Tom Van Grieken (Vlaams Belang) : « L’Union Européenne ? Une machine à broyer nos peuples » [Interview]

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Tom Van Grieken est le président du parti Vlaams Belang (Intérêt flamand). Tom Van Grieken n’avait pas trente ans lorsqu’il prit la tête de son parti il y a un peu plus de deux ans. Il siège au Parlement régional flamand et vient de se faire élire dans sa commune de Schoten près d’Anvers.

Devenu président immédiatement après une lourde défaite électorale en 2014, il a su reconstruire et redynamiser son parti en le faisant entrer de plain-pied dans le XXIème siècle.

Tom Van Grieken est l’auteur de deux ouvrages qui sont disponibles en français, le premier s’intitule « L’Avenir entre nos Mains  –  révolte contre les élites » et le second s’intitule « L’Echec Francken  –  Tweets musclés. Politique laxiste », qui concerne la politique de l’immigration et de l’asile en Belgique.

Les récentes élections locales du 14 octobre 2018 ont livré un enseignement politique majeur pour les médias et l’ensemble des observateurs de la chose publique en Belgique tant francophone que néerlandophone: le Vlaams Belang est de retour, il est le troisième parti en Flandre et chacun s’accorde à penser que son ascension ne fait que commencer. Prochaine échéance, les élections régionales, fédérales et européennes du 26 mai 2019.

C’était donc l’occasion rêvée de poser quelques questions à Tom Van Grieken.

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Breizh-info.com : Quelle est votre analyse des élections locales qui se sont tenues au mois d’octobre en Belgique. Pouvez-vous nous faire un premier bilan et pouvez-vous nous dire comment se porte le Vlaams Belang aujourd’hui. Il semblerait qu’après avoir connu un gros coup de mou en 2014, il soit de retour sur le devant de la scène?

Tom Van Grieken : En effet, lors des élections régionales, fédérales et européennes conjointe de mai 2014, nous avons accusé un net recul, avec des conséquences politiques bien évidemment, mais aussi organisationnelles et financières. Mais nous avons tenu bon. Nous avons modernisé notre parti, nous avons considérablement rajeuni notre équipe et nous avons adopté un style moins abrupt tout en restant parfaitement fidèle à nos engagements politiques vis-à-vis de nos électeurs, de nos membres et de nos sympathisants. Quand on adhère au Vlaams Belang on sait où on est et où on va, ce n’est pas le cas des autres formations politiques où on est toujours prêt à trahir son programme et ses promesses pour former des majorités avec ses adversaires idéologiques, et cela pour avoir le droit de participer au banquet des privilèges et des prébendes, c’est lamentable.

Aujourd’hui, un parti comme la NVA préfère s’allier aux écologistes plutôt qu’au Vlaams Belang pour gouverner des villes et communes en Flandre. Ils sont tombés bien bas.

Nos électeurs, brièvement séduits par les sirènes de la N-VA, reviennent en masse. Le Vlaams Belang est aujourd’hui le troisième parti de Flandre. Nos dépassons les 20% dans bien des villes et nous arrivons en tête dans certaines. A Ninove, une commune du Brabant Flamand, nous réalisons un score inouï de 40%. Ceux qui avaient annoncé l’éradication du Vlaams Belang en sont pour leurs frais. Nous assistons à une droitisation de l’électorat flamand en constante évolution et une percée des gauches radicales, ce qui induit un effondrement des partis du centre comme les libéraux et les démocrates-chrétiens. En Wallonie on voit par contre une dérive à gauche toujours plus grande de l’électorat et l’absence totale d’une droite politique, les libéraux francophones n’étant certainement pas de droite sur les questions de l’immigration ou de la sécurité par exemple. Cette situation démontre, s’il le fallait encore, que la Belgique comme État est aujourd’hui sous le régime des soins palliatifs et que la séparation ordonnée, et donc l’indépendance de la Flandre, est désormais en vue.

Breizh-info.com : La NVA semble de nouveau refuser toute alliance avec le Vlaams Belang. Le cordon sanitaire est-il encore la règle?

La N-VA, c’est Janus. Elle a un double visage. Par exemple, elle communique en se montrant intransigeante sur l’immigration, mais en réalité c’est elle qui la souhaite et l’organise. Elle déclare être farouchement opposée au cordon sanitaire, mais lorsque dans plus d’une dizaine de villes et communes, elle a le choix entre s’allier au Vlaams Belang ou avec les écologistes, très à gauche, elle choisira systématiquement les écologistes en utilisant pour se justifier un discours puéril sur les «valeurs». Ce système, qui est la marque de fabrique de Bart De Wever, le patron de la N-VA, a ses limites. Les électeurs comprennent très bien ce qui se passe. Ils savent désormais que voter pour la N-VA, c’est en fin de compte voter pour les verts.

