La saison 2018/2019 fut pénible pour le Nantes Basket Hermine. Dixième du classement et donc privé de playoffs, le club a dû affronter le décès de l’un de ses joueurs, l’américain Jermaine Marshall.

Pourtant, une nouvelle dynamique instaurée par Audrey Sauret, ancienne gloire du basket tricolore et nouveau General Manager, pourrait permettre aux Bretons de passer un cap.
A une époque où les dirigeants des clubs sportifs sont « sans pitié », Audrey Sauret a conservé du cœur et des valeurs, comme le prouve la fin de son parcours à Charleville en 2018.
Elle revient aujourd’hui sur les étapes qui l’ont amenée à son poste et dresse le bilan du dernier exercice…

Breizh-info.com : Comment êtes-vous passée du rôle de joueuse professionnelle à celui de dirigeante ?

Audrey Sauret : Après ma carrière de joueuse, j’ai fait une formation de management en droit et économie du sport pour apporter de la crédibilité à mon projet et pour me construire.
J’ai passé trois années à Charleville mais le club a malheureusement connu des ennuis financiers, j’ai vécu un licenciement économique peu avant la fin de la saison il y a un an. Malgré tout, je suis restée là-bas pour aider le club et finir ce championnat compliqué parce qu’il m’a donné l’opportunité de m’exprimer ; j’avais aussi créé des liens très forts avec le président et les gens qui dirigent et travaillent dans ce club. Je savais que la séparation n’était pas un choix mais une conséquence de pas mal de choses.

Breizh-info.com : Pourquoi avoir rejoint  le Nantes Basket Hermine en tant que General manager ?

Audrey Sauret : A l’issue de la saison, j’ai immédiatement postulé auprès de clubs qui avaient la volonté de se structurer. Nantes est une métropole, il y a de grosses attentes, il y a beaucoup d’équipes sportives de haut niveau ici, c’est une politique voulue par les collectivités. J’avais envie de voir s’ils seraient intéressés pour relever le challenge en ma compagnie, j’ai rencontré Monsieur Cadio, président à l’époque – nous sommes actuellement en plein changement – et ça s’est fait.

Breizh-info.com : Pouvez-vous nous raconter cette première année au sein de la direction du club ?

Audrey Sauret : Nous avions la volonté de nous structurer et d’avancer, avec en plus l’intégration de la salle de la Trocardière à Rezé, c’était un défi  tant au niveau de son exploitation que du fonctionnement. Je suis arrivée à mon poste tardivement, le 13 août 2018, au même moment que la reprise de l’entraînement par les joueurs, ce n’était pas idéal, surtout en cette première année où il faut découvrir le fonctionnement du club, découvrir les personnes qui en font partie et mettre les choses en place. Ce fut compliqué car nous n’avons pas eu de rétro-planning et donc de possibilité d’anticiper une stratégie ou quoi que ce soit.

Breizh-info.com : Quel bilan tirez-vous de cette saison marquée par un drame ?

Audrey Sauret : Le décès de Jermaine Marshall a eu beaucoup d’impact. Ça a été un moment très fort et particulier à gérer. Tout le club s’est bien comporté humainement à ce moment-là, je crois que nous en sortirons grandis, car, heureusement si j’ose dire, on n’est pas préparé à de tels événements.
Sportivement ce fut une année compliquée, on avait l’objectif d’obtenir une qualification en playoffs et nous n’y sommes pas parvenus. L’équipe a bien réagi après la disparition de Jermaine Marshall et a fait une deuxième partie de saison très solide, malheureusement notre début de saison avait un peu péché. Le renouvellement de l’effectif explique un peu cela, la mise en place a pris du temps. Il y a eu du bon et du mauvais mais l’on peut tirer des enseignements de cette première année et évoluer pour aborder une deuxième saison avec beaucoup plus de sérénité et garder des ambitions sportives qui soient à la hauteur des conditions de travail, que ce soit l’arena ou les moyens financiers du club.

Breizh-info.com : Visez-vous la Jeep Elite (Pro A) à moyen terme ?

Audrey Sauret : Arriver en première division est bien sûr la finalité du club. On sait cependant qu’il n’y aura qu’une seule montée l’an prochain, et il faudra pour cela remporter les playoffs, qui sont toujours un peu aléatoires. Pour atteindre la montée, il faudra développer l’exploitation de la salle, développer les partenariats privés, la structuration du club, afin que nos moyens financiers augmentent et nous permettent d’obtenir le ticket pour la Jeep Elite.

Breizh-info.com : Vous commentez de nombreux matchs de NBA sur la chaîne BeIn Sports, pouvez-vous nous raconter cette expérience ?

Audrey Sauret : C’est mon grand bol d’air ! ça reste dans le basket mais c’est une fonction complètement différente avec une équipe extraordinaire. J’avais déjà commenté des matchs sur d’autres chaînes auparavant et j’ai eu l’opportunité de BeIn Sports grâce à Xavier Vaution, avec qui je m’entends très bien. J’ai été très bien acceptée par les personnes en place, Rémi Reverchon, Mary Patrux, et les consultants, Jacques Monclar et Eric Micoud. Je reste dans ma passion, on me dit parfois que c’est un peu trop, puisque finalement tout ce que je fais a un rapport avec le basket, mais c’est un contexte différent, avec des gens enthousiastes, j’aime ça.  Je fais souvent l’aller-retour le dimanche pour le « Sunday night live », on analyse la NBA, les matchs en cours et toute l’actualité.

Breizh-info.com : Préférez-vous la NBA au championnat de France ?

Audrey Sauret : Je me suis toujours intéressée à tous les baskets, je ne compare pas la NBA à d’autres championnats, je sais juste les regarder différemment. J’ai proclamé pendant longtemps regarder différemment le basket féminin et le basket masculin. Je pense qu’un championnat de Pro B, de Jeep Elite, d’Euroleague ou de NBA a ses spécificités, ses forces et ses faiblesses. J’ai aussi toujours été attirée par la culture américaine et j’arrive à me retrouver dans leur fonctionnement et ce qu’ils mettent en place. Je ne m’interdis pas non plus de les voir comme source d’inspiration pour développer des choses dans nos clubs et nos championnats européens.

Propos recueillis par Alexandre Rivet

Crédit photos : Facebook Nantes Basket Hermine
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