Elliant. Véronique Le Floc’h (Coordination rurale) : « Les agriculteurs ne sont pas dupes » [Interview]

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17/12/2016 – 07H45 Elliant (Breizh-info.com) – La Coordination rurale vient de nommer suite à son congrès Véronique Le Floc’h secrétaire générale. Le poste de n°2 du syndicat sera donc confié à cette bretonne, éleveuse de bovin et productrice de lait d’Elliant, âgé de 43 ans. Elle est également, depuis 2013, présidente de l’ Organisation des Producteurs de Lait (OPL).

Nous l’avons interrogé sur les dossiers en cours et à venir, et sur la Coordination rurale en Bretagne.

Breizh-info.com : Où en est la Coordination rurale en Bretagne ? Quels sont les rapports avec les autres syndicats ?

Véronique Le Floc’h : La Coordination Rurale c’est presque 30 % des votes aux élections des chambres d’agriculture de 2013. Une progression constante élection après élection. Dans le Morbihan et en Ille-et-Vilaine, nous avons réussi à faire passer la FDSEA et les JA en dessous de 50 %. Nous ne pouvons donc plus parler de syndicat majoritaire. Nos idées progressent ! De toute façon, quand on regarde la situation de l’agriculture aujourd’hui, nous ne pouvons qu’en tenir responsable ceux qui cogèrent la politique agricole depuis des dizaines d’années.

La CR est apolitique, indépendante économiquement et idéologiquement. Nous nous rendons compte que nos concurrents voudraient reprendre à leur compte plusieurs de nos idées… mais pas de la bonne façon ! Et puis il y a une différence entre les paroles et les actes. Les agriculteurs ne sont pas dupes.

Breizh-info.com :  Sur quel terrain doit on vous attendre prochainement ?

Véronique Le Floc’h : Nos positions ne changent pas. Nous occuperons donc le terrain avec la même idée en tête : « des prix pas des primes ». Aujourd’hui même avec les primes les agriculteurs ne vivent plus de leur métier. Or elles nous ont enfermées, nous rendent dépendants des pouvoirs publics. Si nos produits étaient payés à leur juste valeur, nous pourrions nous tirer un salaire, investir, créer des emplois sur nos fermes mais aussi dans le para-agricole, installer nos jeunes …

Nous militons pour la mise en place d’une TVA sociale et l’inscription de l’exception agriculturelle à l’OMC pour soustraire l’agriculture des accords de libre-échange. Nous allons aussi peser pour que la réforme de la PAC aille dans le sens des paysans.

Nous nous ferons entendre pour la défense de tous types d’agriculture respectueuse de l’environnement mais sans plus de contraintes. La CR promeut une agriculture durable et raisonnable. Si l’on reconnaît la fonction nourricière des agriculteurs et que l’on prend en compte la qualité et la quantité des productions (car les statistiques montrent sans ambiguïté que l’UE n’est pas autosuffisante sur le plan alimentaire) cela permettra une augmentation des prix agricoles et donc du revenu à l’hectare. Cela induira une moindre course au rendement et donc des pratiques agricoles « raisonnables » à la recherche de l’optimum et non du maximum, et, par là-même, une amélioration de l’image des agriculteurs auprès des citoyens.

Enfin nous lutterons contre la morosité ambiante. Les temps sont extrêmement difficiles mais ce n’est pas le moment de lâcher le combat. Les masques tombent. Nous nous rendons compte que tous ceux qui disent défendre l’agriculture, ne le font pas dans les faits. En 2019, les agriculteurs auront la possibilité d’écrire un autre scénario.

Breizh-info.com :  Beaucoup de paysans (et notamment les plus petits) s’inquiètent de l’ouverture de l’usine de lait à Carhaix et de l’invasion économique chinoise. Qu’en pense la Coordination rurale ?

Véronique Le Floc’h : Nous avons manifesté à Carhaix le jour de l’inauguration de l’usine Synutra. Comme nous l’avons dit ce jour-là : « ils inaugurent, nous trinquons ». Nous ne nous opposons pas à ce type d’investissement mais nous nous interrogeons sur les retombées que pourraient en récolter les producteurs.

Le calcul est simple : Il faut 2,85 litres de lait pour faire un kilo de poudre. Moins d’un euro revient à l’éleveur. Sachant que le chiffre d’affaires prévisionnel de Synutra est de 500 millions d’euros pour 100 000 tonnes de poudre, cela fait 5€/kg. A la sortie de l’usine, le prix est donc multiplié par cinq. Le prix de vente en Chine peut atteindre 80$. Encore une fois, nous sommes les grands perdants ! Pourquoi ne touchons-nous pas la valeur ajoutée ?

Breizh-info.com :  En cette période électorale à venir, beaucoup de politiciens vont faire des annonces. Y croyez vous encore ? Y’a t’il des candidats qui, selon vous, se démarquent ? Les syndicats doivent ils s’engager en politique comme le font très souvent les syndicats de gauche (CGT, CFDT etc) ?

Véronique Le Floc’h : Soyons honnête, pour le moment nous n’y voyons pas très clair.

Je tiens à rappeler que nous sommes apolitiques. Cela ne nous empêche pas de parler à tous les politiques. D’ailleurs, nous pouvons observer que les candidats sont de plus en plus nombreux à reprendre nos idées. C’est le cas récemment avec le le Programme de responsabilisation face au marché (PRM), construit par l’European Milk Board (EMB) et destiné à anticiper et gérer les crises laitières plutôt que les subir. C’est aussi le cas avec l’inscription de plus en plus régulière des notions de coûts de production, de préférence communautaire …

Notre travail syndical se fait à tous les échelons, du local au niveau européen. Ceci dit, pour avoir beaucoup travaillé sur les dysfonctionnements du secteur coopératif laitier et avoir partagé ces recherches avec plusieurs élus en charge de rapports, il est désolant de voir ces points rester sous silence. Pourquoi ? Il est clair que cet outil créé par et pour les agriculteurs connaît un problème de gouvernance et, comme dans le privé, de répartition des marges.

Breizh-info.com :  Quel est votre point de vue sur le développement de l’agriculture biologique en Bretagne, région pionnière. N’est-ce pas l’avenir du modèle agricole breton ?

Véronique Le Floc’h : L’agriculture biologique en France c’est aux alentours de 32 000 producteurs, soit un peu plus de 5 % de l’agriculture. En Bretagne c’est un peu plus de 2 000 exploitations. C’est en progression aussi. C’est à la fois une réponse à la demande des consommateurs et un moyen de créer de la valeur ajoutée.

Par contre nos outils industriels sont construits davantage pour une agriculture de masse et ils pourraient se retrouver pour certains en surcapacité ! Il est clair que la Bretagne doit se remettre en question! En lait, par exemple, la Bretagne fait autour de 20% du volume national pour seulement un peu plus de 10 % de la valeur ajoutée !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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