Elena Ramallo, spécialiste des Droits de l’Homme : « Je suis surprise qu’on essaie de nous présenter l’islam comme une religion européenne » [Interview]

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Elena Ramallo, juriste et experte en violence sexiste, a été nommée pour le prix Princesse des Asturies pour son travail dans le domaine des droits de l’homme. Elle a conseillé des gouvernements en Europe et en Amérique latine. Lors d’une récente apparition à la télévision avec la philologue espagnole Sonia Sierra, elle a soutenu une nouvelle législation visant à réglementer le voile islamique, la présentant comme un pas vers l’égalité des sexes, une position qui a rapidement déclenché un débat national. Notre confrère Álvaro Peñas a échangé avec Elena Ramallo du féminisme, de l’islam, des défis auxquels sont confrontées les femmes en Espagne et des changements qu’elle estime nécessaires.

Traduction par nos soins.

Vous vous dites féministe, mais vous ne semblez pas très satisfaite de ce que les politiciens de gauche appellent « le pays le plus féministe du monde ».

Le féminisme n’est pas ce que ces politiciens disent qu’il est. Le féminisme est la défense de l’égalité des droits et des chances pour les hommes et les femmes, il n’a rien à voir avec des idées comme celle que les femmes ont un pénis, ou qu’elles ne sont que des « êtres menstruels », ou encore l’affirmation que tout, absolument tout, relève du féminisme.

Ce que ces soi-disant « féministes » ont fait, c’est démolir les progrès vers l’égalité que les femmes ont travaillé dur pour construire au fil des ans. De nombreuses femmes se sont battues pour l’égalité et ont atteint le sommet grâce à leurs propres efforts, mais ces « féministes » ont obtenu leurs postes grâce à des quotas, et non au mérite. L’Espagne n’est pas le pays le plus féministe si nous devons encore parler de voiles et de femmes invisibles parce qu’elles sont couvertes de la tête aux pieds. Étrangement, de nombreuses personnes qui prétendent soutenir les droits des femmes pensent que c’est parfaitement normal.

Certains courants du féminisme actuel semblent traiter de la même manière tous les cas de violence ou d’abus présumés, qu’ils soient bien documentés ou pleins d’incohérences. Qu’en pensez-vous ?

J’ai passé ma vie à défendre les droits de l’homme, en particulier ceux des femmes et des mineurs, et j’ai été victime de violence machiste. J’éprouve donc un mépris absolu pour ce féminisme, car il fait un tort terrible aux cas réels, ce qui est extrêmement irresponsable.

De plus, nous avons des gens dans les médias qui exploitent cet état d’esprit, sachant que cette forme de féminisme exige de croire aveuglément à chaque accusation, quels que soient les faits. Outre la présomption d’innocence, nous avons tous des pères, des fils, des frères, des maris et des amis, et nous ne voulons pas qu’ils soient confrontés à une situation injuste.

Quand quelqu’un commet un crime, toute la rigueur de la loi doit s’abattre sur lui, mais on ne peut pas faire l’impasse sur la présomption d’innocence. Pour que la justice fonctionne, elle doit être fondée sur la rigueur et des faits absolument prouvés, et non sur l’émotion ou la pression médiatique.

Dans ces situations, il y a souvent une forte composante idéologique qui semble enracinée dans un rejet, voire une haine de la culture occidentale, et une dose de naïveté bien intentionnée. Nous l’avons vu en Afghanistan, avec les affirmations selon lesquelles les talibans avaient changé, et plus récemment en Syrie. Pensez-vous que ce genre d’idéalisme naïf soit l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de gens ne comprennent pas ce qui se passe réellement ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un idéalisme naïf. Je pense que ce sont des agendas politiques qui sont prêts à sacrifier notre mode de vie. Vous avez mentionné des pays où il n’y a pas de démocratie parce qu’ils appliquent la charia, et où les femmes sont traitées comme des êtres inférieurs, battues et tuées comme si elles n’étaient pas des êtres humains. Du point de vue des droits de l’homme, cela signifie la suppression totale de la dignité, de la liberté et des droits des femmes.

