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Un fantasme, le concept de « grand remplacement » ? Allez donc le dire aux peuples d’Amazonie. Ils l’ont vécu. Les vestiges fragiles de leurs civilisations sont en même temps un terrible avertissement.
Le château des ducs de Bretagne, à Nantes, accueille jusqu’au 19 janvier l’exposition « Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt », conçue par le Musée d’ethnographie de Genève (MEG). Elle ne raconte évidemment qu’une histoire d’après la Conquête : l’Amazonie précolombienne, sans doute bien plus peuplée, a disparu à jamais.
La faute aux Portugais ? Pas seulement. Outre les attaques des Incas au XVIe siècle, la région a connu de féroces guerres inter-ethniques, des épidémies et surtout l’acculturation : ses peuples ont adopté la culture des envahisseurs – y compris parfois celle d’esclaves africains. Le grand remplacement est physique et mental : les descendants contemporains des Amazoniens précolombiens sont avant tout des Brésiliens comme les autres. Demeurent aussi des populations éparses, restées à l’écart. L’exposition du château de Nantes ne prétend pas en dresser un tableau exhaustif. Elle offre un aperçu des coutumes d’une quinzaine d’ethnies (Wayana, Yanomami, Shuars, etc.) sur les 246 recensés au Brésil – pour moins d’un million de personnes.
Plumes d’ara sans têtes réduites
Les musées ethnographiques d’autrefois cultivaient le spectaculaire : pas d’Amazonie sans tsantsas (les fameuses têtes réduites), flèches empoisonnées et terribles rites initiatiques. L’exposition du MEG évoque à peine cette Amazonie farouche. Paisible et presque poétique, elle est centrée sur une pratique commune de la région : le chamanisme, qui professe l’unité du monde des hommes, des animaux et des esprits. À tout problème concret, le chamanisme est capable de proposer une réponse spirituelle ; une démarche séduisante mais qui de tout évidence n’a pas fait le poids face à la civilisation plus rationnelle des Portugais.
Exposer le chamanisme est une gageure. Faute de pouvoir représenter ce qui se passe dans les têtes, le MEG réclame au visiteur un effort intellectuel : la lecture des cartels est indispensable. Pourtant, le simple « consommateur d’exposition » n’est pas déçu. Il a sous les yeux un choix d’objets significatifs, souvent utilisés dans des cérémonies chamaniques. Il admire en particulier de somptueuses plumasseries qui exploitent avec art les couleurs chatoyantes des oiseaux de la forêt ou des bijoux et ornements faits de dents de singes et de jaguars. La composition habile des vitrines évite tout sentiment de saturation. Des installations sonores instillent une ambiance « amazonienne » faite de vent dans les feuilles, de chuchotis de ruisseaux et de cris d’oiseaux. Des vidéos et des collections photographiques montrent aussi de visu des Amazoniens en chair et en os, et pas seulement en plumes et en poils.
L’exposition est visible depuis le 15 juin au château de Nantes mais son rythme s’accentue au cours de ce mois d’octobre avec des visites guidées et des ateliers pour enfants (voir le programme sur http://www.chateaunantes.fr/fr/evenement/amazoniehttp://www.chateaunantes.fr/fr/evenement/amazonie). C’est donc le bon moment pour la visiter.
E.F.
Crédit photo : DR
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