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Comme chaque année, de nouveaux romans policiers apparaissent dans les librairies des villes bretonnes, avec une préférence certaine pour les stations balnéaires où affluent les touristes. Prenons l’exemple de la Presqu’ile Guérandaise.
Cette année 2016, au moins trois romans policiers qui viennent de sortir se déroulent à Guérande, La Baule ou Pornichet. Nous avons noté ces romans en fonction de leurs qualités.

– Mort étrange dans les vignes de Guérande***
Septembre 1772. Les vendanges battent leur plein sur les coteaux de Guérande. Dans la brume matinale, Pierre Legal se rend dans ses vignes. En ouvrant la porte de son cellier, il découvre une femme morte, le corps attaché à une table, le visage déformé par la peur. Pourquoi le meurtrier a-t-il dressé une telle mise en scène morbide ? A-t-elle un rapport avec la vigne ? Le commissaire principal Fleury, officier de police de la Sénéchaussée, va mener l’enquête dans Guérande. Puis, après un voyage pittoresque sur la Loire, il parvient à Nantes, dans la sinistre prison du Bouffay. C’est l’occasion de découvrir ses horribles conditions de détention. Il se rend ensuite dans le vignoble nantais. De retour dans la cité médiévale guérandaise, le commissaire Fleury poursuit son enquête au couvent des Ursulines, à l’hôtel Dieu…
La romancière Béatrice Verney est venue s’installer à Batz-sur-Mer en 1982. Elle a travaillé pendant onze ans au Centre de Rééducation Fonctionnelle de Pen-Bron, à la Turballe. Puis elle a dirigé pendant onze autres années le Centre Saint Jean de Dieu du Croisic (établissement accueillant des adultes handicapés moteurs) jusqu’à son départ en retraite fin 2009. Après avoir publié des ouvrages historiques consacrés au Croisic, elle écrit maintenant des romans enracinés se déroulant au XVIII ème siècle.
Dans son dernier roman, Béatrice Verney décrit les anciennes vignes de Guérande. Auparavant, le vin guérandais s’exportait en Angleterre et dans les pays du nord. Florissante au moyen-âge, la culture de la vigne a été abandonnée au fil du XVIIIème siècle. Il y a plusieurs raison à cela : le gel du début du siècle, la limitation par arrêt royal en 1731 de la culture des vignes, la concurrence des vins de Bordeaux et la fiscalité galopante. L’un de ses personnages explique ainsi la mort de ces vignes : « vous savez, y’en a beaucoup des vignerons qui ont laissé tomber la vigne ces dernières années. Pensez, avec toutes les taxes qui leur tombent dessus ça devient difficile pour eux » (p.46). En 1772, il ne reste plus que 400 hectares sur les coteaux de Guérande et une quarantaine de vignerons.
Béatrice Verney, connait bien, également, le monde des travailleurs des marais salants. Aussi un paludier déclare-t-il que « nous les paludiers du Bourg de Batz, on ne fréquente pas la bonne société de Guérande. On reste plutôt entre nous » (p. 47). On appréciera aussi les descriptions des gens de la Presqu’ile Guérandaise. Ainsi le curé du Croisic affirme que la société « a besoin de gens qui travaillent pour faire vivre la nation, de gens qui font la guerre pour défendre le pays et de religieux pour assurer le salut des âmes » (p. 72). On lira aussi avec beaucoup d’intérêt le voyage de Guérande à Nantes. Comment se déroulait ce voyage en 1731 ? Une calèche partait de Guérande, passait par Escoublac pour arriver, deux heures plus tard, à Saint-Nazaire. De là, on remontait la Loire jusqu’au port de Nantes. Selon le vent et la marée, la traversée durait de un à trois jours.
Dans ce roman historique enraciné et bien écrit. Béatrice Verney critique la torture pratiquée par la Justice à cette époque, le supplice de la « question ». Mais elle dénonce également les exagérations commises par Voltaire dans ses ouvrages (p.190-191).
C’est incontestablement le meilleur roman de l’année en Presqu’ile Guérandaise.
Mort étrange dans les vignes de Guérande, 20 euros, Geste Editions.

