Une nouvelle fois, Vincent Lapierre a été agressé, samedi 2 février, alors qu’il couvrait pour Le Média pour tous, une manifestation de Gilets jaunes, à Toulouse. Une nouvelle fois, des militants d’extrême gauche, autoproclamés « antifas », ont pu, en toute impunité, tabasser un journaliste sans être nullement inquiétés par des forces de l’ordre qui dans le même temps ont pour consigne de réprimer les Gilets jaunes. 

De quoi amener à se poser de nombreuses questions, Vincent Lapierre évoque d’ailleurs « Une convergence totale de vues entre ceux que les Gilets Jaunes combattent et les milices antifascistes ultraviolentes ».

Alors qu’il se remet doucement de ses blessures – tandis qu’un journaliste du service public justifie presque son agression –  nous l’avons interrogé.

Breizh-info.com : Tout d’abord, comment vous sentez-vous, vous remettez vous de cette agression ?

Vincent Lapierre : Je me sens déjà mieux. Il faut dire que l’attaque de ces antifas a été impressionnante mais heureusement sans conséquence grave. Ils m’ont attaqué par derrière à plusieurs, frappé au sol – on est très loin des mousquetaires – et sans l’intervention rapide des Gilets Jaunes j’aurais pu être blessé beaucoup plus gravement.

Breizh-info.com : Avez-vous reconnu des agresseurs ? Que s’est-il passé ?

Vincent Lapierre : C’étaient de jeunes gens issus des mouvances dites « antifas » (NDLR : des militants d’extrême gauche) qui ont pignon sur rue à Toulouse. Je constate que ces groupuscules font la pluie et le beau temps dans les cortèges des Gilets Jaunes toulousains et accomplissent un travail de police politique en excluant certaines personnes jugées « mal-pensantes ». C’est une dérive grave qui ne devrait pas être acceptée par les Gilets Jaunes, dont le profil sociologique est diamétralement opposé à ces fils de la bourgeoisie en révolte contre des nazis imaginaires. Ces chasseurs de fantômes peuvent bien sûr participer aux cortèges des Gilets Jaunes, mais qu’ils commencent par revêtir le Gilet Jaune, par la tenue mais surtout par l’esprit : les Gilets Jaunes sont le peuple de France tout entier qui est parvenu à surmonter le vieux clivage gauche-droite qui a stérilisé jusque-là toute opposition authentique à l’oligarchie. Suivant cette définition, les commissaires politiques mangent leur chapeau et défilent en silence, ou rejoignent Macron, qui est au final le bénéficiaire de toutes les divisions qui peuvent traverser le mouvement des Gilets Jaunes.

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Breizh-info.com : Ce n’est pas la première fois que vous êtes agressé par des militants d’extrême gauche. Sentez-vous une radicalisation chez eux ?

Vincent Lapierre : Leur radicalisation augmente à mesure que le peuple de France se rapproche de l’union authentique gauche-droite. Leur rôle objectif, conscient ou inconscient, est de creuser une tranchée entre les gens, entre les « racistes » et les « antiracistes ». Ce point de clivage est une invention totale. Ceux qu’ils qualifient de « racistes » ne le sont évidemment pas, ils ne font que dénoncer l’immigration incontrôlée organisée par et pour le grand capital contre les peuples. Et je précise : contre tous les peuples. Le but, c’est que la loi de la jungle prévale, ici comme là-bas, car le tous contre tous bénéficie au grand Capital. C’est même l’un des trois piliers du néo-libéralisme : la liberté de circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. On met en concurrence les gens ici pour détruire un système social et augmenter les profits, tout en vidant les pays pauvres de leur force vive, comme un marché aux esclaves. De ce point de vue, on observe une convergence totale de vues entre ceux que les Gilets Jaunes combattent et les milices antifascistes ultraviolentes. Plus précisément, les seconds sont les idiots-très-utiles des premiers.

Breizh-info.com : Comment ont réagi les Gilets jaunes ? Il semblerait que l’extrême gauche mène actuellement une grosse tentative de récupération des manifestations ?

Vincent Lapierre : Les Gilets Jaunes apprécient mon travail dans leur immense majorité. Il faut dire que les médias de masse ont perdu toute crédibilité par leurs reportages truqués, focalisés sur les quelques voitures brulées, leurs faux débats en plateaux avec des « experts » et des « journalistes » masquant à peine leur parti-pris pro-gouvernement.

