Nantes. Bus, tramway, cars : pourquoi les salariés ont fait grève ?

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Hier, mardi 25 septembre, la ville de Nantes voyait nettement moins de bus et de tramways circuler : les lignes de tramways, busways et chronobus étaient en horaires jour jaune, les autres bus effectués par la SEMITAN ne circulaient pas et près de 40% des chauffeurs étaient en grève – un taux record. Sur des lignes périphériques et le réseau départemental Lila, la grève des affrétés Brodu et Quérard (groupe FAST) perturbait de nombreux services scolaires et voyageurs. Ces grèves concomitantes ont pourtant eu lieu pour des raisons fort différentes.

Insécurité, absentéisme, manque de personnel

Sur la TAN, les chauffeurs faisaient grève contre l’insécurité, mais pas seulement. Le fort absentéisme, le stress, la surcharge de travail, le manque de matériels et l’augmentation des démissions sont aussi pointées dans l’appel à la grève de la CFDT. Dans le relevé de conclusions de la réunion de négociations du 7 septembre 2018, la CFDT détaille les problèmes : « manque de personnel (services non couverts, bus ou trams garés régulièrement, taux d’absentéisme élevé, départs volontaires plus nombreux, difficultés à recruter) , manque de personnel d’atelier […] manque de personnel maîtrise […] manque de matériels roulants (liés aux retards dans la maintenance, à certains véhicules vieillissants souvent en panne), mal-être des agents de la SEMITAN » etc.

La direction avait répondu que « au 31/08 178 personnes ont été embauchées dont 107 à la conduite. Le plan des embauches est suivi. Et à ce jour l’effectif est au niveau des besoins […] le manque matériel est quasiment inexistant […] Concernant le vieillissement de certains véhicules […] les TPMR Sprinter pour Proxitan sont particulièrement surveillés ».

Pourtant le compte n’y est pas, et pas seulement du fait du manque du personnel. « Certaines lignes sont impossibles à faire avec les horaires qu’on a », relève un chauffeur, qui cite « le Busway, le C5, la 10, la 11, la 12… il y en a pas mal. On perd du temps avec la circulation et les gens qui conduisent n’importe comment, on arrive au terminus qu’on devrait déjà être reparti, on fait plusieurs tours sans prendre de pause… Résultat des courses certains en ont marre, l’absentéisme augmente et c’est un effet domino ». En 2017, l’absentéisme avait atteint un taux record de 11% et a continué d’augmenter depuis.

Bus vétustes et problèmes salariaux chez Brodu et Quérard

Chez Brodu et Quérard, outre les revendications salariales et liées aux amplitudes des horaires – des problèmes classiques dans les entreprises de transport de voyageurs – s’ajoute aussi… le ras-le-bol face à la vétusté du matériel, dont les bus les plus anciens roulent sur les lignes scolaires, mais aussi pour Quérard, « sur les lignes 15 et 16 de Lila », au sud de Saint-Nazaire.

La situation qu’ils dénoncent n’est pas récente : elle s’est déjà faite jour l’an dernier lorsque les usagers du Chronobus C4 (Gréneraie – les Sorinières), le seul affrété, se sont plaints de l’insuffisance des bus sur leur ligne surchargée. L’année d’avant, c’est un ex-chauffeur qui avait dénoncé des problèmes sur les salaires versés, notamment avec des heures qui ne sont pas toutes reportées et donc payées. L’état du matériel, encore, était en tête des revendications de la grève chez Quérard en 2015.

« Nous revendiquons 6% d’augmentation de salaires, le calcul des heures supplémentaires à la quatorzaine et le paiement au mois – aujourd’hui c’est en fin d’année, nos heures de coupures payées à 100% – actuellement c’est 25% sur un dépôt équipé d’une salle de repos, 50% sinon –, le paiement des heures scolaires selon le calendrier académique et un matériel décent », détaille Sandrine, déléguée CFDT.

En l’occurrence, ce matériel présenterait de nombreux problèmes : « on a des véhicules en piteux état, souvent dangereux, des problèmes de freins, de portes qui ne ferment plus – on nous oblige presque à rouler portes ouvertes. Il y a des véhicules qui ne devraient plus rouler, notamment les minibus des lignes 15 et 16 [Lila] dont les amortisseurs sont à bout ».

