Après Saint-Brieuc et Dinan où les référents élus des Gilets jaunes ont été débarqués par leurs troupes il y a quinze jours, c’est maintenant Saint-Nazaire qui connaît des tensions entre Gilets jaunes. Un homme a été molesté sur un rond-point occupé. Au coeur du problème : non un « différent amoureux », comme l’ont trop vite avancé des médias locaux, mais des enjeux politiques et de pouvoir.

Un communiqué de la Maison du Peuple retrace un incident survenu le 11 février : « Dans la nuit du lundi 11 février, des faits d’une extrême gravité se sont déroulés au sein du mouvement des gilets jaunes du bassin nazairien… Une femme malheureusement bien connue du mouvement est entrée dans la cabane de l’Air Bleu, accompagnée de 2 hommes de main, de forte carrure appelés pour l’occasion ainsi que de 2 autres personnes. C’est dans le cadre chaleureux et familial de la cabane de l’Air Bleu, que ces individus se sont rués par surprise sur l’un des gilets jaunes présents, l’ont traîné au sol, et l’ont roué de coups. Les personnes qui ont tenté de s’interposer se sont vues elles aussi molestées. Les victimes cumulent aujourd’hui plus d’une dizaine de jours d’ITT ».

Au coeur du problème, non un « différent amoureux » comme l’a vite avancé la presse locale, mais des enjeux réels de politiques et de pouvoir. « Les gilets jaunes de Saint-Nazaire sont divisés en trois groupes – la maison du peuple, de tendance plutôt zadiste, proche de ceux qui ont été récemment arrêtés pour séquestration et violences en réunion – qui ont signé avec la Préfecture et ont des projets agricoles, les Gilets jaunes de Philippe Kerloch, qui sont en association et sont proches de la CGT, et ceux des ronds-points, plus proches de la base – des ouvriers et artisans nettement moins politisés et s’ils le sont, moins à gauche », nous explique un Gilet jaune mobilisé depuis le 17 novembre à Saint-Nazaire.

« En réalité, si la Maison du Peuple est très visible et qu’elle parle au nom des Gilets jaunes nazairiens, elle ne représente rien qu’elle même. Certains de ses occupants sont sur les ronds-points, ils contrôlent celui de Trignac qu’ils n’occupent pas du reste, et ça se passe de plus en plus mal tant avec les Gilets jaunes de base qu’avec ceux de Philippe Kerloch ». La Maison du Peuple a du reste annoncé ce samedi à partir de 8 heures la construction d’une nouvelle cabane.

Au sein de la Maison du Peuple, la situation s’est aussi tendue ces dernières semaines : « on a vu apparaître des commissaires politiques, qui décident qui a le droit de cité et qui peut parler, qui traquent les fachos dans toutes les paroles, qui décident en petit comité des actions. Très proches du mouvement zadiste, ils sont allés à Commercy [à l’assemblée des assemblées], un événement aussi très proche des zadistes, et ont annoncé qu’ils organisaient la seconde édition. Moyennant quoi il y a de moins en moins de monde à la maison du Peuple ».

Bien qu’ils squattent un bâtiment, les pouvoirs publics semblent vouloir attendre que le mouvement meure de lui-même plutôt que de les expulser au risque de les requinquer.  Pendant ce temps les relations continuent de se tendre entre la Maison du Peuple et la CGT, mais aussi entre la maison du Peuple et diverses personnes qui essaient d’accaparer le pouvoir… ou en ont tout simplement marre que l’on parle en leur nom et à leur place.

« Les Gilets jaunes étaient un mouvement contre le poids de l’impôt, pour qu’on écoute les volontés du peuple et pour libérer les citoyens. Résultat on se retrouve avec un grand débat inutile qui va déboucher sur des hausses d’impôts, et des commissaires politiques qui décident tout à notre place et préfèrent la violence inutile en manif à l’action réelle pour le peuple », constate un Gilet jaune nazairien. « Ils voudraient tuer le mouvement ou désespérer les gens qu’ils ne s’y prendraient pas mieux, car les causes du mécontentement sont intactes ».

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