Si les foires aux vins représentent le temps fort des ventes pour la grande distribution, cette période d’intense activité commerciale, donne aussi  aux caves de certains hypermarchés l’opportunité de montrer leur savoir-faire sur des vins pointus et rares. C’est le cas de l’hypermarché Leclerc de Saint-Brevin (44) qui, outre la sélection-catalogue commune à tous les magasins de l’enseigne, a fait le choix ambitieux de mettre en avant une gamme étendue de vins étrangers.

Confinés dans une  niche commerciale encore largement méconnue, la promotion des vins étrangers s’avère en effet des plus difficiles tant la France souffre du syndrome du premier de la classe en matière de vin. Rien de plus malaisé en effet pour un œnophile né dans un pays où une incroyable diversité de vins se tient à portée de main et de bourse, que de savoir garder un minimum de considération à l’égard d’une production née en dehors des frontières nationales…

Ne nous  le cachons pas, le consommateur français a toujours eu le plus grand mal à se départir de son attachement  ethnocentré pour ses beaux vignobles, conforté en cela par une insidieuse propagande du lobby vitivinicole, prompte à brandir le péril de l’inique concurrence étrangère…

L’équipe des caviste du Leclerc de Saint-Brevin-les-Pins : un choix élitiste de vins étrangers

Plus que l’achat d’un vin, l’accès à une culture

Seulement, l’achat d’un vin  étranger renvoie aussi à l’accès d’une culture et d’un savoir-faire propre à une région du monde. De fait, l’argument du patriotisme économique ne peut s’appliquer avec pertinence quand il touche à l’importation des vins de caractère. Il est sans doute beaucoup plus légitime pour d’autres productions agricoles soumises à des grandes distorsions de concurrence et de  fortes tensions de prix  (lait, viande, fruits)

Bien évidemment, nous parlons d’une catégorie de vins bien définie, celle qui a trait  à l’expression entière et authentique du terroir et reflète l’interprétation personnelle de son vinificateur. Autrement dit de véritables vins d’auteurs, habilités par leur extrême individualité  à  être présentés au palais des français, et non pas de cette production standardisée dont la France est aussi passée maître…

Un mauvais regard

Le réflexe d’ouverture vers les vins étrangers est rendu d’autant plus difficile en raison de leur perception biaisée qui consiste à les voir comme des vins formatés, technologiques, conçus dans les chais ultramodernes, sur des volumes de production gigantesques. Sous le vocable « vins du nouveau monde », il faudrait entendre des vins venus d’une autre planète, résolument  antagonistes à  la notion de respect du terroir qui prévaudrait  chez les vins français… Un schisme devenu caricatural et largement contredit par l’exceptionnelle attention donnée à l’expression du terroir par les créations de nouvelles aires d’appellations à travers le monde.

L’enjeu pour l’œnophile désireux d’acquérir une culture universelle du vin, consiste à appréhender autant que boire se peut, et avec mesure, l’infinie diversité des cépages et des terroirs mise en musique par les traditions vitivinicoles en vigueur dans le monde entier.

Une véritable opportunité  de s’éduquer à des goûts différents

La vaste  sélection  du Leclerc de Saint-Brévin montre d’autant plus d’intérêt que, l’offre sur ce créneau demeure parcimonieuse, voire quasi inexistante chez un grand nombre cavistes. Faute de demande, mais  aussi par manque d’expertise et de culture, la plupart des professionnels du vin délaissent une niche commerciale encore en devenir.

Pour Breizh-info, nous vous proposons  par le menu, pays par pays, un petit panorama de vins aux saveurs inédites en provenance de toutes les parties du globe. Des prix rarement  en deçà de 10 euros, attendu un niveau qualitatif global de la sélection très élevé, même si  une large partie se montre  encore accessible à moins de 15 euros. Ces vins d’ailleurs, relèvent moins de la bonne affaire que d’une vraie promesse au dépaysement gustatif.

