Une pétition réclamant la suppression des rayons « chasse » des Décathlon circule sur les réseaux sociaux. Près de 80 000 personnes l’ont déjà signée. La saison de la chasse a débuté dimanche dernier en Bretagne, la chasse qui réunit environ 45 000 passionnés sur notre région.

A l’initiative de cette pétition, Pierre Rigaux, naturaliste, et opposé à la chasse, par conviction. Par ailleurs, un courrier, pour le moment sans réponse, a été adressé à la direction de Decathlon, par Pierre Rigaux et plusieurs ONG qui l’ont co-signé : ASPAS, AVA, AVES France, Fondation Brigitte Bardot, GREEN, One Voice.

Nous l’avons interrogé afin de connaitre ses motivations, alors que beaucoup de chasseurs ne comprennent pas pourquoi ils font l’objet d’une telle campagne de stigmatisation de leur pratique, la chasse remontant à la nuit des temps (certes, pas comme elle est pratiquée aujourd’hui).

Breizh-info.com : Pouvez vous vous présenter à nos lecteurs ?

Pierre Rigaux : Je suis naturaliste de passion et de métier : mon travail consiste à étudier les animaux sauvages, la nature, et à faire en sorte de protéger ce qui doit l’être. Après avoir longtemps été salarié dans le milieu associatif, je travaille désormais en indépendant. En parallèle de cette activité professionnelle d’expertise, j¹ai une activité militante et j’essaie d’informer les citoyens sur les réalités souvent méconnues des pratiques humaines concernant les animaux sauvages, notamment la chasse.

Breizh-info.com : Pour quelles raisons menez vous croisade contre le rayon chasse chez Décathlon ?

Pierre Rigaux : Decathlon, seule grande enseigne de vente d¹articles « sport & loisirs » à proposer un rayon chasse, participe à faire de cette activité un sport ou un loisir comme les autres. En particulier, Decathlon fait la promotion de la chasse auprès des enfants. Or la chasse consiste à tuer des animaux pour le plaisir, donc ça n’est pas un loisir ordinaire. Au-delà de Decathlon, mon objectif est que la chasse ne soit plus considérée comme une activité acceptable socialement. Tuer des animaux n’est pas équivalent à jouer au foot ou au tennis.

Breizh-info.com : Qu’est ce qui vous pose problème dans la chasse telle qu’elle se pratique aujourd’hui en France ?

Pierre Rigaux : L’immense majorité des animaux tués à la chasse sont des oiseaux migrateurs et des animaux d¹élevage. Vingt millions d’animaux sont élevés et lâchés tous les ans dans la nature pour être abattus. Contrairement à ce que veulent faire croire les chasseurs, cette activité n¹a évidemment rien d¹écologique. C’est essentiellement un amusement, au détriment de millions d¹animaux… et au détriment des gens qui ne peuvent plus se promener dans la campagne à cause du risque de balle perdue..

Breizh-info.com : Quid des chasseurs qui le font pour se nourrir, et pour ne pas se précipiter chaque semaine dans les rayons de la grande distribution et de l’abattage industriel ?

Pierre Rigaux : La plupart des animaux mangés après avoir été tués à la chasse sont… des faisans et perdrix d¹élevage ! C’est absurde. Quant aux chasseurs qui mangent les chevreuils ou autres grands mammifères, on peut leur rappeler que manger de la viande n¹est pas indispensable. Et surtout, la chasse ne peut pas nourrir tout le monde, donc le fait de banaliser la consommation de viande par la chasse ne fait que justifier l’envie de viande… qui passe forcément par l’élevage industriel si on veut que tout le monde puisse en manger.

Breizh-info.com : Quid par ailleurs de la nécessaire régulation des espèces. Les Choucas des tours, espèce protégée, fait des ravages en Bretagne et menace la sécurité des habitations (mais aussi les révolte). Que fait-on pour réguler ce problème ?

Pierre Rigaux : Si les choucas ou d’autres oiseaux posent des problèmes très localement aux activités humaines, on peut réfléchir aux techniques d’effarouchement qui existent déjà ; si elles sont insuffisantes, développons-en d’autres au lieu de confier la gestion des problèmes à la chasse de loisir. Il ne s’agit pas de « réguler » mais de régler un problème technique. Et sur le plan écologique, dans l’immense majorité des cas, la « régulation » n’a aucun sens. Dans certains cas très minoritaire comme celui des sangliers, il faut rappeler que ce sont les chasseurs eux-mêmes qui ont tout fait pour augmenter historiquement leurs effectifs. Et la chasse de loisir, telle qu’elle est pratiquée, ne fait pas baisser leurs effectifs qui continuent d’augmenter.

Breizh-info.com : N’y a t’il pas un juste milieu à trouver, entre pro et anti chasse ?

Pierre Rigaux : Je pense qu’il faut surtout reconsidérer notre relation aux animaux et à la nature. Ne pas être dans la confrontation, mais faire en sorte que la société change. Le chasseur du futur n’aura plus d’arme, il aura un appareil photo et des jumelles. Certains anciens ont déjà raccroché le fusil. Et à la campagne, on voit de plus en plus de jeunes qui s’intéressent à l¹observation de la nature, sans l’envie de tuer.

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