Mais c’est déjà le cas dans notre pays, où les femmes doivent se couvrir et ne peuvent pas entrer dans les espaces réservés aux hommes. Le pire, c’est que cela est autorisé sous couvert de diversité et de multiculturalisme. Nous ne pouvons tolérer une tentative évidente de détruire notre société et notre mode de vie.

C’est pourquoi je suis surprise qu’on essaie de nous présenter l’islam comme une religion européenne. C’est une erreur. Notre essence est humaniste et chrétienne, et c’est précisément cet héritage qui nous a permis d’avoir des droits et de vivre dans la liberté et la démocratie. C’est pourquoi nous devons nous exprimer, car ce n’est pas seulement un problème de l’islam, c’est un problème d’une Europe qui, si elle continue ainsi, cessera d’être l’Europe que nous connaissons.

Le multiculturalisme a échoué en Europe, comme nous l’avons vu dans des pays comme la Suède, la Grande-Bretagne et la France. Pensez-vous que le même résultat soit probable en Espagne ?

Je pense qu’en Espagne, nous avons encore le temps d’inverser la tendance, mais il nous faut pour cela une volonté politique qui n’existe pas actuellement. Ni le Parti populaire de centre-droit ni le Parti socialiste au pouvoir n’ont voulu écouter les propositions que nous avons faites pour résoudre ce problème. Le seul parti qui nous a écouté est VOX. Mais cela ne devrait pas être une question de politique partisane, cela devrait être une priorité nationale. Le fait que les deux principaux partis refusent même de nous écouter est un problème grave.

Ainsi, après Pâques, nous publierons un manifeste et commencerons à recueillir des signatures. Je suis sûr que nous obtiendrons suffisamment de signatures pour présenter nos propositions au Congrès, car nous avons le soutien de personnes de tous horizons sociaux et idéologiques. Il ne s’agit pas de racisme ou d’être contre l’islam ; il s’agit de défendre notre société.

Lorsque Sonia et moi avons décidé d’en parler, nous l’avons fait parce que dans certaines régions de Madrid, et surtout en Catalogne, la situation est absolument catastrophique. Il y a des quartiers où l’on ne sait pas si l’on est en Espagne, comme c’est le cas dans d’autres pays européens. Lorsque nous avons lancé notre initiative, je pensais que nous aurions du soutien, mais pas autant que nous en avons eu. C’est pourquoi j’espère que les partis politiques répondront à cette demande sociale, et c’est pourquoi nous devons faire pression sur eux. J’insiste, c’est une question de pays, d’État, de civilisation.

Cependant, le problème en Espagne est que de nombreux partis politiques ne sont pas disposés à agir parce qu’ils ont d’autres priorités.

Oui, non seulement ils ne veulent pas légiférer sur cette question, mais ils ne veulent même pas en entendre parler, et encore moins en parler. Heureusement, en Europe, nous voyons des cas comme celui du Premier ministre danois, qui a déclaré que l’islam devait s’adapter ou disparaître, ou celui du Premier ministre italien, qui a défendu notre culture avec beaucoup de force.

Les politiciens voient la réalité telle que nous la voyons, et dans de nombreux cas, elle est inconfortable pour eux, mais pas autant que pour les citoyens.

Récemment, dans une ville de Galice, la communauté musulmane a demandé que le porc soit retiré du menu de l’école. La scolarité est obligatoire, mais pas les repas scolaires. Pourquoi nous, Espagnols, devons-nous changer nos coutumes ? Pourquoi devons-nous accepter ces impositions ? Tout cela est complètement déraisonnable.

Votre initiative vise à réglementer le port du voile islamique.

Oui, car le port du voile est imposé en raison de la croyance selon laquelle les femmes sont impures et inférieures. Cela va à l’encontre du principe d’égalité et de l’article 14 de la Constitution espagnole. Il est imposé aux mineures par leur famille, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas choisir elles-mêmes.

