The Way to Jerusalem (3) : de Ramleh à Abu Gosh, des Templiers aux bornes romaines, l’épreuve des collines

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Après 2 jours de rues, de marchés et de rencontres, notre reporter Martial Roudier, participant au pélerinage The Way to Jerusalem à l’invitation des organisateurs, quitte enfin la ville. Les étapes 3 et 4 du pèlerinage, entre Ramleh et Abu Gosh, sont celles de la campagne puis des collines. Elles totalisent 51 km et plus de 1 200 m de dénivelé positif. Notre envoyé spécial Martial Roudier y a goûté le vin des moines trappistes, croisé des tortues et des bornes romaines, et entendu résonner, au cœur des collines de Judée, les basses d’une rave party.

Le cimetière britannique de Ramleh

La 3e étape commence par un lieu de mémoire. À la sortie de Ramleh, le chemin longe le cimetière militaire britannique, le plus grand des 6 établis en Terre sainte après la Première Guerre mondiale. Y reposent des soldats tombés lors de la conquête de la Palestine ottomane par les troupes du général Allenby, en 1917-1918, mais aussi des militaires de la Seconde Guerre mondiale et de la période du mandat britannique, qui précéda la création de l’État d’Israël en 1948. Pelouses impeccables, stèles alignées : l’endroit, d’une grande sérénité, invite au recueillement.

Un dernier repos en Terre Sainte

Manguiers, vignes et Cabernet Sauvignon

Les 26 km du jour, pour 258 m de montée et 400 m de descente, traversent des terres agricoles, des forêts et des espaces naturels. Le contraste avec les jours précédents est net. Après les échanges avec les habitants et les rencontres interreligieuses, la marche devient plus personnelle. La fatigue s’installe, les conversations se raréfient, chacun avance à son rythme, sans que la bonne humeur du groupe en souffre.

Le chemin longe des vergers de manguiers et des vignobles, signe de la richesse agricole de la plaine. Une halte permet de déguster un Cabernet Sauvignon local, jugé excellent par les marcheurs. C’est aussi l’occasion, pour certains, de se procurer un bâton de pèlerin, qu’ils personnaliseront au fil du parcours. Plus inattendu : de petites tortues traversent tranquillement le sentier, comme engagées dans leur propre pèlerinage.

Tel Gezer, la dot de Salomon

Le chemin rejoint ensuite le site archéologique de Tel Gezer, une ancienne cité d’environ 13 hectares. Sa position, au carrefour de la route côtière et de la route montant vers Jérusalem, entre une plaine fertile et des ressources en eau, en fit pendant des millénaires une place convoitée.

Des menhirs à Tel Gezer?

La ville tient une place à part dans la Bible. Selon le 1er livre des Rois, le pharaon d’Égypte s’en empara et l’offrit en dot à sa fille, épouse du roi Salomon, qui la fortifia. Les archéologues y ont mis au jour une imposante porte à 6 chambres, que beaucoup attribuent à l’époque salomonienne, au Xe siècle avant notre ère. Gezer a aussi livré l’une des plus anciennes inscriptions en écriture paléo-hébraïque connues : le « calendrier de Gezer », une petite tablette de calcaire énumérant les travaux agricoles de l’année, découverte en 1908 et aujourd’hui conservée au musée archéologique d’Istanbul.

L’abbaye de Latroun au loin

Le Toron des Chevaliers

À l’horizon se dessine bientôt le monastère de Latroun. Avant de l’atteindre, une dernière montée, raide, conduit aux ruines d’une forteresse croisée attribuée aux Templiers, le Toron des Chevaliers des chroniques franques. Le château commandait l’entrée de la montée vers Jérusalem : c’est là que Richard Cœur de Lion passa le Noël 1191, pendant la 3e croisade. Une tradition médiévale rattache aussi le nom de Latroun au « bon larron » crucifié aux côtés du Christ.

