Notre-Dame-des-Landes : les tensions entre zadistes et riverains sont loin d’être apaisées

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Le témoignage de l’agriculteur que nous avons interrogé, et qui affirme être prêt à nettoyer la ZAD lui-même avec d’autres si les gendarmes n’y arrivent pas, n’est pas isolé. Un nombre croissant de riverains en ont assez des zadistes et des nuisances qu’ils génèrent (routes coupées, barrages, prolongation de l’opération d’évacuation, difficultés pour les livreurs et les camions de lait d’accéder…) et commencent à le dire. Autour d’une ZAD où les résistances aux exactions des zadistes ont longtemps été empêchées par la peur et la menace de l’aéroport, les langues se délient, la parole se libère comme on l’a vu lors de notre enquête sur les vols de terre par les zadistes et Copain 44 –.

« Aujourd’hui, on ne peut plus taire les vols de terres, les agressions de paysans qui avaient essayé de s’y opposer, et la préfecture est obligée de prendre en compte ce qui s’est passé, ainsi que la parole des paysans exploitant légalement sur la ZAD ». Dont certains n’ont pas hésité à accuser Copain 44 et la Confédération Paysanne d’avoir participé à ces prises de terres, en donnant force dates et détails.

Goûter de départ des clodos de Notre-Dame-des-Landes : quand les zadistes se barricadent

Résultat, ce sont les zadistes eux-mêmes qui commencent à ressentir vivement la perte de soutien des riverains. Le 28 avril a eu lieu un « goûter de départ des clodos de Notre-Dame des Landes », farouchement anti-zadiste. Résultat, ce sont les zadistes (irréductibles) qui se sont barricadés dimanche soir en érigeant des chicanes sur la RD81, car « toute la nuit des fachos sont passés en roulant à 150 km/h », témoigne dans une vidéo violemment à charge contre les forces de l’ordre Armelle Borel.

Cette femme au fort accent du sud-ouest, co-administratrice d’une association créée à Béziers et basée à Agen, est mère de zadiste – engagé dans les équipes medics aux côtés des irréductibles qui s’opposent violemment à la police – et vit sur place. Les gendarmes mobiles sont venus enlever ces chicanes le matin du lundi, accompagnés de deux blindés, et rétablir la circulation sur la route.

Fait curieux, les zadistes n’ont même pas tenté de se défendre comme ils le font d’habitude – c’est à dire en venant cagoulés, masqués et en groupe intimider deux ou trois opposants isolés. Peut-être parce que cette fois ils étaient opposés à un plus fort parti. Même si certains paradaient sur la page Facebook : « On vous attendais nous, on avait préparé l’apéro. On avait des œufs plein de merde, des bouteilles de pisse et des ballons de vomis pour vous ».

Malgré le trollage des zadistes et de leurs soutiens, la page Facebook de l’événement permet de se rendre compte d’un ras-le-bol croissant des riverains. Et pas seulement à cause des revendications des zadistes sur les terres : « Ce sont des squatteurs. On ne gagne pas des terres on les achète ! Comme chaque français. Les lois sont là et doivent être respectées ! Les zadistes sont là pour protéger le site ? Vu la pollution qu’ ils mettent je ne crois pas. Ce sont juste des clodos qui se rebellent soi-disant contre l’État alors qu’ à chaque début de mois ils courent chercher leur RSA ».

Un autre riverain est encore plus net : « Bon aller ! Ça suffit les conneries ! Y a plus d’aéroport !! Hop hop hop , tu t’en va , tu cherche du boulot…. tu veux un terrain et une habitation ? et bien tu te l’achète et tu paies tes taxes d’habitation et foncière … comme nous !!! Ah ba oui c’est plus dur ! C’est le jeu ma pauvre Zadette !! Bienvenue dans la vraie vie !! Quoi ???? Le bocage et la faune ??? Mais mon pauvre zadiste avec l’air « canabissé » … et tout le bordel que tu as foutu avec tous tes copains ça fait bien longtemps que les grenouilles et Cie se sont barrées !! […] On n’en peux plus de vous voire tous les jours ! Vous avez déjà bien profité alors maintenant il faut partir !!! Comme ça … les animaux (une fois que tout votre bordel sera nettoyé grâce à nos impôts !! ) pourrons revenir et les habitants retrouver le calme !! ».

