Mike Pence vs Tim Kaine : Le débat pour la vice-présidence des Etats-Unis

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08/10/2016 – 07H30 Etats-Unis (Breizh-info.com) –  Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info. L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouveau président de l’autre côté de l’Atlantique.

Le débat pour la vice-présidence des Etats-Unis

Ils sont peu abordés et pourtant les Américains vont voter pour eux. Lors de l’élection présidentielle, les électeurs votent pour deux personnes : le futur président et le futur vice-président. Cette question est souvent mise en scène dans les films américains. Lorsque le président décède, devient inapte à continuer son mandat, démissionne ou bien est viré par le processus de l’impeachment, le vice-président le remplace.

S’il est lui-même dans l’incapacité de remplir le rôle, toute une chaîne de succession existe pour s’assurer qu’un membre du gouvernement est toujours en mesure de prendre la place du président (c’est notamment le sujet de la nouvelle série télévisée Designated Survivor avec Keifer Sutherland https://en.wikipedia.org/wiki/Designated_Survivor_(TV_series) ).

Qu’est-ce que la vice-présidence des Etats-Unis ?

Aujourd’hui, le vice-président est désigné de manière relativement simple : chaque candidat à la présidence a, à ses côtés, un candidat à la vice-présidence qui sera élu en même temps que le président. Le « VP » est désigné au moment de la convention nationale de chaque parti politique indépendamment du candidat à la présidence, bien que pratiquement tout le temps, le choix du nominé à la présidence est respecté.

Le vice-président des Etats-Unis est donc élu pour remplacer le président. A ce jour, neuf présidents américains sont arrivés à ce poste de cette manière, John Tyler, Millard Fillmore, Andrew Johnson, Chester Arthur, Theodore Roosevelt, Calvin Coolidge, Harry Truman et Lyndon Johnson. Le dernier en date fut Gerald Ford, un cas très particulier. Il est le seul président de l’histoire à avoir obtenu le pouvoir suite à la démission de son prédécesseur (Richard Nixon) et l’unique président à ne pas avoir été élu ! En effet, le vice-président élu en 1968 et 1972, Spiro Agnew, a démissionné en 1973 suite à un scandale pour avoir perçu des pots-de-vin. Le Sénat a alors imposé à Nixon le choix de Gerald Ford, validé par 92 voix contre 3 puis confirmé par la Maison des Représentants.

L’objectif du vote pour la vice-présidence étant d’assurer un successeur au président en place, ce rôle est souvent discrédité. Il ne fait pas officiellement partie du gouvernement et n’a donc un rôle au sein de l’exécutif que si le président décide de lui en donner un. Pas complètement absent de la scène politique, le VP est plus souvent en charge d’aller aux cérémonies officielles pour représenter l’administration que de prendre des décisions importantes. Il y a certes eu des exceptions dans le passé, notamment Dick Cheney, vice-président de George W Bush, considéré comme le VP le plus important de l’histoire des États-Unis.

L’image de ce poste comme étant peu important est bien ancré dans l’esprit de beaucoup d’Américains. Peu s’y intéressent. Actuellement, 40% des électeurs ignorent qui sont Tim Kaine et Mike Pence, et le débat pour la vice-présidence de ce mercredi matin a été le moins regardé depuis l’élection de 2000.

Or, au-delà du choix du président ou du départ de ce dernier, en théorie un vice-président est bel et bien crucial dans la politique américaine. Il est automatiquement président du Sénat, ce qui lui donne un important pouvoir sur le fonctionnement de la chambre haute. De plus, en cas d’égalité dans un vote (ce qui en théorie bloque le passage d’une loi ou d’une décision), il peut lui-même voter pour casser un blocage législatif.

Ainsi, au début de l’année 2001, le sénat était divisé exactement avec 50 sénateurs républicains et autant de démocrates. La présence de Dick Cheney à la vice-présidence donnait, de fait, la majorité aux républicains.