Quand vous voyez ces jeunes filles dire qu’elles portent le voile parce que c’est leur liberté, c’est qu’elles ont été voilées si longtemps qu’elles l’ont accepté comme quelque chose de normal. Et puis il y a des vêtements comme la burqa, où une femme est couverte de la tête aux pieds dans une prison de tissu, ce qui élimine la femme en tant qu’être humain. Tout cela va à l’encontre d’un droit humain fondamental : le droit à la dignité.

Les défenseurs du voile affirment qu’il fait partie de la liberté religieuse.

Oui, la liberté religieuse est un droit fondamental, mais elle peut être restreinte lorsqu’elle entre en conflit avec d’autres droits fondamentaux, comme c’est le cas ici dans son impact sur les femmes. Nous ne pouvons pas permettre cela dans une société démocratique. Nous ne pouvons pas normaliser quelque chose qui est intrinsèquement oppressif, mais qui est de plus en plus répandu.

Nous parlons constamment de diversité et de tolérance, et dans les écoles, on enseigne déjà la religion islamique et la culture marocaine. C’est de l’hypocrisie absolue. De plus, le contenu de la matière et les personnes qui l’enseignent sont sous le contrôle de la Commission islamique, sans aucune surveillance ni obligation de rendre des comptes. Il semble que nous n’apprenions pas de ce qui s’est passé en Europe, où l’un des principaux problèmes est l’endoctrinement extrémiste des jeunes.

L’Espagne a certains droits et libertés, et quiconque vient en Espagne doit s’adapter à nos droits et obligations. Si vous venez, c’est comme ça, si vous ne l’acceptez pas, ne venez pas.

Ce que nous ne pouvons pas faire, c’est déformer ou manipuler la réalité. Les faits sont les faits, ils se moquent des agendas politiques ou des manipulations idéologiques. Mais les données sont souvent dissimulées ou manipulées, par exemple en évitant de mentionner la nationalité des personnes condamnées pour agression sexuelle ou viol. Si 13 % de la population est responsable de 50 % des agressions sexuelles, ce n’est pas du racisme, c’est une statistique troublante. Cacher ce genre d’informations cause un grave préjudice.

Vous avez mentionné le Danemark et l’Italie tout à l’heure, et il est important de noter que dans le premier, un gouvernement social-démocrate est au pouvoir, et dans le second, un gouvernement de droite – ce qui montre qu’il s’agit d’une question où les intérêts de l’État priment sur l’idéologie.

Oui, il est intéressant de constater que les dirigeants qui ont adopté la position la plus claire sur cette question en Europe sont des femmes, et qu’elles viennent de camps opposés de l’échiquier politique. Peut-être que cette fois, la nouvelle reconquête ne sera pas menée par un Don Pelayo, mais par une femme.

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2 réponses à “Elena Ramallo, spécialiste des Droits de l’Homme : « Je suis surprise qu’on essaie de nous présenter l’islam comme une religion européenne » [Interview]”

  1. Cougar dit :

    Cette dame se trompe! Le pays le plus féministe du monde, c’est l’Afghanistan!
    Tout le monde doit savoir ça, tout comme l’Islam c’est une religion de paix, d’amour, de tendresse, de bienveillance, etc.
    En Franckistan, on apprend ça dès le CM1.
    Faut-il que l’homme blanc soit devenu à ce point mentalement dégénéré pour croire encore à ces âneries!

  2. Ronan dit :

    Bonjour, pour compléter ce que dit cet article, je vous laisse aussi écouter l’émission « Islamisme : une instrumentalisation occidentale ? – Le Zoom – Bernard Germain – TVL : oui voici le lien : « https://www.youtube.com/watch?v=BG3acClVufQ » ; tout débat pour nous faire respecter toutes les religions et nos traditions chrétiennes est vital aujourd’hui ; l’Islam, la chrétienté, le judaïsme a le même Dieu ; défendons nos idées car nous ne sommes pas des « crétins » ; joyeuses Pâques à tous (Pask laouen d’an holl en breton).

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