Il ne faut pas avoir fait science-po pour comprendre que l’électorat naturel de la N-VA se sent une fois de plus trahi. Derrière les chiffres, les alliances algébriques, les stratégies à vocations fédérales, il y a des électeurs qui sont faits de chair et de sang et de sentiments et d’espoir aussi. Monsieur De Wever et ses amis mènent une politique antisociale et pro-immigration, ajoutez à cela qu’ils sont devenus accros au pouvoir et aux ors des palais, y compris du Palais royal, et vous avez les ingrédients d’un cocktail particulièrement imbuvable. Donc oui, le cordon sanitaire existe toujours. Il se fendille un peu, il est usé et il finira un jour au musée des dictatures, mais aujourd’hui, il tient encore le coup.

Breizh-info.com : Quelles ont été vos grandes propositions durant votre campagne ?

Tom Van Grieken : Il s’agissait d’élections communales, qui par définition ont vocation à se préoccuper de problèmes locaux. Nous avons décidé de porter le débat sur des questions qui dépassent largement ce niveau local, sans en être tout à fait éloigné pourtant. L’immigration de masse, par exemple, a de nombreuses incidences sur la vie locale dans nos communes. Dans les villes bien sûr, mais aussi de plus en plus en zones rurales. Nous avons mis nos concitoyens au centre de nos préoccupations avec le mot d’ordre «NOS GENS D’ABORD». Après ce que nous avons dû supporter ces dernières années de la part de nos gouvernants et de l’Union européenne, il fallait rappeler que la générosité ne doit pas toujours aller dans le même sens et que chez nous aussi il y a des besoins et des urgences et que «nos gens» ne peuvent plus être systématiquement les derniers servis.

Breizh-info.com : Quel rôle entendez-vous jouer pour les élections européennes de mai 2019?

Tom Van Grieken : Nous sommes le seul parti politique représenté au sein du parlement fédéral et des Parlement régionaux bruxellois et flamand qui se détermine clairement comme eurosceptique. Il est toujours plus facile d’accrocher l’attention des électeurs quand on mène un combat seul contre tous, à condition que les médias jouent le jeu normalement, en toute neutralité, ce qui n’est malheureusement jamais le cas chez nous. Nous avons, dès lors, un rôle pédagogique a joué durant cette campagne. Il s’agit de démonter les excès de la propagande de l’Union européenne pour que la vérité se fasse jour et que les électeurs puissent exprimer un vote en connaissance de cause.

http://gty.im/632283648

Breizh-info.com : Allez-vous vous allier avec d’autres partis en Europe pour faire de ces élections un référendum sur l’immigration?

Tom Van Grieken : Nous sommes alliés depuis des décennies avec le parti de Marine Le Pen avec qui nous formons le groupe parlementaire européen «Europe des nations et des Libertés». Deux partis politiques qui sont aujourd’hui au pouvoir dans leurs pays respectifs font partie de notre groupe, il s’agit du FPÖ Autrichien et La Lega Italienne de Matteo Salvini, il y a aussi le PVV de Geert Wilders des Pays-Bas, et bien d’autres. Le Vlaams Belang est très impliqué dans les structures de ce groupe parlementaire qui est d’ailleurs présidé par Gerolf Annemans qui est une figure historique de notre parti et à qui j’ai l’honneur de succéder à la Tête du Vlaams Belang. Donc, oui, nous nous travaillons de concert pour que ces élections européennes se transforment en un gigantesque uppercut politique asséné au visage de cette Union européenne qui est en réalité une machine à broyer nos peuples.

http://gty.im/526643026

Breizh-info.com : Quelle est la situation en Belgique concernant l’immigration? 

Tom Van Grieken : Le fait est que la pression migratoire globale atteint des sommets inégalés en Belgique.

Si l’attention s’est surtout focalisée sur le problème de l’asile ces dernières années nous ne devons pas oublier que l’immigration régulière à destination de notre pays continue de croître sans discontinuer, également sous ce gouvernement-ci.

Un rapport livré par le Centre fédéral migration Myria qui date de novembre 2017 est d’une limpidité absolue sur le sujet. Après des années de croissance, l’immigration a baissé en destination de la Belgique durant trois années consécutives, 2011, 2012 et 2013. Sous le gouvernement actuel, cette tendance à la baisse ne s’est pas confirmée. Au contraire: durant la période 2014-2016 on observe une reprise de la croissance du nombre d’immigrés avec une augmentation de 12%. En 2016 on enregistrait 136.327 nouveaux venus dans le pays.

