L’agonie de l’État Islamique en Syrie et au Levant se poursuit alors que les forces kurdes et arabes (SDF) appuyées par l’aviation américaine continuent de pilonner le village de Baghouz au nord-est de la Syrie où se défendent toujours près de 500 combattants débandés et peu pourvus en armes ; nombre d’entre eux sont étrangers – originaires du Caucase russe ou d’Europe – et accompagnés de leurs familles. Cependant, l’Etat Islamique reste présent dans d’autres régions de Syrie et d’Irak où il se mue en guerrilla.

Selon les dernières nouvelles retransmises sur des canaux Telegram russes, les combattants ne disposent même plus du village coincé à la frontière de l’Irak près d’Al Qaïm mais campent dans des tentes le long de la rivière. « Le combat a repris, les blessés restent allongés dans les champs. Nous ne savons pas où les évacuer, il n’y a pas d’hôpital, ils meurent car ils se vident de leur sang. Il n’y a plus de nourriture », explique un des derniers combattants. « Le territoire est d’un kilomètre par 1.5 km maximum, l’aviation nous pilonne ».

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Ce 13 décembre, un autre combattant résume : « Presque tous les bâtiments de Baghouz ont été repris par l’ennemi, nous sommes dans les champs devant eux, à 300 mètres. Les toits sont ennemis, nous sommes devant eux et creusons, au milieu de nos femmes et des enfants. Impossible de tirer, leurs tirs tuent les femmes et enfants. Même pour aller aux toilettes nous nous faisons tirer comme des lapins près de la rivière – ils ont un sniper et une mitrailleuse lourde de l’autre côté. L’aviation a arrêté de nous pilonner ».

Si la situation de la dernière enclave du Califat semble en effet desespérée – tellement que la plupart des combattants originaires de la région ont fui ou se sont rendus aux kurdes, ce n’est pourtant pas la fin de l’Etat Islamique dans la région. En effet, des bandes éparses subsistent de part et d’autre de l’Euphrate, notamment dans le désert entre Palmyre et Abu Kamal d’un côté – territoire contrôlé par l’armée gouvernementale syrienne (SAA) – et dans la province d’Anbar en Irak de l’autre côté.

Par ailleurs comme nous l’écrivions déjà il y a quelques mois, l’Etat islamique est en train de renaître sur un autre continent – en Afrique. Notamment au Cameroun, au Tchad et au Niger. Cette fois, c’est la France qui se retrouve en première ligne. En septembre 2018 la ville de Gudumbali au nord du Nigéria avait été briévement prise par des combattants affiliés à l’Etat Islamique : ils s’étaient rapidement retirés devant l’arrivée de renforts loyalistes, mais ont saisi plusieurs dizaines de véhicules et d’armes lourdes.

Pour l’heure, les attaques se concentrent au sud et au sud-est du lac Tchad, mais tendent à s’étendre à l’ensemble du Nigéria. Comme lors de ses débuts en Syrie et Irak l’État Islamique s’affilie des groupes locaux combattants pré-existants, mène une guerre d’embuscades, tout en ayant le souci d’affermir son contrôle dans une zone précise et de saisir un maximum d’armes lourdes lors de ses attaques contre les diverses armées régulières de la région. Ces dernières semblent pour l’heure incapables d’endiguer durablement la menace.

Louis-Benoît Greffe