Pour un immigré, devenir député, c’est la consécration. La famille restée au bled est épatée ! Grâce à la vague LREM de juin 2017, le Rennais Mustapha Laabid se retrouve au palais Bourbon. Mais la justice le rattrape. Certes son cas est moins grave que celui de Benalla, autre Franco-Marocain.

Les Franco-Marocains sont à la mode. Il y a le fameux Benalla à Paris et « l’associatif » Mustapha Laabid à Rennes. Certes le second est moins célèbre que le premier, même s’il a été élu député de la circonscription de Rennes-Bruz, avec l’étiquette LREM, en juin 2017. Précédemment, il était président de l’association Intermed, un collectif pour l’insertion professionnelle et contre les discriminations, de 2006 à 2017. D’après le parquet, le député a utilisé, durant trois ans, « à des fins personnelles ou indues, des fonds de l’association Intermed pour un montant d’au moins 21 930,54 euros dont 15 402 euros de frais de bouche, des achats ou paiements divers, notamment dans des commerces pour 1 336,23 euros, des paiement de téléphonie pour 2 841,49 euros et des paiements d’hôtels et de divers frais pour 2 350,57 euros » (Ouest-France, 2-3 février 2019).

Toujours d’après le parquet, c’est un « signalement Tracfin d’octobre 2017 faisant état de mouvements suspects sur les comptes de l’association et de son président » qui lance l’affaire. Réponse de l’intéressé : « Je rappelle que pendant des années j’ai œuvré avec le collectif Intermed à contrecarrer les discours de haine et à faire entendre une voix positive en bas des tours » (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, 2-3 février 2019).

Les surprises du monde associatif

Le monde associatif réserve toujours des surprises et permet des petits « arrangements »… Ainsi le collectif n’avait plus d’activité après septembre 2016. Et plus de salariés à partir d’octobre 2016. Ce qui ne l’a pas empêché de percevoir un total de 96 000 euros de subventions pendant deux ans et demi. L’association est dissoute en juin 2017 quand M. Laabid est élu député. Pourtant, l’intéressé continue à utiliser la carte de l’association jusqu’au 31 décembre 2017.

Lundi 3 juin, Mustapha Laabid avait rendez-vous avec le tribunal de grande instance de Rennes ; il est poursuivi pour abus de confiance. Le procureur a souligné les « manquements réitérés particulièrement nombreux » du prévenu. Selon le ministère public, « il le faisait en connaissance de cause et jusqu’en décembre 2017, alors qu’un député a connaissance des lois de la République ». Le procureur a requis l’inéligibilité pendant dix ans et une peine d’emprisonnement avec sursis, à hauteur de six mois (Ouest-France, Ille-et-Vilaine, mardi 4 juin 2019)

Voilà qui appelle plusieurs observations. S’il perd son casse-croûte au palais Bourbon, avec quoi va-t-il manger ? Dix ans à Pôle emploi, c’est long. Certes il était, « en même temps » que président d’Intermed, « directeur régional de la Fondation agir contre l’exclusion (FACE) de 2011 à 2017, un pilier de l’action sociale en France » (Le Monde, 27-28 mai 2018). Difficile de récupérer cette place occupée maintenant par quelqu’un d’autre. Alors ? Ayant goûté à la politique, on le verrait très bien embauché par Florian Bachelier. Soit comme assistant parlementaire du député de Rennes / Saint-Jacques-de-la-Lande. Soit comme collaborateur du premier questeur de l’Assemblée nationale. Entre copains, on doit s’aider. Après être entré au palais Bourbon par la grande porte, Laabid pourrait revenir par la petite. Bien sûr, reste la possibilité de démarrer une carrière politique au Maroc… Là-bas, la justice est moins regardante…

Bernard Morvan

Crédit photo : Mustapha Laabib/Wikimedia
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