« Les véhicules ne sont pas réparés qu’en dernier recours et des neufs ne circulent que si l’appel d’offres l’impose », continue la syndicaliste, qui relève que « depuis qu’on parle des problèmes sur les lignes 15 et 16 on vient tout juste d’avoir un véhicule tout neuf, c’est curieux ».

Chez Brodu, un mécanicien s’inscrit en faux contre les infos relayées par nos confrères : « quand je vois qu’on sortirait des véhicules dangereux sur les circuits scolaires, je ne peux pas laisser dire ça. C’est faux. Il y en a qui veulent couler la boîte qu’ils ne s’y prendraient pas autrement ».

Du côté de la direction, pas de commentaire. Le directeur de Quérard est « en rendez-vous à l’extérieur ». Et il « n’a pas reçu » les grévistes, nous explique-t-on. « Mais on va bouger à nouveau. Le transport de voyageurs peine à recruter, à cause des grandes amplitudes, de la responsabilité, qu’on est toujours sur la route ».

Le groupe FAST : des bus trop rentables pour être honnêtes ?

Cependant l’ancienne déléguée CFDT Louisette Jouis qui a repris du service pour ce conflit constate que « le groupe Fast [dont fait partie Quérard] amortit ses bus en cinq ans au lieu de dix ans qui est le délai habituel, sur parcours scolaires ». La syndicaliste a découvert ça en faisant expertiser les comptes. « Et on a aussi constaté que le groupe Fast louait ses bus à ses filiales, ce qui diminuait les bénéfices et nous on n’avait plus d’intéressement. Mais on s’est fait bouler aux prud’hommes car il y a un article du Code du Travail qui dit que dès que les comptes sont certifiés par un commissaire aux comptes, les salariés n’ont plus à s’y immiscer ».

Par ailleurs, « quand on voit l’état des bus, on se dit comment peuvent-ils passer aux Mines et rouler. Je me suis toujours posée la question ». Outre l’optimisation des réparations des bus, le groupe FAST a d’autres ficelles pour améliorer la rentabilité.

« On embauche des chauffeurs issus des quartiers sensibles nantais ou des étrangers – on a notamment des roumains. Ils ne parlent pas très bien français et ne remplissent pas bien leurs feuilles où ils ne reportent pas toutes leurs heures. C’est toujours ça de moins à payer pour la boîte. En plus, leur permis est payé par le conseil régional [ou Pole Emploi] donc ils ne coûtent rien non plus. Et une fois qu’ils ont trouvé mieux, ils s’en vont et renoncent à faire des litiges pour demander le paiement de leurs heures, donc c’est jackpot. Nous sommes le vivier des autres entreprises de transport », détaille Louisette Jouis.

En tout cas, le groupe FAST (Financière Atlantique de Services et de Transports) a une formule gagnante puisqu’il ne cesse de se développer. Parti d’un petit autocariste familial (Ringeard) en Vendée – SOVETOURS –  diversifié dans la construction de cars scolaires à Alençon (Scoler et Starter) et le négoce d’autocars d’occasion, il a racheté successivement les Rapides du Poitou (2001), quatre filiales de Hervouët International en Vendée (2003), les voyages Martin à Montmorillon (Vienne) et Chantreau (ex-groupe Salaün) en 2013, Quérard, Brodu et Maury en Loire-Atlantique et Morbihan, les cars Simplon en Loir-et-Cher et Loiret, les voyages Besson (49), Desmaison (36) en 2017, Desbois autocars voyages (44) et Rousselot (79) en 2018 etc. Sans oublier trois entreprises de vente de pièces détachées automobiles et trois agences de voyage, Maury (56), Besson (49) et Simplon (41).

L’usine de construction de cars a cependant été liquidée en 2014 dans des conditions difficiles – le tribunal de commerce a établi que Fast s’était attribué une solide compensation financière auprès de sa filiale, ce qui a précipité sa liquidation, les cars sont maintenant produits en Égypte, les ex-employés ont été déboutés aux prud’hommes et Fast a gardé le site qui va rouvrir comme  stockage de pièces de cars.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : Jean-Louis Zimmermann/via Wikimedia (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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Une réponse à “Nantes. Bus, tramway, cars : pourquoi les salariés ont fait grève ?”

  1. […] juste après la grève des agents de la SEMITAN – très suivie avec plus de 40% des agents grévistes contre 15% habituellement, la CGT-SEMITAN […]

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