Un courrier des zadistes « modérés » aux riverains qui ne passe pas

Ce ras-le-bol croissant des riverains est lié à une « lettre à nos voisin.e.s » des zadistes, mise dans les boîtes-aux-lettres des riverains, qui a bien du mal à passer. Dans cette lettre, des zadistes entreprennent d’ « expliciter notre point de vue sur la situation, et parce que nous nous soucions aussi de la manière dont elle vous a impacté.e.s. Les opérations menées par les forces de l’ordre la semaine dernière se sont traduites par la destruction d’un grand nombre de nos maisons, fermes, ateliers ».

« Nous avons conscience que notre voisinage a aussi subi les conséquences de ces opérations, avec le blocage des axes routiers et les contrôles incessants autour de la zad. Certaines maisons de la zad qui n’étaient pas visées par cette vague d’expulsions ont été l’objet de coupures d’électricité longues de plusieurs jours malgré le fait qu’elles bénéficient d’abonnements réguliers […] Nous n’avons pas choisi de déclencher ce déferlement policier », continuent les signataires du courrier.

Ceux-ci émanent plutôt des « modérés », ceux qui étaient déjà enquillés dans des négociations, sous l’ombrelle de Copain 44 et de la Confédération paysanne, et qui avaient choisi de déposer des projets nominatifs auprès de la Préfecture. Un choix que d’autres zadistes ont contesté : « Cette fin de semaine, malgré les destructions d’une partie de nos maisons, nous avons repris le dialogue avec la Préfecture. Il fallait sortir de ce cycle infernal, et tenter de prévenir de nouvelles opérations policières dans les jours à venir. Certain.e.s d’entre nous avons fourni ce vendredi un dossier détaillant les activités agricoles et autres développées sur la zad ».

Les zadistes signataires tentent de bâtir un front commun avec les riverains : « Nous n’avons cependant aucune confiance dans la volonté de dialogue réel du gouvernement et aucune assurance sur le fait qu’ils ne s’engagent pas dans de nouvelles expulsions […] Notre aspiration passionnée à un avenir commun dans ce bocage ne peut se faire sans vous ».

Mais ce n’est pas gagné. « Dans ce courrier ils ne parlent pas de tous les différents avec les agriculteurs, riverains (agressions ,spoliation de terre agricole rt autre vol magasin, pharmacie,fausse déclaration MSA et autres.)Ils se croient chez eux ! », réagit un agriculteur du bourg.

Sur la page du « goûter de départ des clodos », un autre riverain est lui aussi assez critique : « Nous avons eu la joie de recevoir dans notre boite aux lettres du PQ avec des mots dessus… un torche cul de crasseux pour nous dire qu’on était voisin et qu’ils excusent les gènes occasionnés aux riverains a cause des vilains pas beaux gendarmes. J’ai arrêté de lire a « ils ont détruits nos habitations et beaucoup d’entre-nous ont tout perdu» Sérieux, gardez le papier pour vous essuyer le cul, aucun riverain ne vous soutient ».

Barricader les routes ou pas ? Quand la querelle finit… avec un flingue.

« Irréductibles » et « modérés » s’opposent aussi sur les barricades et les trous que les premiers veulent faire dans les routes. Les seconds s’y opposent au milieu de pressions croissantes des riverains et agriculteurs qui en ont assez – les barricades et chicanes gênent l’accès aux champs, le passage des camions laitiers, des livreurs, des riverains eux-même et des transports.

Sur le site de la ZAD, un appel a été lancé pour maintenir les routes « circulantes hors période d’expulsion ». Selon les irréductibles, il émanerait du CMDO (collectif pour le maintien des occupations), porté par des « modérés » en lien avec Copain 44 et qui n’hésite pas, toujours selon les « irréductibles », à faire des coups de force pour appuyer ses communiqués – s’illustrant notamment par la réouverture en force de la RD281 cet hiver, contre l’avis des « irréductibles ». C’est d’ailleurs la situation de blocage persistante autour de cette route qui a fini par déclencher l’opération d’expulsion du 9 avril.

« Les barricades et obstructions faites en dehors des journées d’expulsions font monter grandement le ressentiment au sein de la population locale », écrivent les zadistes « modérés ». Qui craignent clairement pour l’avenir des projets qu’ils ont déposé en préfecture : « Sans le soutien de celle-ci, qui est aujourd’hui rendu extrêmement fragile de ce fait, il nous sera très difficile de gagner les batailles à venir et sans doute impossible de nous projeter ici dans le futur ».

