Grève à la clinique de Saint Grégoire (35) : les raisons de la colère

A LA UNE

En grève illimitée depuis le lundi 25 mars, à l’initiative de l’intersyndicale CFDT-CGT-Sud Santé, les salarié(e)s du Centre Hospitalier Saint-Grégoire revendiquent une amélioration de leurs conditions de travail ainsi qu’une revalorisation de leurs salaires. Le conflit semble s’enliser. Des huissiers ont même été appelés pour réquisitionner du personnel.

Ce mardi 2 avril, ils étaient des centaines de salariés rejoints par de nombreux soutiens d’autres hôpitaux et d’autres corps de métier, devant la Préfecture d’Ille et Vilaine.

Nous avons fait le point avec des représentants du personnel en grève, dont Morgane Dubaele-Le Bihan, représentante syndicale Sud Santé, sur les raisons de la colère, qui remonte à déjà plusieurs années. « Depuis plusieurs mois, le personnel du est épuisé et demande des moyens supplémentaires afin de maintenir, pour les patients, une prise en charge de qualité en toute sécurité et une continuité des soins. Les effectifs sont gérés à flux tendu, le nombre de soignants par patients est en constante diminution. Les salariés demandent également une reconnaissance de leur travail difficile au travers d’une augmentation significative des salaires.»

Le nombre de salariés mobilisés serait de 300-350 actuellement, sachant que beaucoup sont réquisitionnés de jour comme de nuit pour le fonctionnement de la clinique.

Pourquoi le personnel du CHP Saint-Grégoire est en grève ?

Le CHP Saint-Grégoire est né de la fusion de 3 cliniques rennaises en 2004. Le groupe Cliniques Privées Associées (CPA) qui détient l’établissement, créé en 1993, détient également depuis 2002 deux cliniques à Saint-Malo et Brest. En 2009, le groupe CPA est racheté par le nouveau groupe Vivalto Santé. De ces 3 cliniques bretonnes en 2009, le groupe Vivalto Santé se développe pour atteindre fin 2018 un décompte de 28 établissements de santé en Bretagne, Normandie, Ile-de- France, Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine.

Depuis 2009, les salariés relèvent une dégradation de leurs conditions de travail et une accélération exponentielle de ce phénomène. En 2010, la Médecine du Travail réalise une « enquête stress ». En 2011, le CHSCT alerte l’Inspection du Travail. En parallèle, des soignants de chirurgie écrivent une lettre à la direction de l’établissement dénonçant des calculs financiers ayant des répercussions sur la qualité des soins.

En 2014, le CHP répond à un appel à projets de l’ARS, le CLACT, relatif à la prévention des risques psycho-sociaux (RPS), pour lequel il obtient un financement. Depuis cette date, le sujet des RPS sera continuellement relevé par les représentants du personnel devant une recrudescence de la souffrance exprimée par les salarié(e)s. Arrivée de la nouvelle Directrice de la coordination des soins, Marcelle Le Bihan, en fin d’année, qui va commencer une nouvelle réorganisation de l’ensemble des services de soins…

En février 2015, les salariés se mobilisent sur un débrayage dénonçant la dégradation des conditions de travail. Un plan d’action d’amélioration des conditions de travail est alors négocié.

En 2016, alors que les représentants du personnel continuent de dénoncer la dégradation des conditions de travail et face au manque d’avancées sur le sujet, l’Inspection du travail incite la direction du CHP STG à faire appel à un cabinet extérieur pour réaliser un diagnostic complet des RPS sur l’ensemble de l’établissement. Le projet met du temps à se dérouler, mais est mené à terme et bien que certaines actions aient été réalisées en appui de ce diagnostic, les effets n’en sont pas visibles et la démarche incomplète. La dégradation des conditions de travail s’accentue…

En 2018, le CHP verra encore 2 débrayages en maternité suite à l’annonce d’une baisse d’effectifs drastique et au bloc/salle de réveil concernant les conditions de travail.

En janvier 2019, après plusieurs mois d’intensification de la charge de travail, des changements incessants de plannings, du manque d’effectifs et de matériel, les représentants du personnel alertent une nouvelle fois la direction et demandent des mesures immédiates. Une pétition est lancée en intersyndicale le mois suivant auprès des salariés et récolte 489 signatures sur les 750 salariés du CHP. Cette pétition est remise à la direction. Des négociations débutent sur les conditions de travail. Après l’annonce des propositions faites par la direction, les salariés se révoltent en voyant des propositions à moyen-long terme, sans prise de mesures d’urgences. Se sentant méprisés, ils demandent aux représentants de porter la revalorisation des salaires en négociation conjointement à la négociation sur les conditions de travail.

La direction propose alors d’avancer les NAO, devant initialement avoir lieu fin mai, au 23 avril. Hors de question pour les salariés ! Les salaires doivent être au cœur des discussions dès à présent, au même titre que les conditions de travail. La direction propose alors d’avancer les NAO au mercredi 27 mars. A la consultation des salariés le jeudi 18 mars, la position est de démarrer ces négociations le lundi 25 mars au regard de l’état de crise. La direction refuse, car le directeur n’est pas disponible. La grève est alors votée à 301 votes pour sur 331 bulletins exprimés, à partir du lundi 25 mars à 6h45 !

Lundi 25 mars : Démarrage de la grève. Les salariés grévistes se retrouvent dans le hall de la clinique. Opération barrières ouvertes sur le parking, distribution de tracts et chants. Environ 300 salariés présents, une mobilisation qui ne faiblira pas les jours suivants. Remise du cahier revendicatif détaillé par l’intersyndicale CFDT-CGT-Sud Santé. La direction propose de poursuivre les négociations sur les conditions de travail et un calendrier de NAO (négociation sur les salaires) qui ne sera ouvert qu’à la fin du mouvement de grève. Refus des salariés.

