Les villes bretonnes vont-elles devenir de simples agrégats de hameaux standardisés dépourvus d’âme et d’identité celtiques ? Dominique Le Pennec, le maire, et la municipalité de la charmante petite localité de Telgruc-sur-Mer dans le Finistère, sont la cible d’une campagne de destruction de l’identité bretonne via une francisation linguistique des noms de lieux.

Une polémique ancienne

Cette campagne de francisation n’est pas propre à la ville de Telgruc-sur-Mer et c’est même une polémique ancienne. Il y a dix ans déjà, les défenseurs de la langue bretonne étaient montés au créneau contre cette francisation des noms de lieux demandée par La Poste afin de faciliter la distribution du courrier en Bretagne. En effet, les apostrophes de certains noms de lieux en breton comportant la lettre « c’h » n’étaient paraît-il pas reconnues par les machines décodeuses basées sur les progrès et les performances de la lecture optique ! C’est le début de cette francisation forcée, de cette dé-bretonnisation de notre patrimoine et de la soumission de nombreux maires bretons qui choisissent de baptiser leurs nouvelles rues avec des noms folkloriques bien français comme « Rue des albatros », « Rue des ajoncs » ou encore « Rue des pinsons » et ceci dans des zones rurales où la toponymie est massivement en langue bretonne depuis la nuit des temps. Pourquoi une telle stupidité ? Pourquoi ce n’importe quoi ? Rien qu’en Basse-Bretagne il existe au moins plus de cinq cent mille micro-toponymes avérés depuis des siècles en langue bretonne.

Depuis près de vingt ans, les adhérents de l’association Eost travaillent sur la micro-toponymie de la commune dans le but de faciliter le travail de la municipalité pour dénommer correctement les nouvelles rues et les nouveaux quartiers, suivant le nom des parcelles où ils sont établis. Chaque année l’association demande d’être associée à une commission dans ce but, mais en vain. En février dernier le conseil municipal décide de nommer une trentaine de nouvelles rues exclusivement en langue française alors qu’elles sont situées sur des parcelles qui possèdent un nom breton enregistré sur le cadastre de 1831. Il faut mettre un terme à cette francisation des toponymes et à la négation de la langue bretonne, langue qui fait partie de notre patrimoine et qui est la racine de notre identité bretonne.

Trente nouvelles rues vont donc être baptisées et les nouveaux panneaux de signalisation vont bientôt sortir de terre. « Allée des goélands », « Impasse des pélicans », « Rue des gravelots »… des appellations qui n’ont strictement rien à voir avec les noms historiques, les noms en langue bretonne déjà existants.

Le président de l’association Eost, Yann-Ber Kemener, explique l’origine de ces anciens noms de lieux : « Les gens nommaient leurs parcelles d’après ce qu’ils y cultivaient, d’après leur forme, un jardin ou une prairie, un champ ou bien encore d’après leur situation, près du vallon ou sur la montagne ». Selon lui, la mairie aurait du s’appuyer sur le cadastre de 1831 pour baptiser les rues de nouveaux quartiers.

Le maire, Dominique Le Pennec, reconnaît ne pas s’être intéressé à ce document. Mais il rappelle que la mairie ne fait que « baptiser des rues qui aujourd’hui n’ont pas de nom », pour faciliter le travail des postiers, des livreurs et des services de secours ! Mais pourquoi ne pas reprendre les noms existants au lieu de fabriquer de stupides et ridicules inventions « made in France » ? L’argument selon lequel les noms en langue bretonne seraient trop compliqués pour les services postaux ou d’urgences ou ne rentrent pas dans la localisation des GPS, n’est pas recevable.

Le président d’Eost ne décolère pas et demande l’appui d’élus et d’associations culturelles bretonnes afin de porter le débat sur la place publique, pour que les Bretons réagissent contre cette atteinte à leur identité. « Si nous ne tenons pas compte des anciens noms de lieux, la Bretagne va rapidement perdre son identité comme c’est, de plus en plus, le cas avec ces noms de rues hors sol, donnés par des élus, eux aussi hors sol, qui ne tiennent compte ni de l’ancien cadastre, ni des études toponymiques et historiques sur le sujet » enfonce Yann-Ber Kemener. Il a donc demandé au maire de Telgruc de mettre ces nouveaux noms également en breton sur les panneaux indicateurs. « Il pense que ce serait trop cher. Il aurait donc mieux valu, selon nous, utiliser des noms bretons d’après le nom des parcelles d’avant le remembrement des années 1970. Nous les avons tous. Il n’y a aucune étude à faire », insiste-t-il.

Aujourd’hui monsieur le maire regrette la tournure que prend la polémique et dénonce une instrumentalisation des nationalistes bretons dans cette campagne ! C’est l’hôpital qui se fout de la charité cher monsieur Le Pennec. Vous osez accuser les défenseurs de la langue bretonne, des hommes et des femmes de Bretagne qui s’opposent à l’éradication culturelle de notre identité, de « dérive nationaliste », il vous faut toute la perversion des tenants de cette République jacobine française pour oser un artifice rhétorique aussi perfide.

Pour conclure, voici quelques propositions de nouveaux noms de rues avec les remarques des noms en breton répertoriés sur le cadastre de 1831 par l’association Eost.

63 – Allée des Albatros – Alez al Liorzh plous/64 – Allée des Macareux – Alez ar Park kreiz
66 – Rue des Gravelots – Liorzh an ebeul/68 – Allée des Goélands – Alez ar Palud
73 – Rue Florence Arthaud – Hent Lanneg gwenn/74 – Rue Alain Colas – Straed Kerlevean Bihan ou Straed ar Panezeg/87 – Rue de la Micheline – Straed ar Menez/90 – Rue du Bar – Hent ar Gevenn (War ar gevenn ou Hent Sacheor)…

Jelvestr Le Cloarec. Extrait de la revue War Raok n° 55 juillet 2019.

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