A Bouvron (44) le café-restaurant Le Bouvronnais espère conjurer le déclin du commerce local

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26/08/2017 – 06h55 Bouvron (breizh-Info.com) – Bouvron, c’est d’abord le carrefour. Et, pour quelques années encore, le bruit. C’est là que la RN171 (Laval – Saint-Nazaire) croise la RD16 (Pontchâteau – Nort sur Erdre) dans un ballet continu de camions. Au fond de la place de l’abbé Corbillé, face à l’église, une grande banderole : « La déviation c’est commencé. Fin des travaux 2020 ». Juste en face, le café-restaurant-tabac le Bouvronnais, qui a rouvert au printemps. Lui, ne désemplit pas et espère casser la marche inexorable du déclin des commerces locaux.

Rideau de fer sur l’avenir

Ce sont deux faces d’un même monde. Derrière le Bouvronnais, la masse de la laiterie-fromagerie, qui fait vivre la commune, mais dont l’automatisation progressive des chaînes de fabrication inquiète. Au fond de la place, la banderole est placardée sur un îlot complètement abandonné, où il y avait jadis une charcuterie et un café. Si on se glisse dans les vestiges, l’établissement est encore intact. Sur le comptoir poussiéreux, le journal des contrôles incendie, arrêté à décembre 1994. A Bouvron, le Café de l’avenir est fermé depuis 1994. Son rideau de fer rouillé par les vents salins fait face au déferlement quotidien de la nationale.

Au cœur de l’ilot, accessible par un escalier extérieur en pierre, une pièce tout droit sortie du XVIe siècle : cheminée blasonnée, poutres chaulées, vieilles malles. C’est l’une des rares de la commune qui n’ait pas été détruite par les bombardements liés à la poche de Saint-Nazaire. Comme toute la Poche, Bouvron n’a été libéré que le 11 mai 1945, le centre-bourg rasé, pilonné par les obus des libérateurs.

Pas de quoi émouvoir la mairie. L’ilot entier sera rasé et reconstruit une fois la déviation achevée : au diable le passé. Quant à la cheminée et ses abords, expertisés, « ce sont effectivement des éléments anciens, mais qui peuvent avoir été apportés sur place », remployés en somme, nous explique une employée de la mairie, affectée aux dossiers d’urbanisme. Il est prévu de sauvegarder cette cheminée, mais la mairie n’explique pas comment.

Des réalisations municipales belles et coûteuses qui n’ont jamais enrayé la marche du déclin

Coincé entre Blain et Savenay, le bourg de Bouvron semble léthargique. La municipalité, dirigée depuis 2001 par le socialiste Marcel Verger, s’attache pourtant à montrer son dynamisme et sa modernité. C’est ainsi que plusieurs bâtiments dans le bourg ont été rénovés et transformés en logement : ancienne minoterie, ancienne école publique de fille, presbytère. Actuellement c’est le tour de l’ancienne Poste. Une salle polyvalente a été inaugurée en 2009 pour 3,4 millions d’euroS. Ses abords sont équipés de lampadaires éoliens. La démarche participative pour agrandir l’école  partiellement construite en terre crue n’a suscité que des éloges.

Mais le déclin a toujours été plus fort. « Pendant que le maire construisait sa belle salle, il laissait tomber l’église. Résultat, il faut maintenant un million d’euros pour la remettre d’aplomb », constate, agacé, un bouvronnais qui n’a pas voté pour lui en 2014. Il était le seul candidat – il a été réélu, mais il y a eu 530 bulletins blancs ou nul (45% des suffrages exprimés). Et 826 électeurs ne sont pas venus voter. Pour la légitimité électorale, on repassera.

Et effectivement, faute d’entretien suffisant, notamment des gouttières et des toitures, celles-ci se sont dégradées, obligeant la commune à fermer l’église Saint-Sauveur. Elle sera sauvée, moyennant près d’un million d’euros de travaux. La lourde facture du laxisme socialiste – les mêmes causes donnent les mêmes effets, qu’il s’agisse de l’église de Bouvron ou de la France.

Ces derniers temps, Marcel Verger a été très occupé. Il s’est fait réélire aux cantonales, en s’affirmant contre l’aéroport mais en refusant de faire campagne sur le sujet.  Il fait partie des têtes de file pourtant du CéDPA, le collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Il s’est mis En Marche, pour éviter de se faire plomber par la déconfiture du PS officiel. Et les travaux de la déviation qui devraient, en 2020, débarrasser le bourg du trafic de la RN171 ont été lancés. Tout cela occupe.

