Le dernier conseil métropolitain du 22 juin 2017 (Nantes Métropole) était l’occasion de présenter aux élus une synthèse 2017 pour la SEMITAN. Celle-ci fait l’impasse – étrangement – sur l’insécurité (quoique ?), mais pas sur le mécontentement croissant des utilisateurs. Bon point, le nombre de voyages (et de kilomètres parcourus) augmente, ce qui met cependant le réseau sous tension selon les syndicats.

L’insécurité sur le réseau passée sous silence

Pour ce qui est de l’insécurité, un seul petit paragraphe en première page : « une montée de l’incivilité constatée dans les transports, déteriorant les conditions de travail et le climat social avec notamment plusieurs mouvements sociaux. Nantes Métropole a appuyé le renforcement des équipes de prévention ». C’est tout ? En effet.

Pas un mot de l’agression de cinq contrôleurs, du tabassage d’un agent, des déviations des quartiers multi-ethniques qui de provisoires sont devenues quasi-permanentes, d’une journée blanche à cause de l’insécurité en plein été, des 80% d’agents insultés ou agressés depuis leur embauche – selon une enquête interne de la CFDT-Semitan, de la conductrice volée et agressée à sa prise de service, du règlement de compte par balles qui finit dans le tramway, des agressions physiques et verbales… A part ça, l’insécurité à la SEMITAN en 2017 ne méritait effectivement que quelques mots, pas question de choquer les élus.

Une fréquentation en hausse

Cependant l’offre kilométrique est en hausse continue, avec 28 152 782 km en 2017, 308 849 de plus qu’en 2016 (+1.1%) et contre 23 761 000 km en 2010 (+18%) ; l’offre affrétée augmente de 136.000 km en un an, les charges d’affrètement de 4.6% (23.4 millions d’euros).

La fréquentation suit avec 136.1 millions de voyages, 2.6 millions de plus qu’en 2016… mais 2.5% de moins que le budget initial. Le trafic payant augmente de 2.9% (3.3 millions de voyages), tandis que celui des ayant-droits à la gratuité baisse de 700.000 (-4.6% en un an, et 15.9 millions de voyages tout de même). Eh oui, Nantes est une ville socialiste et ça se voit dans les chiffres…

Comme Nantes est une ville socialiste, on a le droit à un rappel : « la performance commerciale du réseau se maintient avec un nombre de voyages par kilomètre qui reste stable à 4.8 ». Dommage que personne n’ose rappeler l’augmentation du billet depuis dix ans : 31% sur le ticket, 50% sur le carnet !

Mais qu’à cela ne tienne, « les recettes du trafic payant [67.249.000 € en 2017] progressent de 5.1% par rapport à 2016 » dont « 1.5% dû aux augmentations de tarifs et un effet volume de 4.6% ». Dont une hausse des volumes des formules illimitées de 5.9%, sans oublier 1.283.000€ de duplicatas et renouvellement de cartes Libertan.

Néanmoins le réseau reste en déficit structurel, comblé par le contribuable – qui s’il est usager de la SEMITAN, paie donc deux fois, le billet et l’impôt, avec 91.681.000 millions d’euros de « contribution financière forfaitaire » de Nantes Métropole pour boucher le trou (+10.000 € en un an). Le charges totales augmentent de 1.6% sur un an, à 162.519.000 € contre 159.923.000 € en 2016.

Les effectifs augmentent, sauf pour sécuriser le réseau et protéger les usagers

L’insécurité sur le réseau de la SEMITAN est-elle vraiment la priorité ? Pas sûr quand on voit l’évolution des effectifs : « 14.7 équivalents temps plein (ETP) à la conduite, +0.4 à la maintenance, +4.3 aux supports administratifs » et « -3.5 à la sécurisation du réseau ». Soit « 16 ETP au total ». Et un peu plus d’insécurité… Cela n’empêche pas cependant une hausse de 1.9% de la masse salariale (96.896.000 € en 2017) pour une hausse des effectifs de 0.9%. 

Hausse de moitié des réclamations en deux ans

Qui dit hausse des prix et de l’insécurité, mais aussi de l’offre kilométrique sans que les postes ne suivent (en sécurité comme en conduite ou maintenance) dit retards et grognes. Résultat des courses, « les réclamations sont en hausse de 37% » par rapport à 2016 », années où elles avaient déjà augmenté de 12.7% par rapport à 2015 – ce qui fait la bagatelle de 47% de 2015 à 2017 tout de même. La réalité se rappelle crûment aux élus.

« Les demandes d’indulgence/contestation suite aux procès verbaux sont en hausse de 34% et représentent 30% des réclamations », les « deux autres motifs majeurs étant les relations clients/conducteurs [dans les bus principalement] et les retards ».

Louis-Benoît Greffe

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