24/01/2017 – 08h45 Quimper (Breizh-Info.com) –  Le samedi 22 Janvier avait lieu à Quimper une conférence donnée à l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de Jean Edern-Hallier par Jean-Claude Lamy auteur de «  Jean Edern Hallier l’idiot insaisissable » , en présence de Laurent Hallier frère de l’écrivain et de Yann Penn organisateur de l’évènement.

Avant le début de la conférence proprement dite, une présentation des lieux fût faite par Eric Perénnou, propriétaire de la maison d’enfance du poète Max Jacob, où avait lieu la conférence. Ce dernier profita de l’occasion pour présenter à l ‘auditoire composé d’une trentaine de personnes environ, la plaque «  Maison des Illustres » qu’il venait juste de recevoir et qui sera apposé courant Mars lors d’une cérémonie officielle et introduire la conférence proprement dite.

La parole fût prise en premier par Yann Penn, auteur lui-même d’une plaquette intitulée «  Le testament politique de Jean-Edern Hallier en Bretagne » pour présenter rapidement les intervenants et rendre un premier hommage à cet écrivain rebelle et inclassable qu’était Jean Edern-Hallier avant de laisser le micro à Jean-Claude Lamy.

Ce dernier, ancien journaliste à France-Soir et au Figaro Littéraire, est l’auteur de nombreuses biographies de personnalités du monde des Arts et des Lettres ( Pierre Lazareff, Françoise Sagan, les frères Prévert, Georges Brassens, René Bazin, Bernard Buffet entre autres) qu’il a eu la chance de connaître et de côtoyer. C’est évidemment le cas de Jean Edern-Hallier qu’il compta parmi ses amis.

Il pu donc devant un auditoire attentif durant une petite heure tracer un portrait riche en anecdotes de toutes sortes de cet écrivain et polémiste hors norme et de cet homme aux personnalités multiples. Fils du général Allier, originaire de la ville d’Edern dans le Finistère et de Marguerite Leleu, d’origine Alsacienne et Juive selon Jean Edern, rien ne le prédestinait si ce n’est un goût révélé très tôt pour la littérature à cette vie où plutôt à ces vies qu’il allait vivre et même parfois s’inventer.

Compagnon de route des Maoistes dans les années soixantes, bourgeois soixante huitard se rendant sur les barricades en Ferrari (offerte par la mère de sa première épouse la très riche mais néanmoins très gauchiste Anna Devoto) avec le petit livre rouge bien en vu sur le tableau de bord, il partira pour le Chili en 1973 avec des fonds rassemblés par Régis Debray pour la résistance Chilienne dont la moitié disparaîtra dans des dépenses fort peu révolutionnaires.

Fondateur de la revue littéraire Tel quel avec entre autres Philippe Sollers et Jean-René Huguenin, ce jeune écrivain aux idées à la fois gauchistes et libertaires va fondé en 1969 le célèbre journal pamphlétaire L’Idiot International.

Dix ans plus tard, échappant aux classifications faciles et profondément attaché à faire prévaloir ses convictions personnelles, Jean Edern s’attirera les foudres de ses anciens amis anciens gauchistes reconvertit dans la bien pensance bourgeoise en éditant l’essai d’Alain de Benoist « les Idées à l’endroit » (1979) avec qui il avait entamé depuis plusieurs années un dialogue cordial.

La même année, il publia «  Lettre au colin froid » pamphlet anti giscardien et se positionna de fait comme l’empêcheur de gouverner en rond.

Auteur d’une trentaine d’ouvrages, Jean Edern était selon les dire de François Mitterrand, qui fût son ami avant de devenir son principal ennemi, «  un des écrivains les plus brillants de sa génération ».

De l’amour à la haine, il n’y a souvent qu’un pas dit on et la qualité de la plume de Jean Edern fût bien vite oubliée lorsque le président eut vent du pamphlet explosif que s’apprêtait à faire paraître son ancien compagnon de route,un de ses soutiens les plus fidèles avant son accession au pouvoir en 1981.

Jean Edern-Hallier, sans doute vexé de ne pas avoir obtenu une nomination espérée, décida effectivement comme soudain touché par un désir absolu de vérité et en fin connaisseur du microcosme politoco-culturel de l’époque qu’il était de révéler dans un brûlot sans concession initialement nommé « Tonton et Mazarine » la fille cachée de François Mitterrand ainsi que le passé cagoulard et vichyste de ce dernier.

Étrangement, la parution de ce livre qui devait se faire avant les élections présidentielles de 1988 où Mitterrand se présentait pour un second mandat ne put avoir lieu. Plus de dix sept maisons d’éditions refusèrent, bien sûr en toute indépendance, de le publier et ce n’est qu’en 1996 presque un an après le décès de ce dernier et une année avant celui de l’auteur que ce livre pu enfin être édité sous le titre «  L’honneur perdu de François Mitterrand ».

Cet ouvrage qui aura valu à Jean Edern-Hallier durant presque dix ans de subir tous types de persécutions et d’apparaître aux yeux du pouvoir comme l’homme à abattre, François Mitterand allant jusqu’à dire à Roland Dumas, grand artisan des coups troubles de l’ère Mittérrandienne, «  Ce sont des individus qui ne méritent qu’une balle dans la tête », put enfin être disponible et recueillir un large succès puisque ce sont près de 600000 lecteurs l’achetèrent.

