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Nos nombreux articles sur la situation de la SEMITAN et la violence que subissent au quotidien conducteurs et contrôleurs font se délier les langues, malgré l’omerta interne. Aux ateliers, le recrutement trop tendu se traduit aussi par des manques de postes, tandis que les agressions et la violence favorisent l’absentéisme. Aux ateliers, un ouvrier se confie.

« Quand on voit tout ce qui est dit sur la SEMITAN lorsqu’il y a des agressions par exemple, ou même dans les documents du CE [comité d’entreprise] il n’y en a que pour les conducteurs, les contrôleurs, bref, l’exploitation. C’est la priorité de l’entreprise aussi – enfin que les bus roulent, quoi qu’il arrive – parce que c’est ce que veut Johanna [Rolland, mairesse socialiste de Nantes et présidente de Nantes Métropole]. D’ailleurs les conducteurs, les contrôleurs, quand ils subissent la violence, le bazar, ils disent « demandez à Johanna », « voyez avec Johanna ». C’est bien elle qui nous paye, non ? ». Enfin surtout le contribuable et l’usager – avec un prix du ticket qui a augmenté de 31% en dix ans, et de moitié pour le carnet.

« Résultat, ce qui concerne les ateliers n’intéresse personne. Nous aussi, le recrutement est si tendu qu’il nous manque 47 personnes aux ateliers pour avoir un fonctionnement serein – dans chaque dépôt il manque de 4 à 6 personnes, aux installations fixes 6 personnes. Ajoutez à cela des fournitures insuffisantes – niveau blousons, équipements de protection par exemple, la TAN ils sont à la rue. Et on comprend pourquoi ça n’attire pas les gens de travailler à la TAN ».

Il revient aux agressions : « l’un des gros problèmes, si ce n’est LE problème, c’est la violence. Quand il y a une agression, même si le PCC n’informe pas les conducteurs qui roulent en même temps pour ne pas qu’ils fassent usage de leur droit de retrait, que le service s’interrompe et que les nantais constatent que ça ne va pas, les infos circulent tout de même. Lentement mais elles circulent. Pour un conducteur agressé, ce sont six conducteurs qui ne viennent pas au travail le lendemain. L’absentéisme a beaucoup augmenté, c’est un fait – ainsi que les démissions des conducteurs – ce qui tend encore plus les effectifs et les conducteurs eux-mêmes ».

Du reste, pour lui, toute la faute ne revient pas à la question de la violence. « On manque de monde et la violence pèse sur les effectifs, mais il n’y a pas que ça. Officiellement, il n’y a pas d’argent pour recruter mais il y en a pour acheter des nouveaux bus », qui d’ailleurs coûtent en France 30% plus cher que dans le reste de l’Europe à cause de l’implication politique des élus, qui veulent un bus unique pour leur ville, ultra-moderne et avec plein d’options hors catalogue plutôt que des modèles interchangeables commandés en commun par plusieurs villes, comme le font les édiles allemands.

« Il y a aussi des problèmes de gestion. Par exemple, le matin si on va du dépôt de Dalby à Saint-Herblain, au lieu de couper au plus court, on prend la ceinture des boulevards. On met une heure, mais ça compte en déplacement, tout le monde s’en fiche. Si des ouvriers vont dans un dépôt faire des essais simples de matériel, ils vont mettre par exemple une demi-heure, mais sur le carnet il y aura écrit deux jours, et ainsi de suite. Un fric de fou passe là-dedans au lieu d’aller dans le recrutement ».

Louis Moulin

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