Au sud du Brésil, une enclave européenne aux opportunités insoupçonnées

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Il est des trajets qui valent plus que le déplacement. Le long voyage de vingt heures en bus reliant Buenos Aires à Porto Alegre, traversant les plaines argentines le long du fleuve Uruguay, avant d’atteindre les terres ondoyantes du sud brésilien, en est un. Il constitue une leçon d’économie appliquée, une épreuve de réalité pour qui s’intéresse aux mutations de l’Amérique du Sud. D’un côté, l’Argentine désindustrialisée, réduite à une ombre d’elle-même par quarante années de chimères populistes, où l’on serre la ceinture jusqu’à l’os, où l’on économise sur l’entretien pour donner à manger à ses enfants. De l’autre, le Brésil, qui a poursuivi sa marche, non sans heurts, mais avec cette force propre aux terres neuves.

Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul, tranche par sa vitalité et sa propreté. On y retrouve cette urbanité méthodique propre aux contrées où l’influence européenne demeure vivace. Ce n’est pas un hasard. Loin des clichés cariocas, ce Sud brésilien se démarque par une culture, une économie et un cadre de vie singuliers qui pourraient bien intéresser les entrepreneurs français en quête d’expansion.

Une terre européenne en Amérique du Sud

Le Rio Grande do Sul, accompagné des états de Santa Catarina et du Paraná, forme un bloc que d’aucuns qualifient de « petite Europe ». L’histoire y est pour beaucoup : depuis 1824, des vagues de peuplement allemandes et italiennes y ont imprimé leur marque. Ces immigrations successives ont généré une société structurée autour d’entreprises familiales, solidement ancrées dans le tissu économique local et conservant d’intenses liens avec l’Europe. C’est un monde où l’on parle encore, ici et là, l’allemand et l’italien, où les enseignes évoquent la Bavière ou le Piémont, et où l’on trouve sans peine une taverne servant un Gorgonzola digne de ce nom.

Le climat lui-même se distingue du reste du Brésil. Les saisons marquent leur empreinte, avec des hivers où l’on fait du feu dans la cheminée et des étés pesants, parfois caniculaires. Il n’est donc pas question ici de plages infinies et de cocotiers, mais d’un environnement propice à une vie réglée, ordonnée, dans des villes à taille humaine où l’on vit et travaille sans l’oppressante fébrilité de Sao Paulo.

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Pourquoi s’installer ici et non à Sao Paulo ?

Le Brésil, ce colosse aux pieds d’argile, impressionne par son gigantisme. Sao Paulo, le cœur économique du pays, attire logiquement les entreprises étrangères. Pourtant, Porto Alegre et sa région recèlent des avantages concrets. La formation technique y est de bon niveau, avec de solides écoles d’ingénieurs. Le tissu industriel est fait de PME et d’ETI très performantes, souvent tournées vers l’exportation. Ce maillage d’entreprises à taille intermédiaire, habituées aux exigences des marchés occidentaux, constitue un levier efficace pour un industriel français cherchant à développer une activité sur place.

Le coût de la vie y est nettement plus abordable qu’à Sao Paulo, et la proximité de l’Argentine et de l’Uruguay facilite les affaires. Montevideo n’est qu’à 850 km ; Buenos Aires, aisément accessible via le ferry depuis Colonia del Sacramento. Loin de l’enfer urbain pauliste, où l’on perd des heures dans les embouteillages et où la sécurité demeure précaire, la vie au sud offre un cadre plus serein, tout en restant connecté aux réseaux internationaux.

Des opportunités, mais pas sans précautions

Pour autant, le Brésil n’est pas un éden. Comme le disait Tom Jobim, « le Brésil n’est pas un pays pour débutants ». L’insécurité y est réelle, qu’elle soit physique ou juridique. Monter une entreprise y relève d’un parcours du combattant administratif, exigeant des relais locaux solides et une parfaite connaissance des rouages bureaucratiques. Sans contacts de confiance, le risque est grand de se perdre dans un labyrinthe réglementaire où la corruption, bien que moins prégnante dans le Sud que dans d’autres régions, n’est jamais tout à fait absente.

Le marché brésilien reste protectionniste. Tout produit importé y est lourdement taxé, rendant la fabrication locale souvent plus pertinente qu’un modèle basé sur l’importation. Les différences fiscales avec la France jouent cependant en faveur de l’entrepreneur, même si l’état actuel du gouvernement Lula laisse craindre un retour en force de la bureaucratie et des prélèvements confiscatoires.

Un colosse tourné vers lui-même

Le Brésil est une puissance continentale qui, par sa taille et son histoire, s’est toujours pensée comme un empire tourné sur lui-même. Les Français y sont peu présents, bien que paradoxalement, la France soit le premier employeur étranger dans le pays via des entreprises comme Carrefour. Le pays a longtemps regardé vers l’Europe, mais aujourd’hui, la mondialisation l’a davantage tourné vers les États-Unis et la Chine.

Le Sud du Brésil, par sa culture, son dynamisme économique et sa relative stabilité, constitue un point d’entrée privilégié pour qui veut comprendre et investir ce marché. Ce n’est pas un terrain aisé, mais c’est un territoire où l’esprit pionnier demeure, où l’on n’attend pas que l’État subvienne à tout, et où une certaine idée du capitalisme productif a encore droit de cité. Une enclave européenne, aux portes de l’immense Brésil.

Balbino Katz

Envoyé spécial de Breizh infos à Porto Alegre.

Crédit photo : DR
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2 réponses à “Au sud du Brésil, une enclave européenne aux opportunités insoupçonnées”

  1. PL44 dit :

    Il y a quelques années, il y avait un mouvement pour l’indépendance des trois états de l’extrême sud du Brésil. Je ne sais pas où ça en est.
    Egalement un mouvement négriste.

  2. Raymond Neveu dit :

    Oui vous trouvez là trois états alémaniques où on peut s’exprimer en allemand…ich bin krank gewezen! Rien à voir avec le Nordeste!

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