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Tous les ingrédients pour écrire une belle histoire, tracer le récit d’une aventure humaine, faire vibrer les cœurs, prôner le dépassement de soi sont réunis dans le livre de Guirec Soudée. Sans oublier la touche qui accroche et fait craquer : la présence sur le voilier de Monique, d’une petite poule rousse qui a le pied marin.
Les héros sont campés, fidèlement, simplement.
Guirec, jeune Breton âgé de 21 ans au début de son périple, a passé son enfance sur la petite île d’Yvinec. Au large de Plougrescant, dans les côtes d’Armor. Je cite : « Yvinec, c’est le plus bel endroit du monde ». Pourtant, il ne résiste pas à l’appel du grand large, au besoin de découvrir le vaste monde, de réaliser ses rêves.
Une poule qui a du caractère
Monique, une jolie poule rousse avec sa crête rouge vif et sa barbichette. Elle lui est offerte au départ d’El Médano, au sud de Ténérife, réputé pour être le paradis de la glisse. La présence de cet animal sur un voilier représente un défi. À charge pour elle de nourrir le marin, un œuf par jour complète l’alimentation chiche et rationnée de Guirec. Monique est attachante, elle a du caractère, du genre casse-cou elle s’adapte, elle s’attache aussi au point d’être dépressive quand ils sont séparés.
Le récit est facile à suivre, fractionné en six parties. Il commence par la traversée de l’Atlantique, vient ensuite le morceau de bravoure : pris dans les glaces. L’hivernage avant le passage du Nord-Ouest, de l’Alaska au Canada, en route vers le Grand Sud, et se termine par la longue remontée. Une carte permet de visualiser cette belle épopée. Au fil des pages la présentation du voilier Yvinec, la vie de ce bateau payé à la sueur de multiples travaux, entretenu grâce à divers soutiens, à l’intérêt pour ne pas dire l’engouement suscité sur le site Facebook, relayé par la presse.
Un besoin impératif de découvrir le monde
Guirec partage avec le lecteur son besoin impératif de découvrir le vaste monde, la mer, la solitude, la nature, les espèces animales rares. Dans son livre, à chacun d’y puiser ce qu’il est venu chercher : des détails précis sur l’équipement d’un voilier, sur tout ce qui peut lâcher lors d’une équipée, l’indispensable sens de la débrouille, sans parler du sang-froid à avoir face à l’avanie. Un récit de navigation qui détaille la beauté de la nature, les aurores boréales, les étendues immaculées et l’impérative prise de conscience pour préserver ces trésors.
Mais bien au-delà de l’aventure, Guirec le dit, Monique le partage, c’est la rencontre de l’homme face à lui-même, seul mais déterminé : « Je crois avoir trouvé ce que j’étais venu chercher : moi ». « De toute façon, le but de mon voyage n’est pas de juger mais d’apprendre des autres et d’observer ». Guirec a appris de Raino, un habitant de Hoonah, un petit village sur l’île Chichagof, de sa culture indienne : « les animaux seraient des signes jamais là par hasard ». Monique n’est-elle pas une preuve vivante de cette croyance ?
Les pages du livre se referment. Guirec et Monique sont arrivés à bon port, à Yvinec et fêtés comme il se doit. Leur aventure est une leçon de vie qui entérine l’idée qu’un jeune Breton est entêté à courir les mers mais qui dément la locution de « poule mouillée ». Ce serait faire injure à Monique.
Anne Mesdon
* Le monde selon Guirec et Monique, Flammarion, 19,90 euros.
Crédit photo : DR
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