Finlande. Le revenu universel coûte cher au contribuable, mais augmente la pauvreté

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Suite de notre analyse sur la fin du revenu universel en Finlande.

https://www.breizh-info.com/2018/05/05/94999/revenu-universel-pourquoi-la-finlande-ne-prolonge-pas-lexperience-partie-1

Signe Jauhiainen, principal chercheur en sciences économiques de Kela, la sécurité sociale finlandaise, a affirmé quant à lui que le revenu de base simplifierait la sécurité sociale, mais la pauvreté augmenterait, selon des propos repris par Verkkouutiset : « le revenu de base apparaît souvent comme une bonne solution théorique, mais en pratique ne garantit pas un revenu suffisant, sauf à ce qu’il devienne fort coûteux », et ce même si l’aide au logement est maintenue.

Il y préfère le Crédit universel – l’adaptation finlandaise du modèle anglais – qui combinerait les allocations chômage, l’aide au logement, une allocation sociale minimum – équivalent local du RSA – et les frais de garderie : « les incitations économiques vont s’améliorer, la pauvreté sera légèrement réduite et le coût pour les finances publiques restera le même ». Cependant, la question de la contrepartie reste pour lui entière, et les aides sur le logement et la santé devront être maintenues.

L’ancien Premier Ministre (2010-2011) Mari Kiviniemi, actuellement secrétaire adjointe de l’OCDE, a tiré quelques rafales sur l’ambulance du revenu universel en présentant le rapport fait sur le pays par l’organisation. Selon ses propos, repris par YLE, l’équivalent local de Radio France, le revenu de base est soit trop coûteux pour l’Etat, soit trop faible pour les allocataires. Les couples y gagneraient par rapport aux célibataires, et 150.000 personnes de plus tomberaient sous le seuil de la pauvreté.

Le rapport de l’OCDE plaide aussi pour l’adaptation locale du crédit universel, « dégressif en fonction de l’augmentation des revenus », selon Mari Kiviniemi, et qui permettrait de sortir 90.000 finlandais de la pauvreté sans coût supplémentaire pour l’État. Le rapport de l’OCDE propose aussi un rééquilibrage des impôts pour relancer la croissance, en baissant les taxes sur les bénéfices et en augmentant la TVA, les taxes foncières et la fiscalité environnementale pour sauvegarder « un secteur public qui fonctionne bien et que la Finlande veut conserver ».

En juin 2017 l’OCDE avertissait déjà sur les risques d’augmentation de la pauvreté en Finlande du fait de l’établissement du revenu universel, relevait l’organisation dans un rapport qui. étudiait les effets possibles de l’introduction d’un revenu de base dans quatre états disposant de prestations de sécurité sociale assez étendues, le Royaume-Uni, l’Italie, la France et la Finlande, en définissant cependant un revenu de base de 527€ pour ce dernier pays.

« Le revenu de base ne peut être la panacée mondiale contre la pauvreté », relevait alors l’OCDE, qui affirmait que les parents isolés pourraient pâtir du revenu de base – ce qui semble avoir été confirmé. L’OCDE plaidait pour un revenu de base modulé en fonction de la recherche d’emplois ou d’autres activités. Et donc moins universel.

Six mois plus tard le démocrate-chrétien Peter Östman s’opposait lui aussi à l’expérience : « Nous ne soutenons pas le revenu de base tel qu’il est actuellement expérimenté. Il aboutit à un montant forfaitaire appuyé sur l’imposition des salaires moyens et des hauts salaires. Selon nos calculs, cela aboutirait à une hausse des impôts. Les chômeurs seraient ceux qui y perdraient le plus ». Pour lui, « la réparation du système actuel est impossible : il a été constitué pendant des décennies de bric et de broc, et c’est très difficile de faire coïncider les divers dispositifs ».

Bref, la situation est assez similaire à la France, où les diverses allocations sociales ont été décidées en fonction de mouvements électoraux, sociaux, catégoriels, de décisions plus motivées par la politique que l’efficacité économique ou sociale, ce qui constitue un édifice pour le moins hétéroclite et inefficace. Derrière l’image d’une « sécurité sociale que le monde nous envie », le Roi est nu. Et l’État Providence menacé, tout comme en Finlande, par le vieillissement de la population et le déclin économique.

Stop ou encore ? Le revenu de base s’avère être un outil pour changer de cap professionnel

Malgré l’échec de l’expérience, les Verts l’ont inclus dans leur programme pour les législatives du printemps 2019. Ils souhaitent la renouveler et l’étendre à 10.000 personnes – chômeurs et travailleurs – tout en maintenant le montant de 560 €, égal aux prestations minimales. L’objectif serait de le généraliser à partir de 2023 au mieux. Il serait exempt d’impôts quelle que soit la tranche d’âge ou sociale concernée.

Le responsable de l’expérimentation actuelle au sein de Kela, le professeur Olli Kangas, a soutenu l’élargissement de l’expérience défendu par les Verts en appelant à y inclure des indépendants et des micro-entrepreneurs. « Le revenu de base pourrait être l’une des solutions pour réorienter sa vie professionnelle », a-t-il expliqué au journal progressiste Kaleva, publié dans le nord du pays à Oulu, se référant aux expériences en cours sur le revenu de base en Californie. Ce quotidien, longtemps quatrième le plus lu dans le pays, est tombé à la 18e place en 2013 avec 69.450 exemplaires vendus en moyenne, tout en restant progressiste.