Mardi 26 mars : Manifestation à l’extérieur du CHP de 10h à 12h, lors d’une marche qui rassemblera 350 manifestants. A 12h, le vice-président du Groupe Vivalto, Emmanuel Prin, et la DRH du Groupe, Sandrine Macario, se joignent à la direction du CHP pour rencontrer l’intersyndicale. La proposition du lundi est renouvelée, sans avoir changé une seule ligne. Le mot d’ordre de la direction et du groupe « On ne négocie pas durant une grève » ! L’intersyndicale et les salariés n’acceptent pas un tel blocage de la direction sur la question de la revalorisation des salaires qui est une juste reconnaissance des professionnels ! Et sa négociation menée au même titre que celle entamée sur les conditions de travail. L’opération barrières ouvertes se poursuit sur le parking du CHP.

Mercredi 27 mars : Assemblée Générale proposée par la direction à l’ensemble des salariés, pour une présentation des mesures proposées concernant les conditions de travail. Une trentaine de salariés y assisteront, la majorité préférant la boycotter en signe de protestation. La grève se poursuit avec des grévistes accompagnés de leurs enfants, qui rythmeront la journée d’activités ludiques. Pas de nouveaux échanges entre la direction et l’intersyndicale.

Jeudi 28 mars : Manifestation dans les rues alentour à la clinique de 10h à 13h30, rassemblant 350 manifestants. Sensibilisation de la population aux problèmes rencontrés par les salariés et les revendications portées. Après-midi, médiation à la DIRECCTE Bretagne entre l’intersyndicale et la direction du CHP. A l’issue de celle-ci et après 3h30 de discussions, une proposition est faite par la direction d’octroi d’une prime exceptionnelle de 180€ brut par salarié, une poursuite des négociations sur les conditions de travail et un calendrier rapproché des NAO.

Vendredi 29 mars : Consultation des salariés par l’intersyndicale concernant la dernière proposition de la direction. Cette proposition est huée et les salariés refusent d’y réfléchir, le vote à main levée est sans appel pour le refus de cette proposition et la poursuite de la grève générale. Cette décision est alors rapportée à la direction du CHP par l’intersyndicale et marque une nouvelle rupture du dialogue.

Samedi 30 et Dimanche 31 mars : Poursuite du mouvement de grève avec une présence sur site « allégée ». Un retour présentiel est attendu lundi 1er avril dans le hall du CHP, avec tous les salariés grévistes.

Mardi 2 avril, l’intersyndicale sera reçue, à sa demande, par Mme la Préfète d’Ille-et-Vilaine, afin de lui remettre la pétition de soutien débutée samedi 30 mars, ainsi que les revendications portées qui sont l’amélioration des conditions de travail et la revalorisation des salaires conjointement.

« Le secteur de la santé s’effondre en France »

Morgane Dubaele-Le Bihan poursuit : « Globalement le secteur de la santé s’effondre en France. Les petites structures ferment, les maternités de proximité également, les écoles d’aide-soignantes sont à moitié vides. Il est temps de faire réagir les politiques sur des réformes toujours plus mauvaises pour ce secteur. Les conditions de travail dans le privé ne sont guère mieux que dans le public, voire pire par exemple pour les salaires. A savoir, une aide-soignante de jour débutante gagne 1600€ brut ! Et l’année dernière, la direction a proposé 0% d’augmentation. En 2017, nous avions eu 0,5%. Donc en plus de conditions toujours plus difficiles nous n’avons aucune reconnaissance de notre dur labeur ! »

Y’a t’il des risques pour la sécurité des patients ? 

« A ce jour, les soignants ont toujours fait en sorte que les patients soient en sécurité. Mais avec le nombre croissant de patients pour un(e) infirmier(e) nous ne pourrons plus garantir cette sécurité. En chirurgie par exemple certains paramètres doivent être contrôlés toutes les 2 heures voire toutes les heures pour des neurochirurgies, or vous comprenez bien que s’il y a 10 opérés du jour pour un seul soignant nous ne pouvons plus maintenir ces cadences.»

Du côté de la direction, Fabienne Rouhier, directrice de la communication du CHP St Grégoire, nous explique que la direction veut négocier avec les syndicats. « Nous avons voulu avancer la date annuelle des négociations. Les syndicats ont refusé ». Elle nous explique que des propositions ont été faites pour compenser la pénibilité des trois premiers mois de l’année (180€ brut pour chaque salarié en CDI ou depuis plus de 3 mois en CDD, soit 150 nets environ ; une broutille pour beaucoup de salariés eu égard du travail effectué). Concernant la faiblesse des salaires, Fabienne Rouhier explique qu’ils sont très réglementés, par des grilles salariales, que les salariés ont bien des majorations, en fonction qu’ils travaillent la nuit, les jours fériés…

« Nous sommes ouverts à la négociation, mais elles doivent se faire de manière sereine, après de la grève » nous dit-elle.  Chacun campe sur ses positions.

Quoi qu’il en soit, le système de santé en France semble s’effondrer, d’année en année. Personnel sous payé eu égard des tâches et des travaux accomplis de jour comme de nuit. Services saturés, fermetures d’autres services, course au gain d’argent et non plus au service public rendu. Crédits gigantesques faits à des pays étrangers qui envoient leurs ressortissants se faire hospitaliser chez nous et saturer nos services…quand un système de santé ne fonctionne plus, c’est une forme de tiers-mondisation qui est en marche.

Crédit photos : DR
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