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« Non merci et au revoir ! ». Voilà à peu près le message transmis à l’Arabie saoudite par la direction de la Scala, le célèbre théâtre de Milan.
Un accord récent avait établi un lien entre les deux entités, le pays du Golfe ayant accepté de financer la Scala à hauteur de quinze millions d’euros sur les cinq prochaines années. Comme son voisin qatari, l’Arabie saoudite avait toutefois des ambitions plus profondes et souhaitait placer l’un de ses hommes au conseil d’administration de l’établissement, et pas n’importe lequel, son ministre de la Culture. Paradoxalement, ces discussions avaient été favorisées par les proches d’Attilio Fontana, président de la région Lombardie et membre de la Ligue du Nord. L’argent n’a pas d’odeur !

La direction de la Scala de Milan a stoppé l’enthousiasme saoudien
L’assassinat en octobre dernier du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, dissident politique dans son pays, a cependant refroidi les Italiens ; la polémique enflait de l’autre côté des Alpes et Giuseppe Sala, président de la Scala mais aussi maire de Milan, a ainsi annoncé mi-mars que les trois millions déjà versés allaient être remboursés et l’accord rompu.
La Scala, symbole du génie européen
L’indignation autour de la possible entrée de l’Arabie saoudite au sein du conseil d’administration était bien sûr amplifiée par la nature des lieux, la Scala étant un symbole majeur de la ville, pour ne pas dire de l’Italie et de l’Europe !
Construit entre 1776 et 1778, la Scala vit le jour à la suite de l’incendie d’un autre théâtre de la ville. Le moins que l’on puisse dire est que son architecte, Giuseppe Piermarini, a su profiter de l’opportunité qui lui était donnée ! Si les premières années ne sont pas les plus riches en succès, les opéras créés au XIXe siècle par Rossini, Bellini, Donizetti mais surtout Verdi vont lui donner ses lettres de noblesse. Le nom du compositeur sera désormais associé à la Scala pour l’éternité, ses opéras – y compris ceux écrits à l’origine pour d’autres lieux – y sont encore fréquemment interprétés ; l’une des rues adjacentes a également été baptisée d’après lui.
Chefs d’orchestres, acteurs, danseurs, compositeurs… tous les plus grands artistes sont passés sur les planches de la Scala, avec une brève interruption pendant la Seconde Guerre mondiale et une autre pendant la rénovation au début des années 2000, mais la magie opère toujours en 2019 lorsqu’on franchit la porte du théâtre. Si la façade est étonnamment sobre, l’entrée principale et, bien sûr, la salle brillent de mille feux, éblouissant les près de deux mille spectateurs pouvant s’y réunir, qu’ils soient dans le « poulailler » comme sur le parterre.
L’expression populaire dit que « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. » et la Scala n’échappe pas à la règle. Plusieurs scandales ont touché les lieux au fil des époques, mais la force du symbole contraint encore – pour combien de temps ? – sa direction à refuser l’inacceptable.
Crédit photos : Alexandre Rivet
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