Ce qui permet de comprendre pourquoi le déclin a encore remporté une manche. Il y avait déjà des commerces et des services qui avaient fermé dans le bourg les années passées – ainsi de l’agence du Crédit Agricole (il ne reste plus qu’un distributeur de billets), ou du café du Bon Accueil sur la route de Campbon. Ou encore la dernière pompe à essence, faute de clients qui avaient pris l’habitude de faire le plein à Blain ou Savenay.

Et puis au cœur du bourg, si les trois cafés s’en sortent – le PMU l’Escale, le restaurant le Bretagne (qui fait aussi café à midi) et donc le Bouvronnais, c’est moins qu’avant. « Les trois cafés étaient ouverts le soir, tard », se souvient un habitué. « Puis les gendarmes sont venus camper six mois sur la place, à l’heure de la sortie. Bien des gens ont perdu leur permis et les cafés ont arrêté d’ouvrir tard ». En 2006 aussi, l’Escale arrêtait d’accueillir des concerts et devenait un PMU. Le Bretagne n’ouvre plus que le midi – mais sa salle est souvent pleine. Quant au café-restaurant de la Place, emblématique de la commune tout comme sa patronne – il a fini par fermer.

Mais le tissu commercial a commencé à se fragiliser nettement depuis le second semestre 2015. Et pour cause : de longs travaux de gaz pour la fromagerie ont perturbé la circulation dans le bourg pendant des mois, jusque courant 2016.

Il n’y a pas que la circulation qui l’a été, le commerce aussi. Le café-restaurant-tabac repris à la rentrée 2013 a commencé à battre de l’aile, perdant l’activité tabac puis tombant en liquidation judiciaire fin avril 2016. Certains clients, qui s’arrêtaient acheter leurs cigarettes, ne l’ont plus fait, et les répercussions se sont fait ressentir sur d’autres commerces. En décembre 2016, c’est la supérette 8à8, nichée derrière l’église, qui était dans l’obligation de licencier son boucher.

La supérette en péril

Dans le projet que la municipalité entend mettre en œuvre une fois la déviation achevée, l’ilot actuellement en friche au fond de la place Corbillé, face à l’église, serait rasé et reconstruit. Une supérette de 250 m² serait prévue dans le projet. Si l’ancienne survit jusque là.

Lorsqu’on se promène dans ses allées ces jours-ci, les rayons sont presque vides. Nombre de références manquent. « Non, nous ne sommes pas en train de fermer », rassure la vendeuse. « Mais on commande de moins en moins : on jetait trop de choses, on ne pouvait pas tenir ». L’effet des vacances ? « Si seulement… depuis le printemps dernier, de plus en plus de clients désertent ou viennent acheter bien moins qu’avant ». Cela coïncide aussi avec les travaux de l’ancienne Poste, près de la mairie, qui ont fermé l’accès direct à la supérette depuis la route de Campbon.

La tendance n’est pas propre à Bouvron – le 8à8 de Batz-sur-Mer a aussi mis la clé sous la porte – difficile de lutter contre deux Intermarchés implantés aux sorties ouest et est du bourg. Nombre de petits commerces trouvent de plus en plus difficile de résister entre chute du pouvoir d’achat des clients et hausse continue du poids des charges, normes, cotisations sociales et autres taxes.

« Avec 3000 habitants ça devrait pourtant cartonner », commente une habitante du bourg. « Mais le fait est que l’une des deux boulangeries a du mal, la pharmacie aussi, je ne parle même pas de l’épicerie fine. La supérette, ça commence vraiment à se voir… bref, il y a le feu au lac ».

Ce n’est pourtant pas une fatalité. A Saint-Omer de Blain, 7 km plus au nord, les 800 habitants suffisent à faire vivre un café-tabac, une épicerie et un coiffeur, groupés autour de la place de l’église. Sans compter deux restaurants. Mais implanté près du Canal de Nantes à Brest, Saint-Omer est plus touristique. Quant au restaurant gastronomique dans le bourg, sa notoriété dépasse largement le village. Même quand le tourisme fluvial s’assèche autant que le lit du canal, restent encore randonneurs et cyclo-touristes.