Les « irréductibles » ont répondu par une fin de non-recevoir cinglante : « Une partie du mouvement d’occupation (d’habitation ?), croît bon d’appeler à « rendre les routes circulantes » (parlez en donc à la préfète ou à Macron, c’est bien elleux qui envoient les militaires occuper la Zad et ses routes!) . Habiter vient de haber : avoir, posséder et résume bien la teneur de la lutte de certain[s] : accéder à une propriété d’usage privative des biens communs de la Zad pour le bénéfice de groupes affinitaires et donc fermés (quand ce n’est pas secret) ».

Le courrier, qui accuse entre les lignes « modérés » et CMDO de pactiser avec l’état bourgeois, relève les principaux griefs des « irréductibles » qui s’estiment oubliés dans les arrangements entre Préfecture, Confédération Paysanne et zadistes « modérés » qui ont déposé des projets nominatifs : « La Zad comme espace de déradicalisation par le travail était une des options envisageables par l’état pour sortir de la crise NDDL. Cette stratégie bat son plein relayée en interne par les ex-radicaux d’une « théorie » politique tactique disant, grosso-merdo, « toutes les alliances sont possibles pour sauver nos acquis matériels ». Tout cela ne peut tenir qu’au prix d’une large dissonance cognitive (combattre le capital en signant avec l’état capitaliste en rentrant dans ses cases) abreuvée par une mythomanie collective (on va endormir l’État en se cachant derrière un « manteau légal ») et une culture du déni assumée (on s’en fout de ceux que l’on considère comme « minoritaires »  »

Bref, estiment les « irréductibles », « lancer un appel à débarricadage sans même consulter ni informer les personnes concernées témoignent de pratiques autoritaires et méprisantes pour toutes les personnes dont la liberté et la sécurité dépendent pour partie de ces barricades ». Et donc ils feront l’inverse : « barricadons,chicanons, et fortifions les routes, les chemins, les champs et les bois ». Une affiche avec les têtes des principaux négociateurs avec l’Etat a aussi été publiée par les « irréductibles » : on y retrouve les quatre paysans historiques en train de signer la convention d’occupation précaire de leur bien, la préfète, et certains zadistes « modérés ».

Outre un chantier de fortification des abords de la Grée le 3 mai à 13 heures, des chemins ont déjà été coupés par un fossé en eau renforcé par des fascines plantées en avant – une technique tout à fait médiévale – et un appel circule parmi les « irréductibles » pour couper et creuser des trous dans les routes RD81 (Fay-de-Bretagne – Vigneux), RD281 (les Ardilières – la Pâquelais), RD42 (Notre-Dame des Landes – la Pâquelais), RD15 (Fay-de-Bretagne – le Temple) et la communale qui va de Notre-Dame des Landes à Grandchamp des Fontaines.

Mais les « modérés », qui sont effectivement parfois d’anciens radicaux, n’ont pas l’intention de se laisser faire. Et une des querelles autour des barricades sur les routes a dégénéré. « Une arme à feu était était sortie hier [le 1er mai], et ce n’était pas par les keufs (de la République française), pour éviter que des gens – soutiens internationaux – creusent des défenses dans un point stratégique de la zone.. », signale un « irréductible » le 2 mai. Des zadistes venus de l’étranger avaient effectivement entrepris de creuser des trous sur une route, et comme ils ne voulaient rien entendre, ça a fini par se régler sous la menace d’une arme. Lesdits trous n’ont pas été creusés.

Ce qui a donné un énième règlement de comptes entre « irréductibles » et « modérés », ou l’un des premiers s’interroge [NDLR :Nous avons respecté l’orthographe…] : « est-ce que je risque maintenant de finir dans un coffre, le corps cassé ou abandonner dans un champ a 50 bornes? ou risquons d’être cible une Xième fois de nous voire couper la ligne internet collective car t’aime pas qu’on diffuse « de la calomnie » ou qu’on « divise ta lutte », qui en réalité n’est que des critique réelle « qui nuit à ta réputation ou à ton honneur (je savais pas que t’en avais) » et celles de tes complices fascisants. Ou est-ce qu’on court encore un fois le risque que tu organise les chasseurs contre nous, mince faut qu’on fait gaffe quoi ».

Émilie Lambert

Crédit photo : DR
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