Cependant au cours des deux derniers siècles, les vice-présidents ont progressivement cessé d’appliquer leur rôle législatif à quelques rares exceptions. Il est devenu la norme d’élire un président pro tempore pour remplir ce rôle, permettant au parti qui a la majorité d’avoir aussi la main sur ce poste. Si le VP entre dans le sénat, il doit cependant lui céder la place.

Mike Pence vs Tim Kaine : l’opposé du débat présidentiel !

L’impact des candidats à la vice-présidence est généralement faible. C’est pour la personne à la tête du « ticket » que les électeurs se prononcent généralement. Devant l’impopularité de Hillary Clinton et Donald Trump, beaucoup pensaient que ce serait moins le cas cette année. Paradoxalement, en 2016 les candidats à la vice-présidence intéressent particulièrement peu les Américains.

Pourtant, ce débat fut marquant. Accusé d’être un conservateur radical, Mike Pence a au contraire développé un style posé, se défendant vaillamment mais calmement face aux attaques du démocrate. Il a imposé son propre rythme et répondu à tous les arguments de son adversaire. Il était « l’adulte » sur le plateau. Ceux qui ont regardé le premier débat Trump – Clinton et ce débat pour la vice-présidence ont été frappés par l’extrême différence de style entre Pence et Trump.

Cela fut si vrai que depuis mercredi midi, les cercles républicains sont en pleine ébullition. Certains appellent au complot de la part des cadres du parti républicains et de leurs soutiens financiers. Ainsi, le GOP aurait imposé Mike Pence à Donald Trump pour sauver l’image du parti, ridiculiser Trump et ainsi sauver la majorité au Sénat et à la Maison des Représentants tout en s’assurant de la défaite du milliardaire. L’objectif serait de démontrer qu’une défaite à venir serait uniquement la faute de Donald Trump et permettre la destruction de son mouvement en faisant monter dès début 2017 Mike Pence comme opposant naturel à Hillary Clinton en 2020.

D’autres militants pro-Trump affirment que les républicains et les démocrates auraient signé un accord secret en cas de victoire de Donald Trump, lui imposant le plus tôt possible une procédure d’impeachment dès début 2017 pour le remplacer par Mike Pence. La preuve ? Mike Pence n’aurait pas suffisamment défendu Donald Trump face aux attaques de Tim Kaine. Mike Pence serait donc réellement dans le camp des anti-Trump pour s’assurer de son impopularité.

Ces théories de complots sont fortement alimentées par une avalanche de commentaires positifs sur la prestation de Mike Pence, même de la part de journalistes de gauche et de républicains toujours dans la colonne #NeverTrump. Plusieurs membres de la direction du parti se sont prononcés pour dire qu’il serait mieux que Mike Pence soit à la tête du ticket présidentiel. Ce dernier s’est plusieurs fois éloigné de Trump dans ses discours et interviews, dévoilant son patrimoine et ses feuilles d’impôts, riant ouvertement face à certaines propositions de Donald Trump et allant jusqu’à préciser qu’il n’est pas Donald Trump !

De son côté, le milliardaire a déjà exprimé son agacement envers son allié. Début septembre, il a affirmé qu’il serait « en colère contre » Pence et « jaloux » si ce dernier attirait davantage de public que lui dans les réunions de campagne. Cependant, ce mercredi, il a chaleureusement félicité Mike Pence pour sa victoire dans le débat.

A l’inverse, Tim Kaine a aussi surpris les téléspectateurs, mais pas du tout de manière positive.

Continuellement sur la défensive, visiblement inconfortable et peu sûr de lui, il n’a pas été en mesure de démontrer pourquoi il a les compétences pour remplacer Hillary Clinton si elle remportait l’élection mais qu’elle n’était plus en mesure de gouverner, une question très importante au vu des inquiétudes sur la santé de l’ex-première dame .

