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Dans la nuit du 29 au 30 septembre, un bus de nuit de la SEMITAN qui roulait boulevard Georges Pompidou sur l’île Beaulieu a été pris d’assaut par une quinzaine de jeunes délinquants (appelés « jeunes gens » par une journaliste de la presse régionale subventionnée). Ceux-ci ont essayé d’y faire entrer un scooter, ont distribué des coups aux passagers ; le conducteur s’est fait voler sa sacoche avec ses tickets par un passager qui a profité de la panique. Nous avons retrouvé un conducteur qui roulait cette nuit.
« Je roulais cette nuit à quelques centaines de mètres avec le Busway », se rappelle Franck Massé, chauffeur de nuit lui aussi. « Le plus dingue, c’est que le PCC [poste de contrôle des circulations] ne nous ait pas prévenu, n’ait pas prévenu les autres conducteurs qui roulaient cette nuit. Alors que c’est la nuit de samedi, la nuit la plus longue, les services finissent à trois heures et demie du matin, et il restait au moins un tour à faire pour ce conducteur ».
Pour le chauffeur, qui est aussi élu de la CGT, « ça c’est la SEMITAN, pas de bruit, pas de vagues, faut rouler quoi qu’il arrive en on en a par-dessus la tête. On a fait grève il y a une semaine à cause de ça, et voilà que ça recommence ». Même si la grève a été très suivie avec près de 40% des conducteurs et 15% des agents maitrise grévistes, « nous n’envisageons pas de faire grève, mais tout simplement de refuser de faire certaines lignes à certaines heures dans certaines conditions, puisque la TAN est incapable d’assurer notre sécurité ».
« La nuit, sur toutes les lignes il y a des points chauds, en gros les quartiers sensibles. Et Commerce »
La nuit, « sur toutes les lignes il y a des points chauds, en gros les quartiers sensibles. Les Dervallières, Beaulieu, le Clos Toreau, Bellevue, le Pin Sec, Château de Rezé, la Bottière… en plus ça tourne, on ne sait jamais où ça va se passer. Et la station Commerce évidemment », que la CGT jugeait à la rentrée « définitivement perdue » et qui fait encore l’objet d’une nouvelle lettre ouverte du syndicat aux élus et aux pouvoirs publics à cause de la délinquance.
« Les politiques veulent nous faire croire qu’il ne se passe rien à la SEMITAN. Il suffit de voir à Commerce, la nuit c’est dingue, même nos équipes de préventions se font emmerder, le deal, les vols, les attouchements, c’est terrible. Et ça ne va pas s’améliorer lorsque tout le secteur sera démonté pour devenir comme le Bouffay », où la rénovation en immense dalle minérale en 2014 n’a fait qu’aggraver l’insécurité.
« En plus le manque d’effectifs – il nous manque entre autres une bonne trentaine de conducteurs – empêche la TAN de pouvoir intervenir rapidement et efficacement », relève Franck Massé. « Par exemple, il y a une équipe prévention au nord, une au sud et une au centre, mais ils servent à tout – remplacer les pièces détachées, nettoyer les bus quand quelqu’un a vomi, plus venir quand il y a un problème de sécurité. S’ils y étaient vraiment dédiés ce serait plus efficace. Nous on nous a promis une équipe mobile de prévention de plus, mais ça ne se fait pas faute d’effectif, la direction fait de belles promesses mais il n’y a pas de moyens derrière ». D’ailleurs les effectifs dédiés à la sécurisation du réseau ont diminué alors que les violences contre les agents ont augmenté.
Le rapport trafic incivilités, pièce hautement sensible pour la direction de la SEMITAN
Faute de remplir ses promesses, il ne reste plus à la direction qu’à cacher la misère, notamment en bidouillant le rapport trafic incivilités qui ne signale qu’une très petite partie des agressions rencontrés par les agents. « Il y a des choses que le PCC juge inutile de remonter, alors que les insultes, les crachats devraient y être signalés », relève Franck Massé. « Nous avons demandé à ce que les conducteurs puissent y avoir accès pour savoir ce qui s’est passé la journée précédente sur leur ligne, la direction n’a jamais voulu ». Et récemment une élue du CHSCT qui a diffusé en interne ce rapport trafic pour les conducteurs a été réprimandée et menacée par la direction de s’en faire retirer l’accès.
Bref, conclut Franck Massé, « sans grands moyens contre l’insécurité et le deal, la situation ne va pas s’améliorer sur le réseau pour les agents. Le problème, c’est qu’on a l’impression que la sécurité à la TAN, c’est un coût, pas une priorité. Par exemple on attend toujours que tous les bus soient équipés de portillons et de vitres anti-agression [il faudra encore plusieurs années pour faire équiper tous les bus, surtout chez les affrétés], des moyens pour les équipes de prévention, etc. »
Une heure pour faire dévier le Busway pris à partie au Clos Toreau
Et de la transparence pour les conducteurs qui ne sont même pas tenus au courant de ce qui se passe pendant leur service. Le 30 août, la TAN a ainsi tardé à couper le Busway alors qu’un véhicule avait été pris à partie dans le quartier multiethnique du Clos Toreau.
La CGT s’en était émue lors de la réunion des délégués du personnel en septembre : « le jeudi 30 août le PCC n’a pas réagi avec rapidité, il a fallu l’intervention du cadre de permanence pour faire dévier la ligne, il a fallu plus d’une heure pour intervenir, le PCC demandait à ce que le Busway passe dans la station sans s’arrêter. Cette solution n’était pas envisageable et susceptible de faire monter la tension ».
La direction avouait que « la décision est difficile à prendre, dans le futur la ligne sera probablement coupée ». C’est que la déviation – qui permet de relier directement Pirmil aux Bourdonnières par la route de Clisson – n’est pas exploitable avec les futurs E-Busway : « l’E-Busway étant plus long et étant contraint à des recharges en ligne, les déviations avec ce nouveau matériel vont êtres plus complexes », relevait encore la CGT qui estimait que « toutes les perturbations vont prendre des dimensions plus contraignantes ». La direction évacuait le problème en affirmant que « toutes les contraintes ont été prises dans le projet E-Busway ». Vraiment ?
Louis-Benoît Greffe
Crédit photo : DR
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