L’Italie

 Piémont :

Les appellations du Barolo et de Barbaresco se sont hissées en moins de 30 ans au sommet de la hiérarchie mondiale des vignobles. Malheureusement, les prix suivent une tendance bourguignonne sous l’effet conjugué de la rareté des vins et d’une cote qui s’envole sur le second marché. Reste qu’il est toujours possible de goûter à l’extrême finesse du nebbiolo  avec de grands noms comme Ceretto.

Une famille très influente dans le Piémont, à l’origine d’une signature prestigieuse (Barolo 59€), le Barbera d’Alba moins onéreux (19.9€) démontre sur un support tannique plus léger, le savoir-faire de Ceretto à mettre en exergue la profondeur de fruit  d’un cépage longtemps mésestimé.

Ceretto a également œuvré à la  résurrection d’un vieux plant très négligé : l’arnéis, le Langhe arnéis  est un blanc tonique et  savoureux, prisé pour sa grande délicatesse aromatique. Très plébiscité aux États-Unis, il séduit à coup sûr par son peps incroyable ( le vin est finement perlant) qui valorise  son éclatante fraicheur aromatique.

Vénétie

Prosecco :

Aux antipodes du prosecco à spritz, une catégorie haut de gamme classée en DOCG  trouve naissance entre Valdobiadenne et Conegliano. Au cœur  des collines étagées par les  petites  terrasses herbeuses (ciglioni) classées au patrimoine mondial de l’Unesco,  le glera libère à plein son charme aromatique  grâce  à des rendements modérés.

Le Santa Margherita (12.5 €) (noté 92/100 par le Wine Spectator) impressionne par ses notes subtiles de poire et un arrière-fond floral irrésistible, le dosage très mesuré (brut) accentue son raffinement. Quant au  prosecco Rive di Refrontolo (16.2 €), ce dernier va chercher une expression plus aboutie du terroir ( Rive désigne un flanc de coteau souvent surplombé d’un hameau qui donne le nom au terroir) et son élégance ne le cède en rien à celle d’un champagne.

Amarone : Vin de civilisation qui incarne  l’expression ultime du Valpolicella, l’amarone procède d’une technique de séchage des baies (appasimento).Ce savoir-faire  unique au monde le consacre en  vin à part, d’une richesse superlative en terme d’arôme et de texture. Ample, généreux à l’excès avec ses notes appuyées de cerise teintées de nuances balsamiques, il ne se perd jamais dans son haut degré d’alcool (15 degrés) grâce à somptueuse structure tannique .Le serego Alighieri (2011 55€)  de la prestigieuse maison Masi occupe le rang des références obligées  parmi la pléthore de vins d’exception que compte l’Amarone.

Toscane

Brunello di Montalcino

Ce cru du Chianti a gagné une stature internationale en moins d’un quart de siècle, sur ce terroir assez élevé ( altitude moyenne 400m) et protégé par le Mont Amiata , le sangiovese grosso puise une race aromatique suprême et une fraicheur interne très spécifique au Brunello. Le Leclerc de Saint-Brevin aligne des noms de choix au travers d’Argiano(36.9€) , de Castelgiocondo (50€)  et du villa al Cortile riserva de Piccini (36€). Vins résolument aristocratiques dans l’âme, ils s’adressent aux amateurs éclairés en quête d’une translation sans concession du terroir dans le vin.

Basilicate

Région méconnue du sud de l’Italie, la Basilicate s’affirme depuis peu comme le nouveau sanctuaire de l’aglianico, cépage prodigieux à l’origine des grands Taurasi en Campanie. Sur un terroir volcanique de tuf aux lisières du mont Vulture (volcan éteint), l’aglianico développe toutes ses qualités aromatiques  dans une profusion d’arômes épicés en symbiose avec  l’onctuosité  de ses tanins voluptueux :  Paternoster Synthesi  (11.60€).

