Kurz

02/02/2018 – 07h15 Vienne (Breizh-info.com) – Après sa tournée à l’Ouest, le chancelier autrichien Sebastian Kurz recevait le Premier ministre hongrois Viktor Orbán à Vienne mardi dernier. Une rencontre prometteuse pour les deux pays.

Un pont entre l’Est et l’Ouest

Alors que ces deux gouvernements sont parmi les plus observés en Europe ces derniers mois, la venue de Viktor Orbán en Autriche a retenu toutes les attentions. Un déplacement qui a officialisé les premiers échanges entre Sebastian Kurz, le nouveau chancelier autrichien , et le patron de l’exécutif hongrois.

Tandis que l’Autriche est pressentie comme un possible médiateur entre les pays de l’ouest de l’UE et le groupe de Visegrád, la rencontre de mardi a mis en évidence plusieurs points de convergence. Il faut préciser que la réception de Viktor Orbán n’était pas une réception officielle mais une « réunion de travail ». Parade sémantique afin de détourner les critiques ?

Toujours est-il que Sebastian Kurz a fait part de bienveillance à l’égard de la Hongrie et de ses alliés de Visegrád. Lors de la conférence de presse commune, il a ainsi déclaré : « En particulier depuis le début de la crise des migrants (en 2015) les tensions se sont accrues dans l’Union européenne ».

Puis d’ajouter que « Notre grand objectif en Autriche est d’être à cet égard un pont entre les États de Visegrád et les pays d’Europe occidentale ».

« Le plus grand danger… »

Sans surprise, les deux hommes d’État ont évoqué le sujet des migrants. Sujet sur lequel ils partagent des points de vue similaires. Pour mémoire, Viktor Orbán avait déclaré il y a quelques semaines que l’immigration était le « cheval de Troie du terrorisme » tandis qu’il percevait les migrants comme des « envahisseurs musulmans » au sein de l’Europe chrétienne.

Il a poursuivi sur le même ton en ce 31 janvier. « Le plus grand danger aujourd’hui pour l’avenir prometteur de l’Europe centrale est la migration des peuples », a affirmé le Premier ministre hongrois.

N’hésitant pas à enchaîner : « Quand je dis que l’avenir a besoin d’être protégé, je veux dire que nous avons une culture, une culture chrétienne… Nous avons un mode de vie, et nous voulons protéger ce mode de vie ».

« Mettre un terme à l’immigration clandestine »

Quant à Sebastian Kurz, il a également abordé frontalement la question migratoire. Sans oublier de féliciter le travail de la Hongrie en matière de lutte contre l’immigration illégale en Europe. Le pays a effectivement construit des clôtures en 2015 à sa frontière méridionale, une frontière extérieure de l’espace Schengen.

« Le plan de l’UE ne fonctionne pas… Nous devons mettre un terme à l’immigration clandestine afin d’assurer la sécurité en Europe. Je suis heureux qu’il y ait eu un changement de mentalité dans de nombreux pays européens ces dernières années ». Les mots sont clairs dans la bouche du chancelier autrichien.

Reconnaissance envers la Hongrie

Après son entretien avec Sebastian Kurz, Victor Orbán a ensuite rencontré le vice-chancelier Heinz-Christian Strache, par ailleurs chef du FPÖ. Ce parti est notoirement connu pour ses positions également hostiles à l’immigration.

« J’avais dit à l’époque que nous devions être reconnaissants envers la Hongrie d’avoir protégé les frontières extérieures de l’UE en restant sur le terrain du droit. Nous aurions dû coopérer plus étroitement et aider la Hongrie au lieu de la critiquer », a tenu à préciser Heinz-Christian Strache.

Quelques divergences

Des points de désaccords sur d’autres sujets sont toutefois à relever. Notamment sur le projet de l’Autriche de poursuivre la Commission européenne pour avoir autorisé la Hongrie à agrandir une centrale nucléaire.

De même, la volonté de Sebastian Kurz de réduire les allocations familiales pour les personnes travaillant en Autriche mais dont les familles vivent ailleurs n’est pas du goût de Viktor Orbán. Il juge cette mesure comme une « discrimination ». De nombreux travailleurs hongrois sont effectivement présents sur le territoire autrichien.

En définitive, l’Autriche devrait voir son poids diplomatique augmenter au centre de l’Europe. Il semble que le Premier ministre hongrois, et à sa suite le groupe de Visegrád, soient davantage réceptifs aux paroles de Sebastian Kurz qu’à celles de Jean-Claude Juncker.

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