« Apéro », un mot que l’on entend très souvent en Bretagne. Toutes les excuses sont en effet souvent bonnes pour prendre un verre (ou deux, trois, ou dix) entre amis. Accompagné d’une cigarette, ou d’autres substances illicites.

Et pourtant, les résultats sont là : Entre 2007 et 2016, 19.018 nouveaux cas de cancer ont été déclarés et 8.623 décès recensés chaque année dans la région.

Si tous ces décès ne sont pas nécessairement directement liés au tabac et à l’alcool, ces deux substances, cancérigènes, ont leur part de responsabilité eu égard de la surconsommation en Bretagne par rapport aux autres régions de France.

Les chiffres, publiés pour la première fois à l’échelle régionale par l’organisme Santé Publique France, font de la Bretagne la région française la plus touchée par la maladie avec les Hauts-de-France et la Normandie. « C’est tout le grand quart nord-ouest qui est concerné », indique Nathalie Le Formal, directrice de la santé publique à l’agence régionale de santé.

Voici la synthèse de ce rapport pour la Bretagne :

  • 19 018 nouveaux cas de cancer estimés par an (toutes localisations confondues) dont 56 % chez l’homme sur la période 2007-2016.
  • Les 3 cancers les plus fréquents, responsables chaque année d’un peu plus de la moitié des nouveaux cas sont : prostate, poumon et côlon-rectum chez l’homme; sein, côlon-rectum et poumon chez la femme
  • 8 623 décès par cancer estimés par an dont 60 % chez l’homme sur la période 2007-2014
  • Une incidence régionale comparable à la France métropolitaine et associée à une surmortalité chez les hommes alors que la situation régionale est plus favorable chez les femmes par rapport à la France métropolitaine (toutes localisations confondues)

De fortes disparités selon les localisations cancéreuses :

  • Sur-incidence et/ou sur-mortalité de cancers liés à la consommation d’alcool et de tabac (œsophage et estomac pour les deux sexes, lèvre-bouche-pharynx et foie chez les hommes)
  • Sur-mortalité importante† pour le mélanome de la peau (+ 20 % pour chaque sexe)
  • Sous-incidence et sous-mortalité du cancer du pancréas, de la vessie et du cancer du sein chez la femme

Des disparités départementales :

  • Situation souvent plus favorable en Ille-et-Vilaine et en Côtes-d’Armor en ce qui concerne l’incidence et la mortalité par rapport au Finistère et au Morbihan
  • Sous-mortalité du cancer du sein dans trois des quatre départements Dans le Finistère : – Sur-incidence (+55 %) et sur-mortalité (+82 %) particulièrement élevées† du cancer de l’œsophage chez l’homme Sur-incidence (+14 %) et sur-mortalité (+21 %) importantes† pour le cancer du poumon

Voici le compte rendu de la situation en Bretagne : 

Chez l’homme, la région Bretagne est en sur-incidence importante† par rapport à la France métropolitaine pour les cancers des lèvres-bouche-pharynx, liés à la consommation combinée d’alcool et de tabac mais aussi pour le cancer du testicule. En revanche elle est en sous-incidence pour les cancers de la vessie, du rein, du pancréas, de la thyroïde et le lymphome de Hodgkin. Chez la femme, la Bretagne est en situation comparable ou favorable par rapport à la France métropolitaine pour la majorité des localisations cancéreuses, à l’exception de deux cancers liés à la consommation d’alcool et de tabac, en sur-incidence (œsophage, estomac). L’incidence et la mortalité vont dans le même sens chez l’homme pour les cancers dont les principaux facteurs de risque sont la consommation combinée d’alcool et de tabac (lèvre-bouche-pharynx, œsophage, foie). Une étude réalisée en 2005 ayant montré que les ivresses et les comportements de consommation à risque étaient significativement plus importants chez les hommes et chez les femmes en Bretagne que partout ailleurs en France, ceci expliquerait en partie la situation régionale.

Concernant le cancer de l’estomac, les excès de mortalité par rapport à la France métropolitaine sont bien plus élevés que les excès d’incidence par ailleurs marqués chez la femme. Si l’on suppose que les informations issues des certificats de décès sont homogènes entre les territoires alors l’excès de mortalité serait lié à un diagnostic plus tardif, à des formes plus agressives ou encore à une différence de prise en charge des cancers de l’estomac en Bretagne. Afin de tester ces hypothèses, des études pourraient être mises en place pour décrire et comparer les stades au diagnostic ainsi que les prises en charge dans la région. D’autres recherches estimant l’impact des expositions conjointes de l’absorption d’alcool et de tabac alliées à des particularités régionales (alimentation salée, prévalence Helicobacter pylori) seraient à mener pour en comprendre les effets sur l’agressivité des tumeurs de l’estomac. Les facteurs de risque de ce cancer étant partagés avec ceux de l’œsophage (en sur-incidence et sur-mortalité dans la région), l’étude pourrait être étendue à cette localisation cancéreuse. La région est en nette sous-incidence (18 % et plus) et sous-mortalité (10 % et plus) pour le cancer du pancréas chez les deux sexes. La faible prévalence du diabète en Bretagne par rapport à la France est une piste d’explication à envisager car, selon certaines publications, le diabète de type 2 pourrait être un facteurs de risque important de ce cancer.