L’essentiel de l’édifice est aujourd’hui détruit ou enfoui, mais la grande salle des chevaliers reste visible et accessible. La visite demande de la prudence : le sous-sol est percé de tunnels creusés par les Jordaniens pendant la guerre de 1948. Latroun fut alors le théâtre de violents combats. La Légion arabe jordanienne y tint la position et repoussa plusieurs assauts israéliens, coupant la route de Jérusalem. Les Israéliens durent ouvrir une piste de contournement, la « route de Birmanie », pour ravitailler la ville assiégée.

Les trappistes de Latroun

L’abbaye de Latroun est une étape particulièrement prisée du public français, et pour cause. Elle a été fondée en 1890 par des moines trappistes venus de l’abbaye de Sept-Fons, dans l’Allier. La communauté accueille les pèlerins et leur fait visiter ses immenses caves, ainsi que les ateliers de mise en bouteille du vin et de l’huile d’olive, ses 2 productions emblématiques. Fidèle à la règle de saint Benoît, la vie monastique y fait une large place au travail.

Le chant des bénédictins

Du vin en barriques de chênes français

La dégustation des produits de l’abbaye prolonge la journée dans une ambiance conviviale. Pour ceux qui ont la chance d’y assister, les chants des moines offrent une pause hors du temps. Après les villes, cette 3e étape marque une transition vers une expérience plus intérieure du pèlerinage.

Vers les collines de Jérusalem

La 4e étape s’annonce comme la plus difficile du parcours : 25 km, 993 m de dénivelé positif et 417 m de descente. Au départ de Latroun, le chemin quitte peu à peu les lieux habités pour s’enfoncer dans les collines.

Il traverse d’abord Neve Shalom, en arabe Wahat al-Salam, l’« oasis de paix ». Ce village a été fondé au début des années 1970 par Bruno Hussar, un prêtre dominicain d’origine juive né en Égypte, pour que Juifs et Arabes israéliens y vivent ensemble, avec une école bilingue. Le parcours passe ensuite par Ein Hila et Sha’ar HaGai, en arabe Bab al-Wad, le défilé par lequel la route de Jérusalem s’engage dans les montagnes. En 1948, les convois de ravitaillement y furent pris en embuscade, et les carcasses de véhicules blindés conservées au bord de la route en entretiennent le souvenir.

L’itinéraire emprunte en partie l’ancienne voie romaine qui reliait Jaffa à Jérusalem, puis suit le tracé historique d’Emmaüs. Le village où, selon l’Évangile de Luc, le Christ ressuscité se fit reconnaître de 2 disciples à la fraction du pain, est revendiqué par plusieurs sites. Emmaüs-Nicopolis, au pied de Latroun, et Abu Gosh, terme de l’étape, comptent parmi les principaux candidats.

Une rave party dans les collines

L’effort transforme la marche. Les kilomètres pèsent, les conversations s’espacent et le silence s’installe naturellement dans le groupe, laissant place à l’introspection et à la contemplation.

C’est au milieu de ces collines désertes qu’une surprise rompt l’atmosphère méditative : au loin résonnent les basses puissantes d’une rave party. Le contraste est saisissant. Le guide explique que ces rassemblements en pleine nature sont courants en Israël. Impossible, pourtant, de ne pas penser au festival Nova, organisé près du kibboutz Reïm, à la lisière de la bande de Gaza. Le 7 octobre 2023, il fut la cible de l’attaque du Hamas : plus de 360 participants y furent tués et des dizaines d’autres pris en otage. Dans ce pays, les paysages les plus paisibles peuvent raviver les souvenirs les plus tragiques.

La teuf peut continuer

Thym, sauge et sumac

La nature ramène vite à des sensations plus immédiates. La végétation exhale des parfums de garrigue familiers à ceux qui connaissent le sud de la France, mais que la chaleur semble ici amplifier. Thym, sauge et menthe accompagnent les pas des marcheurs. Le chemin longe des pistachiers, des asperges sauvages et des buissons de sumac, dont les baies séchées donnent cette épice rouge et acidulée omniprésente dans la cuisine du Proche-Orient.