« Les expériences en Californie et la Silicon Valley [en partie financées par l’argent privé, entre pub, souci de la paix sociale et version 3.0 de l’aumône] sont justifiées par des changements dans la vie professionnelle. Les gens deviennent de plus en plus entrepreneurs ou free-lancers ». Pour Sam Altman, qui dirige le plus grand accélérateur de start-ups de la Silicon Valley, la mise en place d’un revenu de base encouragerait justement l’innovation et donc la création de nouvelles richesses qui compenseraient l’improductivité de ceux qui auront choisi la paresse : « même si 90% des bénéficiaires fumaient de l’herbe, ce serait gagnant-gagnant ».

La réforme de la sécurité sociale au centre des législatives de 2019

La réforme de la sécurité sociale fait d’ailleurs l’attention de tous les grands partis, qui préparent chacun leur modèle – impôt dégressif pour les uns, revenu de base pour d’autres, débat autour du maintien de la réduction des allocations chômage pour les chômeurs qui ne cherchent pas de travail ou ne se forment pas, sans oublier le « crédit universel » britannique, qui consiste à remplacer par une allocation unique six prestations sociales et crédits d’impôts portant sur le logement, le chômage, les allocations familiales et le handicap.

Pirkko Mattila, ministre des Affaires sociales et de la Santé, a déclaré que l’expérience a tout de même été utile : « maintenant on sait que [la généralisation du revenu de base] c’est très cher. Il y a une forte sensation qu’il serait mieux de mettre en place un crédit d’impôt. Si tu ne travailles pas, tu as moins d’allocations, si tu travailles, tu en as plus ».

Le ministre de l’Intérieur Kai Mykkänen tire ses propres conclusions en réfutant un montant universel et semblable pour tous les cas de figure : « aucune personne ne doit être en difficulté. Cinq cent euros peuvent suffire à certains étudiants, mais pas à un parent isolé dans une grande ville. Il est déraisonnable de soutenir un montant similaire pour tous, même si la nécessité d’une évaluation au cas par cas implique une forme de bureaucratie. Dans certaines situations, l’allocation doit être assez élevée, c’est à dire proche des salaires les plus bas ».

La fin du « conte de fées finlandais » ?

Le média russe Zavtra rend une analyse assez critique sur cette expérimentation, qu’il met en parallèle avec la « fin du conte de fées finlandais ». Dans les années 1955 à 1990, la Finlande – qui avait maintenu des relations de voisinage cordiales avec l’URSS – fournissait des biens de consommation déficitaires et recherchés aux soviétiques (meubles, textile, chaussures, papier) contre des fournitures de matières premières. « La Finlande a longtemps été la vitrine du magasin qui nous vendait les valeurs  »universelles » occidentales. Mais l’histoire s’est achevée et la vitrine était en fait cassée ».

Quant à la fin de l’expérience sur le revenu universel, pour Zavtra, « elle était pensée et mise en place pour discréditer l’idée même que l’homme n’a pas seulement droit à la vie mais aussi aux moyens d’exister. Vingt millions d’euros dépensés en 2017-18 par le gouvernement finlandais pour 2000 bénéficiaires locaux, et ça y est,  »l’expérience a raté », c’est fichu. Ce n’est pas cher payé ».

A Utrecht, l’expérimentation en partie enterrée

Une autre expérience de revenu de base a été en partie enterrée et repoussée. A Utrecht, aux Pays-Bas, 250 chômeurs devaient recevoir 960 € par mois de 2017 à 2019. Finalement l’expérience est décalée sur la période entre juin 2018 et octobre 2019, mais n’aurait plus rien d’universel. Il s’agirait seulement d’étudier plusieurs scénarios pour renforcer l’efficacité des allocations et des possibilités de réinsertion sociale qu’elles permettent ou non.

En revanche la faillite, il y a six ans, de la ville californienne de Stockton ne semble rien avoir appris à ses édiles : ils s’apprêtent à distribuer 500 $ par mois à quelques dizaines de familles triées sur le volet, sans condition, pendant un an. Aumône politique ou revenu vraiment universel ? A suivre.

Et le dilemme lié au chômage de masse promis par les opposants à l’automatisation et à la robotisation reste entier : « cette décision finlandaise donne un coup d’arrêt à un projet qui faisait rêver tous les partis de gauche du monde. On se souvient de la campagne présidentielle française. Il va donc falloir remettre les outils de redistribution sociale en discussion, parce qu’il faudra bien trouver une solution si, contrairement à ce que nous promettait Schumpeter, l’intelligence artificielle et la révolution des robots dispensent une partie des populations de travail ».

« Le cœur du problème est qu’il n’y a peut-être plus de nouveaux emplois pour une population non éduquée », s’exclame un défenseur du revenu de base dans l’hebdomadaire économique finlandais Talouselämä, troisième en termes de ventes dans le pays. Mais le secrétaire d’État Martti Hetemäki témoigne quelques lignes auparavant d’un autre problème si le revenu de base est généralisé : « en pratique, il y aura moins de monde au travail et donc moins de partage » Or, selon lui la proportion de ceux qui travaillent ne doit pas être réduite si l’on souhaite maintenir les services actuels de l’État providence. Deux directions à priori inconciliables pour un réel choix de société.

Louis-Benoit Greffe

Crédit photo : DR
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