Une nouvelle mosquée devrait ouvrir à Brest rue du Duc d’Aumale, à Kergoat, dans le quartier multi-ethnique de Bellevue. Une collecte a été lancée en ligne – avec comme objectif de recueillir 40.000 € pour la future mosquée « al Rahma » (la Miséricorde), « proche d’une cité universitaire qui accueille de nombreux étudiants musulmans », probablement la cité CROUS du Kergoat (190 chambres dont 185 de 9m²).

Une ex-mosquée privée pour les cadets saoudiens et émiratis formés à Brest

La salle choisie pour accueillir la mosquée était jusque là utilisée par des étudiants saoudiens. Il s’agissait en réalité d’un « lieu de culte privé », loué par l’Arabie Saoudite pour ses élèves officiers et ingénieurs de marine formés par la Marine à Brest.  Des cadets saoudiens étaient notamment formés à l’IUT de Kergoat dans le cadre du programme NAVFCO de Défense Conseil International, l’entreprise liée au ministère de l’Intérieur qui forme les futurs utilisateurs des frégates françaises vendues à l’Arabie Saoudite.

Ce programme intitulé SAGEMA (SAoudi Grandes Écoles MArine) de 2008 à 2014, prévoit deux premières années à Cherbourg à l’école des fourriers de Querqueville pour parfaire leur connaissance de la langue française, deux autres à l’IUT de Brest pour obtenir un DUT et trois ans ensuite à l’Ecole Polytechnique , à l’ENSTA de Brest , à l’Ecole Navale , à  l’ISAE – ENSICA ou à Télécom Bretagne. A l’issue, les élèves intégrent la marine saoudienne – avec la prestation de serment traditionnelle dite Al Kassam – ou obtiennent le master en innovation technologique. Le programme SAGEMA a été précédé par deux autres aux objectifs similaires, GESAOUD (1990-99) et IGE (1996-2009).

Ces formations sont cependant distinctes des cours de l’école navale pour officiers étrangers (CENOE) eux aussi gérés par DCI qui accueillent notamment des élèves issus d’Afrique francophone, du Qatar et du Koweït. Fin décembre 2013 97 élèves étaient engagés dans le programme SAGEMA – dont une quarantaine par an à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest – et 117 au CENOE.

Assez discrets, ils ont cependant défrayé la chronique lorsque des femmes en niqab ont assisté en 2015 à la remise de galons d’officiers à dix d’entre eux, formés dans le cadre de ce programme à l’ENSTA Bretagne. C’étaient des femmes de leurs familles, et la cérémonie était propre aux saoudiens, les officiers ont prêté serment sur le Coran, certes dans l’enceinte d’une école française. Cette mosquée n’acceptait aucun pratiquant en-dehors des saoudiens concernés et de quelques émiratis eux aussi en formation à Brest dans des conditions similaires.

Mosquée et école coranique au programme

A ce jour, 777 € ont été collectés pour le projet de mosquée. Le projet prévoit entre autres une salle de prière pour les femmes (80 m²) et une autre pour les hommes (120 m²) sur une surface totale de 250 m². Il est porté par l’association Alif. La mosquée sera flanquée d’une école coranique pour assurer des « cours religieux » ainsi que « l’apprentissage de la langue arabe et du Coran ».

L’association, qui tire son nom de la première lettre de l’alphabet arabe, préfère « ne pas répondre aux questions des journalistes. Ce n’est pas qu’on ne veuille pas de vous, mais dès qu’on parle de mosquée, tout ce qui est dit, ce sont de mauvaises choses », explique un membre de l’association, qui « ne s’occupe que de communication interne. Tous les responsables sont en vacances ». L’association, qui a aussi indiqué dans son objet défendre les droits des personnes étrangères ou immigrées, n’a été déclarée en Préfecture que le 31 août 2016. Son siège est situé dans un immeuble du quartier Keredern. 

Brest a déjà acquis une gloire douteuse avec son imam salafiste

Brest était déjà connu pour son imam salafiste quiétiste Rachid Abou Houdeyfa (el Jay), longtemps choyé par le ministère de l’Intérieur. Et ce malgré ses propos souvent violents, à l’égard de ceux qui écoutent la musique, qui « seront transformés en singes et en porcs » ou justifiant le viol, « le voile, c’est la pudeur de la femme. Sans pudeur, la femme n’a pas d’honneur. Et si la femme sort sans honneur, qu’elle ne s’étonne pas que les gens, que les frères, abusent de cette femme-là et la négligent ».

L’enquête ouverte en avril 2016 par le parquet de Brest a été récemment classée sans suite. Et l’imam diplômé en « religion, droit et vie sociale » le 19 décembre 2017 à l’université de Rennes par l’ancien maire de Rennes Edmond Hervé, cacique socialiste local et apôtre du vivre-ensemble. Avec ses successeurs, il a forgé l’insécurité et les quartiers multi-ethniques dont les rennais subissent chaque jour le poids.

Développement fulgurant des mosquées et ingérence étrangère

Depuis 2003 jusqu’en 2014, le nombre de mosquées a doublé en Bretagne selon une enquête de Valeurs Actuelles : 53 en 2014 contre 23 en 2003. Sept d’entre elles sont situées dans le Finistère, département qui compte aussi de nombreuses associations islamiques à Bannalec, Brest, Guipavas, Locmaria-Plouzané, Morlaix, Pont-de-Buis, Quimper et Saint-Martin des Champs principalement.

Les différences entre tendances de l’islam, mais aussi les logiques communautaires, le prosélytisme islamique et l’essor des salafistes expliquent le développement fulgurant du nombre de lieux de culte.

En 1970, la France comptait encore à peine 100 mosquées, contre 2450 en 2015, avec 393 projets en cours. La plupart d’entre eux sont justement des salles de prière – moins d’une centaine mesurent plus de 1000 m² et une trentaine seulement ont un minaret, toujours muet, comme la mosquée turque de la Janvraie à Nantes.

Le développement des mosquées pose aussi le problème de l’ingérence étrangère : le Qatar, l’Arabie Saoudite, le Koweït, Dubaï, le sultanat d’Oman, le Maroc ou encore l’Algérie financent en effet les mosquées de leurs communautés en France, voire forment les imams.

Près de 300 d’entre eux sont par ailleurs des fonctionnaires payés par des États étrangers : 151 imams turcs – payés 2400 € par mois, 120 algériens – payés de 2200 à 2400 euros – et 28 marocains en 2018. Ces derniers ne sont payés que 1250 € nets par l’Union des mosquées de France qui perçoit une enveloppe globale de l’État marocain, mais ils sont logés par les associations des mosquées auxquelles ils sont attachés.

Louis-Benoît Greffe

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