Au delà de ces multiples aspects concernant littérature et politique, Jean-Claude Lamy va également tracer un portrait riche en couleurs d’un homme qui brûlait la vie par les deux bouts. Victime d’une infirmité datant de la naissance, qui le rendait aveugle d’un œil, et non pas une balle reçue lors du siège de Budapest en 1944 comme aimait à le faire croire Jean Edern-Hallier, ce borgne rebelle comme le qualifie l’auteur sera pourtant un observateur attentif et un visionnaire avisé de la vie culturelle et politique.

Il sera aussi un dandy flamboyant aimant le luxe et les plaisirs de la vie, d’autant plus que ces derniers ne lui coûtent que peu habitué qu’il était à brûler un argent qui n’était pas le sien où laisser impayés bon nombre de factures. L’auteur raconta d’ailleurs à un public amusé comment Jean Edern,ayant obtenu en 1986, par Jacques Chirac alors premier ministre, une protection de la police, partait à l’improviste pour Deauville à l’hôtel Normandy non pas en train mais en taxi et envoyait les notes au ministère de l’Intérieur.

De même, étant à l’origine de la célèbre affaire des écoutes, ces dernières ayant pour but d’espionner Jean Edern, ses amis et comme nous le savons aujourd’hui un panel de personnalités aux profils forts variés pour peu qu’il s’agisse d’une personne ayant manifesté de légères réticences au pouvoir en place. Les écoutes atteignirent vite une amplitude jamais égalée dans ce type d’affaire.

Ce qui est drôle, c’est que Jean Edern ne payait bien sûr aucune de ses factures de téléphone et le pouvoir, pris à son propre piège, se voyait contraint de maintenir à tout prix sa ligne pour écouter le « terrible comploteur ». Grand séducteur devant l’éternel, Jean Edern profitant de cette occasion se régalait alors à inventer des conversations téléphoniques torrides avec bon nombre de maîtresses réelles ou imaginaires qui duraient des heures et qui n’avaient que peu à voir avec d’éventuelles menaces à l’ordre républicain pour lesquelles il était censé être écouter.

Bien d’autres anecdotes furent évoquées par Jean-Claude Lamy ainsi que de nombreux témoignages recueillis auprès des acteurs principaux de l’époque tel les secrétaires de Jean Edern où des hommes politiques comme Valéry Giscard d’Estaing ou encore Roland Dumas.

Au terme de cette passionnante et brillante intervention, la parole fut laissé à François Hallier, frère de l’écrivain qui dans une intervention plus courte mais néanmoins toute aussi captivante évoqua des souvenirs d’enfances et surtout mis en exergue les liens profonds qui unissait Jean Edern-Hallier et la Bretagne.

Cette terre qui était sienne l’inspira toute sa vie durant et marqua sans aucun doute profondément son caractère et sa personnalité.

Indépendant et rebelle, refusant de se soumettre aux puissants et de rentrer dans les cases prédéfinies d’une société aseptisée, Jean Edern fût un corsaire de l’écriture, un lansquenet de la pensée et sans aucun doute un des derniers esprits libres de ce temps. Emporté par une crise cardiaque sur son vélo alors qu’il pédalait dans une aube naissante, lui le presque aveugle laisse derrière lui une œuvre brillante à découvrir ou redécouvrir et l’image d’une vie flamboyante, bien loin des ombres convenues de la bien pensance actuelle.

Il ne fait pas de doute que les participants à cette conférence comme les lecteurs de Breizh Info feront leur cette phrase de Jean Edern-Hallier «  La provocation n’est intéressante que si elle s’inscrit dans le cadre de la vérité, de dire la vérité contre le mensonge »

Ty Yann Berthelot

Crédit Photo : DR
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2 Commentaires

  1. Jean-Edern Hallier était certainement une personnalité complexe, mais son oeuvre n’est pas guidée uniquement par des rencontres et des détestations personnelles. Il a vécu une profonde mutation intellectuelle du gauchisme chic vers une position qu’on dirait plutôt identitaire aujourd’hui. Cette évolution a commencé avant même son voyage au Chili, qui lui a ouvert les yeux sur de sales réalités, et la parution de « Chagrin d’amour », qui lui a valu une rude prise de bec avec Régis Debray (qui allait à son tour évoluer quelques années plus tard, mais c’est une autre histoire). « Peuples d’Europe, résistez ! », écrivait-il en 1972 — oui, 1972 ! — dans « La Cause des peuples » « (…) Votre combat ne peut être réactionnaire, pas plus que ne le fut jadis la longue marche des paysans vendéens. Car le sens bascule, obligeant les réactionnaires à reconsidérer partout leurs analyses. Résistez ! Défendez le pas de votre porte, le bout de votre champ, le bord de votre ruisseau. »
    Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Bien sûr ! « J’ai vu passer ce matin, devant la haie de mon champ, une troupe de marins, d’ouvriers, de paysans ». Une chanson identitaire par nature, malgré les protestations de Gilles Servat, l’artiste dépassé par son oeuvre elle-même. Au fait, « La Cause des peuples » s’ouvre sur le « Chant des partisans » et s’achève sur une action de grâces en breton !

    • Je n’ai pas souvenir avoir entendu Servat protester contre l’interprétation identitaire de la Blanche Hermine, puisque cette chanson s’inscrit dans le militantisme breton des années 70, qui était tout aussi politique qu’économique, social et identitaire. J’ai juste le souvenir d’avoir entendu Servat grogner contre la récupération, 30 voir 40 ans plus tard, de ce chant.

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