Ces plantes se retrouvent dans les assiettes. La cuisine israélienne, nourrie des traditions du Moyen-Orient et du bassin méditerranéen, fait la part belle aux herbes, aux épices et aux légumes frais, et les repas s’accompagnent volontiers d’une multitude de petites salades.

Le 14e mille

L’effort reprend sur la voie romaine, qui semble grimper sans fin. Près du chemin, un site regroupe plusieurs bornes milliaires, connu sous le nom de « 14e mille », la 14e borne depuis Jérusalem sur la route menant à Emmaüs et Lod. Ces colonnes de pierre, souvent hautes de plusieurs mètres, indiquaient les distances et portaient des inscriptions latines au nom de l’empereur régnant. À chaque réfection de la route, de nouvelles bornes étaient érigées, permettant aux souverains successifs d’y graver leur nom.

Les bornes milliaires, symbole de l’administration romaine

La plupart sont aujourd’hui brisées. L’une conserve une inscription dédiée à l’empereur Maximin Ier le Thrace et à son fils Maxime, associé au pouvoir. Ancien soldat d’origine modeste, Maximin régna de 235 à 238 et fut le premier de ces « empereurs soldats » qui se succédèrent pendant la crise du IIIe siècle. La tradition se poursuivit à l’époque byzantine, avec des inscriptions désormais rédigées en grec.

Horvat Mezad, la forteresse des Hasmonéens

Après de longs kilomètres au fond d’une vallée encaissée, le chemin débouche enfin sur les hauteurs. Le paysage s’ouvre sur une succession de collines couvertes d’une végétation rase. Après des heures d’effort, la vue offre une véritable respiration.

C’est là que se dresse Horvat Mezad, aussi appelé Khirbet Matzad, un site archéologique qui domine l’ancienne route reliant Emmaüs, dans la vallée d’Ayalon, à Jérusalem. Les fouilles ont révélé une occupation allant de l’âge du Fer et de la période perse jusqu’au Moyen Âge. Les vestiges les plus remarquables datent des périodes hasmonéenne et romaine. Une forteresse y fut construite au Ier siècle avant notre ère sous Alexandre Jannée, roi de la dynastie juive des Hasmonéens. Hérode le Grand l’agrandit ensuite, avec une cour entourant le fort, des pièces de logement et de stockage, et une vaste citerne creusée près de la voie.

Le chemin redescend ensuite dans la vallée de Yitla, à travers la forêt des Collèges, avant une 2e et dernière crête. Il faut puiser dans ses réserves. C’est avec un soulagement bien compréhensible que le groupe atteint enfin Abu Gosh.

Abu Gosh et le centre Saxum

Abu Gosh, village arabe israélien réputé dans tout le pays pour son houmous, abrite l’une des plus belles églises croisées de Terre sainte. Bâtie au XIIe siècle par les Hospitaliers, elle appartient à la France depuis 1873. Sur la colline voisine, le sanctuaire de Notre-Dame-de-l’Arche-d’Alliance rappelle que la tradition situe ici Kiryat-Yearim, où l’Arche d’Alliance aurait séjourné 20 ans avant d’être transférée à Jérusalem par le roi David.

Coucher de soleil flamboyant très apprecié des pèlerins

La journée s’achève au centre d’accueil Saxum, un espace multimédia consacré à l’histoire de la Terre sainte. La visite guidée relie les récits bibliques à leurs contextes historique et géographique, d’Abraham à nos jours, grâce à une frise chronologique, des cartes, des écrans interactifs, des reconstitutions en 3 dimensions, une maquette de Jérusalem et un film projeté à 360 degrés.

le site de Saxum

Après une journée passée à arpenter la Terre sainte à la force des jambes, la visite replace les collines, les vallées et les voies parcourues dans le temps long de l’histoire. À moins de 15 km de Jérusalem, le pèlerinage prend une autre dimension.

Selon le tracé officiel, la 5e étape conduira les pèlerins d’Abu Gosh à Ein Kerem, sur 19 km.

Informations : thewaytojerusalem.org et saxum.org

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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