L’apothéose  est atteinte sur la grande cuvée Don Anselmo de Paternoster  (40.4€) régulièrement primée des Tre Bichierri par le Gamberro Rosso, la plus haute distinction accordée aux plus grands vins italiens.

Enfin comment résister à l’attrait exotique du falanghina  (11.9€) ? Ce cépage de Campanie au nez irrésistible de mangue est porteur d’une exubérance exotique contenue, il s’étire tout en verticalité grâce à la minéralité sous-jacente de son terroir.

Espagne

Rioja

Le  Faustino I, gran reserva  de 2005 (20€) propose une version traditionaliste du Rioja avec un boisé remarquablement fondu et une texture crémeuse savoureuse. Aucun signe d’évolution dans ce gran reserva qui conserve tout son éclat et une incroyable  brillance de fruit sur des tonalités légèrement vanillées. Véritable coqueluche des dégustations du Wine spectator et de la revue Decanter , le gran reserva représente une affaire à ne pas manquer  car il donne accès à un vénérable vin de cave, inoxydable  grâce à sa  constitution quasi parfaite, modelée par son élevage.

Suisse

Les vins suisses sont pratiquement inexistants sur le marché français, la production se cantonne principalement à la Suisse romande (sous influence francophone), dans le Valais autour du lac Léman, sur des niveaux de production très confidentiels. Qui plus est, la demande intérieure absorbe la quasi-totalité des vins élitistes par nature, étant donné la faiblesse des rendements. La sélection de la cave Saint-Pierre, très relevée en  niveau, permet de découvrir la personnalité saline  de la petite arvine (cépage indigène) (28€) à laquelle se mêle une intensité aromatique éblouissante. Le cornalin, autre cépage autochtone, n’est pas en reste pour surprendre l’amateur de rouges robustes et constitués non exempts de finesse.

État-Unis

Washington :

Le château Sainte-Michelle constitue la plus grosse winerie de l’état de Washington, ses vins de cépage produits pourtant sur une échelle assez importante,   sont connus pour représenter des modèles du genre. En particulier la syrah (12.5€) qui mêle un fruit sombre à une touche boisée perceptible mais bien intégrée.

Oregon

Autre découverte, le pinot noir d’Erath (19.5€), une  winery pionnière,  située dans le berceau de la viticulture orégonaise : la willamette valley. Aux antipodes du modèle bourguignon, ce vin  livre un fruit charnu impressionnant  sur  sa simple cuvée générique.

Californie

Deux noms emblématiques qui incarnent l’excellence  de la Napa Valley : Duckhorn et Stag’s leap wine  Cellar.

Le Three palms (88.5€), la  cuvée porte-drapeau de Duchkorn est focalisée sur le merlot en provenance  d’un petit  vignoble  de Calistoga. La revue américaine du Wine Spectator lui a décerné  le titre suprême de meilleur vin du monde sur le millésime 2014. La parcelle d’où émergent trois immenses palmiers est pour la Californie  ce que Pétrus est à la France. Attention : seulement 6 bouteilles de ce vin iconique sont à la vente…

Stag’s leap wine Cellar.

Autre propriété culte de Californie : Stag’s leap wine est le pourfendeur des grands crus classés  de Bordeaux,  lors d’une dégustation mémorable organisée par le journaliste anglais Steven Spurrier en 1976. Restée dans l’histoire sous l’expression du « jugement de Paris », le triomphe du Cask 23 (280€ une  seule bouteille en vente) a définitivement fait basculer les cabernets sauvignons de Californie dans la sphère des grands vins internationaux. Néanmoins le savoir-faire de cette winery prestigieuse se savoure sur un prix un peu plus raisonnable avec la cuvée Artémis (58.5€). 