– Les marais sanglants de Guérande**
A la demande d’une journaliste d’investigation, le commissaire Dupin, de la police de Concarneau, recherche dans les marais salants de Guérande de mystérieux barils en plastique bleu. Soudain, on lui tire dessus. Il se réfugie dans un grenier à sel. Après quelques heures, il est délivré par des policiers menés par la commissaire Rose, de Guérande. Mais celle-ci n’apprécie guère l’arrivée du commissaire Dupin sur son territoire. Le lendemain, la journaliste est assassinée. Dupin faire venir ses deux adjoints. Il mène son enquête auprès de paludiers indépendants propriétaires de salines, d’une coopérative, d’une grosse société méditerranéenne spécialisée dans le sel non marin et de Céline Cordier, jeune chimiste responsable de la vérification de la qualité du sel et de l’eau des marais. Il va découvrir les multiples enjeux de la récolte de l’or blanc. Des substances illicites ont-elles été jetées dans les salines de Guérande ?
Le romancier est un allemand qui apprécie la Bretagne et vit dans le Finistère sud trois mois par an. Son texte est traduit par Amélie de Maupeou. Il utilise le pseudonyme de Jean-Luc Bannalec. Après une première enquête sur un tableau de Gauguin (Un été à Pont-Aven), puis une seconde dans le milieu des sports nautiques (Etrange printemps aux Glénan), cette troisième aventure nous mène à Guérande. Incontestablement, par l’intermédiaire de Nolwenn, la fidèle secrétaire du commissaire Dupin, il aime décrire la Bretagne, ses coutumes et ses habitants. Il évoque souvent les légendes bretonnes. Il fait également l’éloge de Charles Le Goffic (1863-1932), célèbre poète breton. Son héros, le commissaire Dupin, ancien parisien installé en Bretagne depuis quelques années, va apprendre à aimer la Bretagne au fil de ses enquêtes. Le travail des paludiers est minutieusement décrit. Jean-Luc Bannalec a vendu plus de deux millions de livres dans le monde.
Les Marais sanglants de Guérande, 21 euros, Presses de la cité.

-Sacré Bidule à Pornichet*
Juin 1990. D’origine marseillaise mais officiant à Paris, le commissaire Anconi se rend à Pornichet pour seconder le commissaire Martineau, collègue baulois. Le sommet franco-africain des chefs d’État débute en effet dans quelques jours à La Baule. Dès son arrivée, un assassinat a lieu sur le remblai de Pornichet, Plage des Libraires. On trouve sur la victime une lettre énigmatique d’un notaire angevin et des photographies d’immeubles. Anconi se voit confier l’enquête. C’est au bar Le Bidule, un verre à la main, qu’il fera le point avec le commissaire baulois !
C’est sur la suggestion de l’éditeur que Rémi Devallière, ancien médecin hospitalier à Saint-Nazaire, a situé l’action de ce roman à Pornichet. Passionné par l’écriture et la voile, il connait bien les lieux. Pour planter le décor, il a choisi d’héberger son héros à l’hôtel Normandy, face à la gare de Pornichet. Afin de reconstituer l’ambiance de Pornichet pendant l’été 1990, Rémi Devallière a fait des recherches dans les journaux de l’époque. Même la météo décrite dans le roman correspond à la réalité. Mais on aurait aimé qu’il évoque la culture bretonne et l’histoire de Pornichet.
On regrette aussi qu’il n’ait pas profité du sommet franco-africain pour nourrir son scenario. Une description des manœuvres politiques, avec Mitterrand en chef d’orchestre, aurait ajouté un peu de piquant !
Sacré Bidule à Pornichet, 11 euros, Editions Alain Bargain.
Kristol Séhec
Photo : DR
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