagone pour nourrir les Français. Hors la Bretagne, c’est 8% de la population hexagonale (cherchons l’erreur!)
      Pourtant, la France dispose d’un territoire parmi les moins densément peuplé d’Europe (la Bretagne étant plus densément peuplée que la France), c’est à dire que la place ne manque pas!
      Alors avant de venir donner des leçons bobos écologiques, si vous en France, commencez par produire la viande que vous manger, plutôt que de la faire produire chez les autres à vos conditions en exploitant les paysans, …. Un grand pas sera fait!
      Si les paysans bretons produisent « français » et font l’aumône en agitant leurs logos « VPF » (Viande Porc Française), c’est uniquement parce que la France les a mis sous dépendance économique (encadré par le Ministère français, les syndicats français, les banquiers français…)!
      Nos paysans sortent leur drapeau national, le Gwenn ha Du, pour jouer les « gros bras » lors de manifs et pas pour afficher la fierté de leur production en l’étiquetant sur leurs produits!
      Et oui, le paysan breton est devenu un paysan hors-sol honteux de son travail : La France veut des étiquettes tricolores, on va en mettre plein partout, jusqu’à cacher autant que possible le fait que le porc est produit en Bretagne!
      Et cerise sur le gâteau, en Bretagne, dans les faits, nous consommons de plus en plus de porc espagnol mieux adapté au consommateur (surtout par le produit qui sort des abattoirs) que celui que la filière française nous oblige à produire.
      Donc, que la France produise son cochon et laissez la Bretagne produire le sien!
      Et si un jour vous achetez notre cochon, en espérant que cela sera parce que vous le trouvez bon et bien élevé (parce que vous appréciez notre travail) et non parce que l’administration française centralisée a décidé de le produire chez nous en y mettant une étiquette tricolore pour tromper le consommateur!

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