Continuellement sous pression, il a cherché à interrompre Mike Pence, ne respectant pas la plus basique des courtoisies. Il s’est montré arrogant, supérieur et a donné l’impression qu’il se considérait comme au-dessus de son adversaire. La journaliste modérant le débat a été obligée de le reprendre à plusieurs reprises. Pire, il est même allé jusqu’à interrompre la modératrice ! Au total, Tim Kaine a coupé la parole à Mike Pence soixante-douze fois et à Elaine Quijano vingt-sept fois alors qu’elle se contenait de poser des questions !

Son agressivité a donné une image de lui non-sincère. Pire, il semble s’être rendu compte qu’il perdait la main. Tout sourire au début, il l’a petit à petit perdu pour un ton toujours plus agressif.

Cet effondrement est très étonnant de la part d’un homme qui a été conseiller municipal, maire, lieutenant-gouverneur (équivalent du vice-président pour les États), gouverneur, président du parti démocrate puis enfin sénateur. Son expérience politique est très importante. De plus, il est considéré comme un partenaire agréable même par ses adversaires républicains qui apprécient de travailler avec lui. Centriste, il n’est pas la caricature de l’homme de gauche qui s’oppose à tout ce que les républicains proposent. Catholique pratiquant, il ne souhaite pas que l’État interdise les pratiques liées au corps et à la sexualité mais il est contre l’avortement, a fait financer par l’État de Virginie la création de plaques d’immatriculation prônant de ne pas utiliser l’IVG et a fait passer plusieurs lois pour diminuer la capacité des femmes à recourir à la procédure (en particulier pour les mineures et en fin de grossesse).  De manière générale, Tim Kaine est – comme Hillary Clinton – très proche des idées néoconservatrices sur la politique internationale.

Enfin, bien que Tim Kaine se soit lui-même qualifié « d’ennuyeux », peu charismatique, il était largement donné gagnant face à Mike Pence avant le débat. Plus expérimenté, plus modéré dans ses idées, les démocrates s’attendaient à une victoire facile. C’est raté.

Mike Pence sort donc de ce débat comme le grand vainqueur. Il s’est fortement crédibilisé aux yeux des républicains et donne un argument de poids à Donald Trump : ce dernier peut désormais dire (et il a commencé à le faire) qu’il est celui qui a choisi Mike Pence et cela prouve qu’il est capable de choisir les bonnes personnes pour diriger les Etats-Unis. Trump sort donc renforcé grâce à la performance de son allié.

A l’inverse, Tim Kaine et Hillary Clinton sont les deux grands perdants du débat. Le premier s’est décrédibilisé aux yeux de tous les observateurs politiques. Vu comme un potentiel futur candidat à la présidence en 2020 ou 2024, il a fortement grillé ses cartes un peu de la même manière que Sarah Palin en 2008 face à Joe Biden. Quant à Clinton, son choix d’un ami proche plutôt qu’une décision rationnelle pour son allié pour remporter la présidence la met dans une périlleuse situation. Est-elle réellement capable de choisir les personnes les plus compétentes ou bien fait-elle ses choix en fonction de ses amitiés ? C’est la question que beaucoup de gens se posent désormais.

Photo : DR
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Une réponse à “Mike Pence vs Tim Kaine : Le débat pour la vice-présidence des Etats-Unis”

  1. […] Le président du parti républicain du Texas a aussi réagi en condamnant ces propos. Mais plus grave, plus d’une dizaine d’élus républicains de haut rang ont officiellement demandé à Donald Trump d’abandonner la course immédiatement et de laisser sa place à Mike Pence, un geste qui ne va certainement pas calmer les pro-Trump qui affirmaient cette semaine que le parti républicain tire les ficèles en coulisse pour arriver exactement à cet objectif (http://www.breizh-info.com/2016/10/08/51000/mike-pence-vs-tim-kaine-debat-vice-presidence-etats-unis). […]

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