Chili

Santa Rita L’un des noms les plus emblématiques de la viticulture chilienne  est disponible sur l’ensemble de sa gamme. L’occasion d’appréhender la personnalité unique du cépage carménère (secret réserve 10.35€) à la douceur tannique sublime, Péhuen (33.75€) offrant  un plus haut  degré de concentration qui exacerbe l’intensité fruitée du cépage. Mais le vin le plus révéré d’entre tous demeure la grande cuvée Casa Réal (48€) en cabernet sauvignon,  reconnue unanimement pour être  le vin le plus emblématique du Chili.

Vina Leyda : Cette bodega située dans la vallée éponyme de Leyda,  bordant l’océan Pacifique  a mis en valeur les atouts de ce terroir rafraichi par le courant froid de Humboldt .Le pinot noir de las brisas (24€) exhale des flaveurs puissantes de fruit noir tandis que la syrah (13€) détonne par ses tonalités fumées parfaitement  en phase avec un fruit dense et persistant.

Uruguay 

Une cuvée exceptionnelle et ultra confidentielle, convoitée par les meilleurs initiés du vin sera également mise en vente : Le Balasto (85€ – 6 bouteilles seulement) est une pièce de choix pour la cave d’un amateur avisé car sa constitution hors norme  le prédispose à une  garde de 20 ans  minimum. Assemblé avec le plus grand soin par une bodega avant-gardiste, en pointe dans la conduite en bio de son vignoble et bénéficiant des installations de vinification  les plus modernes au monde, le Balasto s’est imposé comme un vin d’envergure internationale. Cette cuvée de grand standing assemble l’emblématique tannat au cabernet franc et petit verdot. Dans le top 1% des vins du monde entier chez Vivino avec une note exceptionnelle de 4.4 sur 459 notations, Balasto promet le grand frisson aux amateurs de vins pourvus d’un  fort tempérament.

Afrique du sud

Pinotage Carpe diem de Diemersfontein (20.10€) : le pinotage résulte du croisement entre le pinot noir et le cinsault. Cépage spécifique à l’Afrique du Sud, il a suscité scepticisme et critiques en raison de ses nombreux égarements dans des vins déviants et une fâcheuse  tendance à exhiber des notes déroutantes de banane. En vérité, le cépage assez compliqué à vinifier peut révéler de grands rouges ( le pinotage de  Kanonkop Black Label est vendu à plus 100 dollars ) sous condition d’une bonne gestion de  son acidité , du choix d’une température de fermentation ( pas trop basse) et d’une sélection de vieilles vignes. Le Carpe Diem appartient à cette nouvelle catégorie de pinotage (20€) haut de gamme démontrant une richesse de fruit surprenante influencée par la cerise noire  et soutenue par l’élégance de tanins fondus.

Liban

Vallée de la Bekaa

La réserve du couvent de Ksara (9.95€)  constitue une valeur sûre à prix doux pour les amateurs en mal de sensation exotiques. Les vins libanais n’ont pas leur pareil pour offrir des profils de rouges charnus et acidulés, parfois accompagnés d’une légère  acidité volatile toujours  tenue en respect par la générosité de fruit. Gorgé de saveurs de mûres  et de petits fruits noirs avec  de belles évocations  d’encens, cette cuvée de grande diffusion  de la maison Ksara propose une jolie  entrée en matière sur les  vins libanais.

Maroc

Le château Roslane et sa cuvée 1er cru coteaux de l’Atlas (15€) incarne le renouveau du vin marocain. Fleuron des celliers de Meknès qui contrôlent 85% de la production marocaine, le grand rouge de Roslane s’inspire d’une ligne médocaine par l’intégration des cépages cabernet sauvignon et merlot. Son élevage en fut de chêne de 12 mois donne une belle cohésion structurelle à un ensemble opulent marqué par l’épice, le tout sur un fond vanillé élégant.

Raphno

Informations pratiques :
La Foire au vin du Leclerc de Saint-Brevin se déroule du 1 au 12  octobre.
Des dégustations  seront proposées chaque jour  de 11h à 13h et de 18h à 19h.

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