Mais les choses n’en restent pas là. D’après les chiffres de Statbel, qui est l’office belge des statistiques, que le Vlaams Belang a publié, il apparaît que la tendance à la hausse se poursuit en 2017 avec pas moins de 139.818 nouveaux immigrés, soit à une exception près le nombre le plus élevé d’immigrés depuis le début du comptage en 1948.

Depuis l’entrée en fonction de ce gouvernement, ce sont 441.346 nouveaux immigrés qui sont entrés légalement dans le pays, soit une moyenne de 136.000 individus par an. Pour que les choses soient bien claires, ce chiffre est plus élevé que celui du gouvernement précédant avec un Premier ministre socialiste, qui accusait lui une moyenne de 125.000 individus par an.

Les chiffres montrent également que le regroupement familial reste le principal canal de l’immigration. Près de 50% des titres de séjours sont délivrés à des ressortissants de pays n’appartenant pas à l’Union européenne, ceux-ci sont octroyés pour raisons familiales.

En 2015, la première année complète de gouvernement pour cette coalition où la N-VA domine, on a délivré 55.928 premiers permis de séjour sur base familiale, ce qui est une augmentation de 20% par rapport à l’année 2013 qui comptabilisait déjà 45.979 bénéficiaires. En 2016 ce sont 50.928 permis de séjours qui ont été reconnus pour raisons familiales, dont 52% en faveur de personnes émanant de pays hors de l’Union européenne.

Etant donné que ce gouvernement, malgré les annonces faites entre autres par le très médiatique Theo Francken, n’a pas estimé nécessaire de rendre les conditions du regroupement familial pour les demandeurs d’asile plus restrictives, le Vlaams Belang n’a pas besoin d’une boule de cristal pour prédire que cette tendance ne fera que se confirmer d’année en année. Ce qui est entre-temps confirmé par les chiffres les plus récents du Service des Etrangers: en 2017 ce sont 52.066 étrangers qui se sont vu délivrer un permis de séjour dans le cadre du regroupement familial.

A contre-courant de la tendance européenne, le nombre de demandes d’asile augmente. Après que le nombre des demandeurs d’asile ai explosé en 2015, avec une augmentation de 106%, ce nombre s’est remarquablement réduit suite à la fermeture de la route des Balkans. Ceci n’est pas à mettre au crédit de notre gouvernement, mais à celui des gouvernements Hongrois et Autrichiens qui ont pris les mesures courageuses qui s’imposaient pour arrêter les migrants illégaux.

Depuis, le nombre de demandes d’asile ne cesse d’augmenter à nouveau. L’année passée, selon les chiffres du Commissariat-général pour les Réfugiés et les Apatrides, 19.688 demandes d’asile ont été formulées, soit une augmentation de 5% par rapport à 2016. Cette année-là on enregistrait 18.710 demandes. Cette augmentation est remarquable parce que l’immigration illégale avait sensiblement baissé.

L’augmentation ici du nombre des demandeurs d’asile en 2017 va à l’encontre de la tendance européenne. Selon les chiffres d’Eurostat, le bureau des statistiques de l’Union européenne, le chiffre total des demandes d’asile au sein de l’Union européenne a considérablement baissé entre 2016 et 2017. En 2016 on dénombrait 1.260.910 demandes d’asile dans les 28 pays de l’Union européenne. En 2017 ce chiffre baissait pour atteindre 712.235 demandes soit 44% de moins.

En Belgique, la tendance est à la hausse, cette année également. On comptabilise déjà 10.668 demandes d’asile pour les 6 premiers mois de 2018, soit une augmentation de 14% par rapport à la même période de l’année passée. Cette année également, l’augmentation du nombre des demandes d’asile en Belgique est en total contraste avec la baisse de ces demandes sur l’ensemble de l’union européenne. Durant les 6 premiers mois de 2017, 357.675 demandes d’asile se sont exprimées au sein de l’Union européenne. Durant les 6 premiers mois de 2018, ce nombre avait baissé de 22% pour atteindre 279.230 personnes. Bref: moins de migrants arrivent à pénétrer dans l’Union européenne, mais pour ceux qui y sont parvenus, la Belgique est clairement une destination de prédilection.

Tout ceci démontre que les exercices de musculation médiatiques de la N-VA ne parviennent pas à cacher la vérité. Ce parti est un parti immigrationniste et seul le Vlaams Belang est en mesure, avec ses alliés européens, de stopper l’immigration de masse et de mettre en place une politique de rapatriement des illégaux et des déboutés du droit d’asile. L’idée du retour chez soi doit sortir des catacombes et être défendue en pleine lumière, c’est l’ambition du Vlaams Belang.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2018, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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