Le « succès » de mes reportages est à analyser dans le cadre d’une recherche globale d’un équilibre qui n’existe plus dans les circuits d’information officiels. Macron, dans sa crise de complotisme, a raison sur un point : les médias ont failli. Ils ne parviennent plus à faire avaler leur pilule. À force de manipulations, leurs méthodes ont été repérées par une masse trop importante de gens qui voient désormais les ficelles de ce cirque médiatique. Le niveau de conscience monte et il faut espérer qu’il monte suffisamment pour surmonter les tentatives de division du mouvement dont les antifas sont un instrument. Nous aurons la réponse à cette question très rapidement.

Breizh-info.com : Comment allez-vous aborder les prochaines manifestations ?

Vincent Lapierre : Comme d’habitude : sereinement. On va bien sûr encore mieux se préparer, peut-être faire appel à des professionnels pour assurer notre sécurité. Mais au fond, cela n’y changera rien : ce sont les Gilets Jaunes qui décideront de mon avenir au sein du mouvement. Si des bandes de 30 ou 40 antifas sont laissés en liberté dans les cortèges pour faire les procureurs des arrière-pensées des manifestants, gardes du corps ou pas, cela ne changera rien.

Ils me tomberont à nouveau dessus et m’empêcheront de faire mes reportages. Je remets donc mon sort entre les mains des Gilets Jaunes. J’ai confiance.

Breizh-info.com : Vous êtes sur le terrain des Gilets jaunes depuis des mois. La mobilisation faiblit-elle ? Comment analysez-vous la situation et que pensez vous des semaines qui vont venir ?

Vincent Lapierre : La mobilisation ne faiblit que dans la bouche des journalistes du système. Partout où je suis allé : Paris, Toulon, Toulouse, la mobilisation était massive. Non seulement le mouvement ne faiblit pas, mais j’ai l’impression qu’il se renforce, en termes de mobilisation et de portée. L’agora de Toulon avec Etienne Chouard lors de l’acte X était à ce titre très impressionnante. Les Français ont conscience des causes de leur impuissance politique et y apportent des réponses fondamentales. Le RIC en fait bien sûr partie. Nous vivons un tournant dans l’histoire de France et je ne pense pas que Macron parviendra à faire rentrer de nouveau le peuple de France à la niche. Qui vivra, verra.

Breizh-info.com : Parlez-nous des violences policières. En avez vous été témoin ? Comment expliquez vous que des policiers – qui pourraient parfaitement socialement être des Gilets jaunes – en arrivent à tirer sur leur propre peuple sans se poser de question ?

Vincent Lapierre : J’ai vu de mes yeux des policiers au comportement de cow-boys malmener des manifestants qui ne représentaient absolument aucun danger. J’ai vu des charges de CRS qui n’avaient qu’une conséquence : enclencher un engrenage dangereux pour tout le monde, aggraver les tensions, justifier la répression. Sur le terrain, on se rend vite compte qu’il y a une différence très nette entre les différents corps des forces de l’ordre. La BAC, en particulier, ne prend aucune précaution dans l’application des ordres qui lui sont donnés. Bien sûr, je ne généralise pas. Je sais bien que bon nombre de policiers ou de gendarmes sont des Gilets Jaunes de cœur et n’appliquent les ordres que par suivisme. Je sais aussi que l’esprit de corps est très fort dans leurs rangs et que dans une situation conflictuelle, on se range instinctivement du côté de « son groupe ».

Mais l’heure est pour nous tous, policiers et gendarmes compris, à l’examen de conscience : qui les forces de l’ordre défendent-elles ? Le peuple ou un régime ? Dans le premier cas, elles sont effectivement des gardiens de la paix et ont le devoir moral de ne pas appliquer des ordres souvent illégaux qui ne font que jeter de l’huile sur le feu. Dans le second cas elles sont les gardiens de l’ordre établi et sont devenues une garde prétorienne au service d’une oligarchie dont le peuple ne veut plus. L’une des clés des temps que nous vivons est dans la réponse que nous apporterons collectivement à cette question.

Breizh-info.com : Le mot de la fin ?

Vincent Lapierre : Aux antifas qui m’ont agressé : je vous pardonne en tant qu’individus, mais je vous condamne en tant que groupe utile au pouvoir. Vive la France.

Propos recueillis par Yann Vallerie

Photo : DR
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