Cependant, « à Saint-Omer, les habitants ont l’habitude de faire leurs courses d’appoint chez eux. Ici à Bouvron, surtout chez les gens qui sont arrivés dans les beaux nouveaux logements qu’a fait construire le maire, et qui sont des gens d’ailleurs, le réflexe c’est de prendre sa voiture et d’aller dans les centres commerciaux de Blain ou de Savenay », commente un habitant qui vit à la limite entre les deux communes. « Dans ces conditions, plus rien ne peut tenir. Sans prise de conscience citoyenne, Bouvron sera à moyen terme un désert commercial. Avec une mairie qui vient d’être rénovée, une école de bonne taille – deux même, il y a une école privée, une salle polyvalente à trois millions d’euros, des lampadaires éoliens et des bâtiments écolos, mais un désert quand même ».

Le déclin des commerces a des répercussions jusque sur le marché. Il se tient le jeudi matin de 8h30 à 12h30 devant la minoterie. Près du Crédit Mutuel et de la Poste – qui prévoit de réduire ses horaires d’ouverture à la fin de l’année –, mais à l’écart du centre du bourg groupé autour du carrefour des deux grandes routes. Déplacé il y a quelques années depuis la place de l’église, il est souvent bien désert. Au point que le poissonnier a décidé de le lâcher, faute de recettes suffisantes. La mairie prévoit de le ramener au cœur du bourg une fois la déviation achevée, mais il y aura-t-il quelque chose à transférer ?

Déviation : l’éldorado pour la mairie, l’inquiétude pour certains commerçants

L’achèvement de la déviation en 2020 est présentée comme la manne céleste par la mairie. Fini le bruit des camions, fini le danger de traverser les routes, les terrasses pourront s’étaler, un bosquet de verdure fleurira sur la place – dont trois quart des espaces de parking disparaîtront au passage, et le cœur du bourg sera reconstruit.

Pourtant, au sein des commerçants, c’est clairement « l’inquiétude » qui domine. « Plus de trafic, ça veut dire moins de camions, mais moins aussi de passages », nous confie une vendeuse de la supérette. Un employé de la fromagerie a une opinion différente : « ce ne sont pas les gens qui passent qui font vivre Bouvron. Ils passent, et ne s’arrêtent pas. Ce sont des habitués qui permettent aux commerces de tenir, des personnes âgées aussi. La déviation n’aura guère d’impact ». Un de ses collègues tempère : « quitte à attendre au feu rouge, y en a qui préfèrent s’arrêter, prendre leur paquet de clopes ou faire quelques courses. Comme ils feront le tour du bourg, ils n’auront plus cette habitude. C’est Blain ou Savenay qui en profiteront ».

Le Bouvronnais, héritier du Saint-Michel, ne désemplit pas et espère relancer le commerce du bourg

Au milieu de ce tableau de déclin, la reprise du Bouvronnais (ex- Saint-Michel, puis Café Gourmand de 2013 à 2016) apparaît comme une bienvenue note d’espoir. Agnès, Gérard et leur fils l’ont repris au printemps 2017. Aucun d’entre eux ne vient de l’hôtellerie-restauration : jusque là, Agnès tenait un commerce de Beaux-Arts à Rezé, puis place Viarme à Nantes, son mari Gérard était responsable d’exploitation dans le transport de marchandises.

Ils exploitent en famille, sans compter leurs heures, le fonds historique – un café-tabac auquel ils ont ajouté une activité restauration. Tant le café que le restaurant – connu pour ses portions très copieuses et ses plats variés– ne désemplissent pas et sont redevenus le point névralgique du bourg. Lors de la fête de la Musique en mai dernier, ce sont près de 150 jeunes de la commune et des bourgs environnants qui sont venus se presser devant le café, danser et écouter les groupes invités.

Les plats sont élaborés avec des produits locaux – les œufs par exemple viennent du GAEC des Rochettes, à quelques kilomètres du bourg. Plus étonnant pour un café-restaurant de campagne, on peut y trouver de la bière japonaise.

Le Bouvronnais, 2 rue Jean Lemée à Bouvron (44), au carrefour.

Parking en face, place de l’Abbé Corbillé face à l’église.

Menu du jour : 12,50 €.

Fermé le lundi, pas de restauration le week-end.

Téléphone 02.28.00.09.48. Réservation fortement recommandée.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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