Près d’un détenu sur deux dans les prisons belges n’a pas la nationalité du pays. Au 1er janvier 2026, la Belgique comptait 13 439 personnes incarcérées, dont 6 100 ressortissants étrangers, soit environ 45 % de la population carcérale. Plus frappant encore : 4 198 détenus, soit 31 % du total, étaient sans droit de séjour en Belgique. Ces chiffres ont été communiqués par le ministre de la Justice Annelies Verlinden en réponse à une question écrite de la députée Francesca Van Belleghem (Vlaams Belang).
Parmi les nationalités étrangères les plus représentées figurent le Maroc, l’Algérie, les Pays-Bas, la Roumanie et l’Albanie, sans que les données publiées permettent d’établir un classement détaillé entre ces pays.
Une surreprésentation qui ne peut être balayée d’un revers de main
À titre de comparaison, les personnes de nationalité étrangère représentaient 13,8 % de la population résidant en Belgique au 1er janvier 2026, selon Statbel. Le rapprochement avec les 45 % observés en prison doit être manié avec prudence : les populations comparées n’ont pas la même structure d’âge et une partie des détenus sans droit de séjour n’appartient pas nécessairement à la population résidente. L’écart demeure néanmoins considérable.
La criminologue Sonja Snacken, de la Vrije Universiteit Brussel, estime que cette forte proportion s’explique « principalement » par les modalités d’exécution des peines. Les étrangers sans séjour légal ou sans domicile stable seraient davantage placés en détention provisoire et disposeraient de moins de possibilités d’aménagement de peine. Elle considère ainsi que la composition de la population carcérale n’aurait « pas tant que cela à voir » avec le fait que les étrangers commettraient davantage de délits.
Cette analyse invite utilement à ne pas confondre automatiquement population carcérale et niveau de délinquance. Mais les chiffres publiés ne permettent pas davantage, à eux seuls, de mesurer la part respective de l’exécution des peines et d’éventuelles différences de délinquance dans cette surreprésentation.
Près d’un détenu sur trois sans droit de séjour
Reste un fait politique difficile à contourner : près d’un tiers des personnes incarcérées en Belgique n’ont pas de droit de séjour dans le pays. Le Vlaams Belang réclame que les détenus étrangers, en particulier ceux en situation irrégulière, purgent leur peine dans leur pays d’origine.
La question intervient alors que les prisons belges sont déjà fortement surpeuplées : le Conseil de l’Europe relevait en janvier 2025 un taux de 114 détenus pour 100 places.
Sonja Snacken souligne également les difficultés d’identification et de retour, certains pays refusant de reprendre leurs ressortissants tandis que les juges peuvent exiger différentes garanties avant une libération en vue d’un éloignement. Avec 4 198 détenus concernés, le problème n’a plus rien de marginal : il pose directement la question de l’efficacité des politiques de retour et de la capacité d’un État à faire exécuter ses décisions.
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