La Bretagne n’est pas la Corse. Certes. Ni même l’Irlande, la Catalogne, l’Écosse ou le Pays Basque. Non, mais la Bretagne est aussi une nation d’Europe à part entière, avec ses frontières géographiques et historiques (de Brest à Clisson), ses langues, son histoire, son âme, ses spécificités ethniques et culturelles…

Et du référendum sur l’indépendance en Catalogne à la victoire des nationalistes en Corse, il semble que la marche s’accélère, passant d’une Europe des nations – qui a échoué à s’unifier et à gagner la confiance des peuples – à une Europe des peuples, une Europe des régions, ou des patries charnelles comme la nommait et l’appelait de ses voeux Yann Fouéré.

De toute façon, l’Europe de Bruxelles est quasiment morte, alors pourquoi vouloir continuer ainsi, et prendre le risque de laisser les vieux nationalismes guerriers prospérer sur son dos impotent ?

C’est pour cela que les élus de Bretagne se doivent aujourd’hui d’ouvrir le débat sur l’autonomie à venir de notre région, et sur la création d’une Assemblée unique de Bretagne, supprimant ainsi des conseils départementaux absolument inutiles et coûteux, tout en demandant de nouveaux transferts de compétences, comme cela va être le cas en Corse. Et tout en demandant également, pour les Bretons, la création d’un statut de résident Breton, permettant de protéger à la fois la jeunesse bretonne et son patrimoine immobilier.

Mais aussi l’officialisation de la langue bretonne, la réunification bretonne et l’attribution d’un vrai pouvoir fiscal, afin que les impôts payés par les Bretons ne finissent pas à Paris ou ailleurs, mais bien ici, au service de la population.

Est-ce une abomination que de demander l’application de mesures qui paraissent à la fois simples en application, économiques, et respectueuses du souhait de vie en commun d’une nation ? N’est-ce pas le moment de consulter la population à ce sujet via un référendum ?

Les détracteurs rétorqueront que les Bretons votent massivement, et cela depuis des années, pour le pouvoir en place en France. Qu’ils seraient devenus les premiers serviteurs d’une République que bon nombre de leurs ancêtres ont pourtant combattu les armes à la main. Certes. Mais il n’est pas une majorité du conseil régional de Bretagne qui n’ait jamais mis en avant la spécificité bretonne, en tant qu’argument électoral.

Et le fait que le mouvement politique nationaliste breton soit si bas dans les élections n’est pas dû à l’absence d’espérance politique de la nation bretonne dans son ensemble, mais bien à l’incapacité, à la stérilité, et aux pathologies sociales diverses et variés de certains de ses acteurs, qui de surcroît, ne sont jamais parvenus dans leur grille de lecture idéologique à en finir avec les vieilles lunes du 20ème siècle. Sans parler de cet imaginaire débordant qui fait que le militant breton se prend parfois pour un Palestinien, un partisan antifasciste ou un Kurde en lutte, comme si il s’agissait encore ici de décolonisation, et que bien évidemment, il ne parle qu’à quelques illuminés.

La nouvelle génération intéressée par la politique, par la vie de la cité en Bretagne, doit sortir des calculs de boutique, des épiceries. Elle doit cesser de croire qu’en prenant sa carte chez les uns ou chez les autres ce sera mieux. Elle se doit de construire, ici et maintenant, les bases qui permettront, demain, à la Bretagne, de participer pleinement au concert des peuples européens, qui sont aujourd’hui, il faut encore et toujours le souligner, menacés de disparition, d’extinction, si rien n’est fait.

Dans ces « chocs démocratiques », que l’on voit en Corse, en Catalogne, mais aussi au Royaume-Uni avec le Brexit, ou en Europe centrale avec une volonté de plus en plus marquée de s’affranchir du joug de l’Europe de Bruxelles et des nations, ce sont finalement les petits peuples, les petites nations, qui doivent se réveiller, et non pas se replier sur elles-mêmes, mais reprendre leur destinée en main, tout en étant profondément conscients et sereins d’appartenir à un ensemble et à une civilisation nommée Europe.

Une civilisation qui n’a jamais été aussi menacée aujourd’hui, d’abord parce qu’elle n’a jamais su devenir un bloc politique et civilisation cohérent (refus de se définir par rapport à « l’autre »). Ensuite parce que ceux qui dirigent sans avoir été élus par les peuples, les institutions européennes, veulent en faire une sorte d’espace indifférencié, où sexes, races, identités, langues, tendraient à fondre, à s’effacer.  Enfin parce qu’à l’extérieur de l’Europe, des populations à la démographie galopante ont entendu le message que certaines de nos élites et leurs idiots utiles martèlent dans le monde entier : « Venez en Europe, vous serez les bienvenus ».

L’avenir de la Bretagne est lié à l’avenir de l’Europe demain, tout comme l’avenir de l’Europe est conditionné à la liberté offerte aux peuples qui la composent de décider de la façon dont ils entendent vivre sur leur propre sol. La liberté locale, le régalien civilisationnel. C’est la seule issue pour notre civilisation.

Le temps est venu que Bretagne sorte de son sommeil et qu’Arthur revienne !

Julien Dir

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3 Commentaires

  1. Article intéressant mais parler d’illuminés pour ceux qui évoquent une décolonisation de la Bretagne (terme utilisé par Michel Rocard, donc même par un Français) et de l’autre en appeler au retour d’Arthur me semble surprenant…

    Mais pour le reste, vous avez raison….
    Il convient aujourd’hui de constater que les Bretons (qui sont l’une des plus anciennes nations d’Europe donc l’une des plus légitimes) sont aujourd’hui dans le total déni de leur légitimité…

    Pire encore, les Bretons sont aujourd’hui l’unique nation sous tutelle en Europe qui ne se réveille pas… (préférant soutenir les Catalans et Écossais et fermer les yeux sur le succès des Corses).

    Le déni des Bretons d’eux-même est total, y compris dans le mouvement breton….
    Le niveau de conscience démocratique est aujourd’hui très bas en Bretagne…

  2. L’auteur pourrait-il préciser la ou les publications où Yann Fouéré aurait « appelé de ses voeux » une « Europe des patries charnelles » ? A ma connaissance, Yann Fouéré n’a jamais revendiqué ni même utilisé l’expression « patrie charnelle ». Cordialement. Yves Mervin

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