Concernant les mélanomes de la peau, la région est en sur-mortalité de plus de 20 % pour chaque sexe. Cette sur-mortalité se retrouve également dans les régions voisines des Pays de la Loire (chez les deux sexes) et de Normandie (chez les femmes). Les estimations d’incidence n’étant pas disponibles, il n’est pas possible de connaître le lien avec une plus forte survenue du nombre de cas. Il existe en Bretagne certains facteurs de surexposition comme une surreprésentation des activités professionnelles en extérieur par rapport au niveau national (métiers de la mer, de l’agriculture et ouvriers du bâtiment) et des températures clémentes, trompeuses sur le risque d’une exposition prolongée au soleil. Les effets des expositions cumulatives importantes sur les habitants des régions côtières et le lien avec une sur-incidence sont documentés par ailleurs. L’effort d’éducation des populations aux gestes permettant de se protéger des effets du soleil est un axe de prévention primaire à poursuivre mais ne devrait pas simplement reposer sur l’effet protecteur des crèmes solaires contre le cancer de la peau .

La région est en sous-incidence et sous-mortalité de l’ordre de 10 % pour le cancer du sein chez la femme. Concernant les hémopathies malignes, les niveaux d’incidence et de mortalité en Bretagne ne montrent pas de différences notables par rapport à la France métropolitaine, à l’exception du lymphome de Hodgkin, en sous incidence chez l’homme dans la région, et en particulier dans les Côtes-d’Armor et le Morbihan. Il est à noter que ces cancers présentent globalement des variations spatiales modérées, et des contrastes infra-nationaux qu’il est souvent difficile de caractériser avec précision du fait d’effectifs souvent faibles. De nombreux dispositifs efficaces en matière de prévention sont proposés par Santé publique France concernant l’arrêt du tabac et la diminution de la consommation d’alcool . Ces derniers pourraient contribuer à l’amélioration de la situation en Bretagne. En amont, l’ARS et la DRJSCS† ont des actions en cours, notamment pour promouvoir l’accès à une activité physique au plus grand nombre , mesures s’inscrivant dans le programme plus général de « Manger Bouger », plan de santé publique lancé en 2001 (PNNS – Programme national nutrition santé) visant à améliorer l’état de santé de la population en agissant sur l’un de ses déterminants majeurs, la nutrition.

cigarette

L’analyse en Pays de la Loire et surtout en Loire-Atlantique confirme ces données, signe qu’il y a quelque chose qui ne va pas bien du côté de l’alcool et du tabac en Bretagne. 

« Le CIRC estimait que parmi l’ensemble des cancers en France métropolitaine, 20 % étaient attribuables à l’usage du tabac et 8 % à la consommation d’alcool. Ces parts attribuables sont probablement différentes en région Pays de la Loire avec un taux relativement plus élevé de cancers liés à la consommation d’alcool. La région occupe une place historiquement plus favorable par rapport à d’autres facteurs de risque importants comme le tabac et l’obésité. Toutefois, le tabagisme chez les jeunes ligériens s’est accentué et a désormais dépassé la moyenne nationale. Si les actions de prévention vis-à-vis du tabac sont actuellement promues au niveau national et restent essentielles dans la région, des actions spécifiques doivent être développées et/ou renforcées concernant la consommation d’alcool préoccupante qui caractérise la Loire-Atlantique, la Vendée et le Maine-et-Loire. Ces actions sont d’autant plus primordiales que les pratiques de consommation d’alcool sont actuellement en hausse chez les jeunes adultes et adolescents ligériens. Les campagnes de prévention des conduites à risque au regard de l’exposition solaire doivent également être accentuées.»

Entre le 13 et 25 mars 2017, une campagne a été menée au niveau national auprès de 43 892 jeunes Français âgés de 17 ans. Réalisée par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), cette enquête, baptisée ESCAPAD, permet de mesurer les usages de produits psychoactifs (alcool, tabac et cannabis, notamment) chez les jeunes de 17 ans. Il en est ressorti que plus d’un jeune Breton sur cinq (21,8 %) déclare avoir connu au moins trois alcoolisations ponctuelles importantes (API : cinq verres d’alcool en une seule occasion) au cours du mois précédant l’enquête, ce qui place la région parmi celles où cette pratique est la plus répandue. Toujours au sein des jeunes de 17 ans, la Bretagne enregistre également les plus hauts niveaux du pays concernant l’expérimentation du tabac (66,5 %), du cannabis (44,7 %) et d’autres drogues illicites (9,5 %) : champignons hallucinogènes, MDMA/ecstasy, amphétamines, LSD, crack, cocaïne et héroïne.

Une jeunesse qui se drogue, qui se défonce, qui se noie dans l’alcool, c’est une Bretagne qui, si rien n’est fait pour endiguer le phénomène, va se mourir dans les prochaines décennies, c’est une évidence. Il y a urgence, notamment à proposer d’autres modèles sociétaux que celui d’une région numéro 1 sur les festivals par exemple, c’est à dire de lieux où bien souvent naissent l’alcoolisme et la dépendance au tabac et aux drogues chez les plus jeunes.

Sinon, c’est l’Ankou qui triomphera !

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