On ne présente plus Charles Gave, gestionnaire de fonds (Gavekal), essayiste, chercheur en économie, une des voix de la promotion du libéralisme économique dans une France encore très étatisée. Nous l’avions dernièrement interviewé au sujet des municipales. Dans un billet récent, il prévoit une récession économique prochaine. Nous lui avons demandé son avis.

Breizh Info : Vous écriviez en juillet dernier, « le commerce international va se viander dans les 6 mois qui viennent, ce qui dans le passé a toujours déclenché une récession ». Maintenez-vous que l’économie mondiale, et européenne en particulier, va droit vers une récession ?

Charles Gave : Oui bien sûr. Prenons l’exemple de l’Allemagne : avec une monnaie sous-évaluée et des taux d’intérêt très bas, ils ont continué tout bonnement d’investir dans tous les mauvais secteurs où ils étaient leaders, comme l’automobile. Et en plus ils ont prêté 1000 milliards d’euros à la France, l’Italie, la Grèce etc. pour que leurs habitants achètent leurs bagnoles. Donc ces 1000 milliards ils n’en reverront plus la couleur, et ils vont avoir une récession. C’est la faute de l’euro, qui est une grande escroquerie.

Breizh Info : Michelin a annoncé la fermeture d’ici 2021 de l’usine de Bamberg en Bavière et des inquiétudes émergent pour celles de Cholet et la Roche-sur-Yon non loin de Nantes ; le secteur de l’automobile semble lui aussi se contracter. Qu’en pensez-vous ? 

Charles Gave : C’est un désastre. Entre les Verts qui veulent empêcher les voitures de rouler et l’évolution technologique, l’automobile est un secteur économique qui va se contracter d’ici peu comme la sidérurgie il y a trente ans. Une voiture est immobile 90% du temps là om son patron dort, avec le développement des voitures autonomes et de l’autopartage, la demande va baisser drastiquement, et ce sera pareil pour les transports en commun. La Révolution Industrielle nouvelle est en train d’arriver et ce sera un désastre accompagné d’une récession mondiale conséquente, surtout dans la zone OCDE fin 2019. Et si on empêche comme d’habitude les canards boiteux de mourir, les sociétés viables ne dureront pas non plus.

Breizh Info : A propos de canards boiteux, que pensez-vous de Tesla qui bat des records non en production, mais en capitaux brûlés (cash burning) et jetés par les fenêtres ?

Charles Gave : C’est lié à l’idiotie des taux zéros. C’est une bulle. Normalement, pour que le capitalisme marche, il faut un coût du capital pour que seuls ceux qui ont une rentabilité suffisante aient accès au capital. Là on est en train de gâcher la chose la plus précieuse et la plus rare du monde, le capital.

Breizh Info : Et que se passera-t-il quand il n’y aura plus de capital à gâcher ?

Charles Gave : l’économie va se contracter, et comme il y a peu de création et beaucoup de destructions, l’UE va en prendre plein la gueule. On en arrivera à la fin de la connerie de l’euro. Normalement, on paie des taux d’intérêts aux gens qui épargnent, en compensation de l’incertitude du futur. Aujourd’hui les taux sont négatifs, ce qui signifie que le futur est plus certain que le présent. Ce qui est impossible. Donc depuis dix ans on est dans un monde magique, avec beaucoup de faux prix, comme dans l’immobilier.

Breizh Info : Où investir alors ?

Charles Gave : J’ai fait une liste d’entreprises cotées qui fabriquent de vrais produits. Il faut avoir zéro en obligations et des actions qui n’ont rien à voir avec les États, comme LVMH, Air Liquide, Accord, Schneider, Danone, Total etc. Une quinzaine de valeurs refuges en France.

Breizh Info : Pas chez Bolloré ?

Charles Gave : Il est quand même très impliqué avec les États en Afrique. Or, si l’État a au moins un siège au conseil d’administration, n’investissez pas, vous serez spolié. Ce qui exclut les médias, les services publics, les banques, les assurances…

Breizh Info : La récession touchera-t-elle aussi de plein fouet la France ?

Charles Gave :  J’ai lu quelque part que la France représentait 3% du PIB mondial et 15% des dépenses sociales mondiales [en 2011, ça ne s’est pas arrangé depuis ; en 2018 32% du PIB est passé dans les dépenses sociales brutes, dont la moitié dans les retraites], ça ne pourra pas marcher longtemps ainsi.

Breizh Info : Plusieurs analystes économiques russes constatent ces derniers mois que le miracle économique de Trump n’est pas survenu, et que les signes de contraction économique se multiplient aux États-Unis, qu’en pensez-vous ?

Charles Gave : Les signes de krach se multiplient un peu partout. Mon boulot ce n’est pas d’annoncer qu’il faut acheter des fusils et des boîtes de sardines. Cependant aux États-Unis, ils sont à l’origine de tous les secteurs de croissance, contrairement à l’UE, donc cela se contractera beaucoup moins que l’UE.

Propos recueillis par Louis-Benoît Greffe

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