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Jean-Yves Le Drian en prend plein la poire dans La lettre à ceux qui ont renoncé à la Bretagne. Son auteur, Yvon Ollivier, oublie trois notions essentielles : le rapport de force, le poids politique et l’appui médiatique.
La polémique, un exercice difficile
La polémique est un exercice difficile. Yvon Ollivier s’y essaie dans La lettre à ceux qui ont renoncé à la Bretagne (Le Temps éditeur). Et Jean-Yves Le Drian en prend pour son grade dès la première page puisque l’ouvrage est sous-titré « De la trahison des notables socialistes ». « Jean-Yves Le Drian peut avancer avoir préservé la région Bretagne d’une disparition dans le Grand Ouest. L’élément de discours fut largement diffusé. Certains lui en savent gré ou font mine de l’être. Je ne me résignerai jamais à voir dans le statu quo une quelconque victoire, lorsqu’il s’agissait de faire accepter la décision de sa formation politique, sur le dos des Bretons.
Jean-Yves Le Drian nous dit avoir mis sa démission de ministre dans la balance pour éviter la dissolution dans le Grand Ouest. L’a-t-il vraiment fait ou faut-il y voir une mise en scène pour accréditer sa posture de premier défenseur de la Bretagne ? Qu’importe ! Ce qui est sûr, c’est qu’il aurait dû user de son formidable poids politique pour arracher la réunification, en mettant sa démission dans la balance et pourquoi pas son retrait du PS en vue de créer un parti progressiste en Bretagne. À coup sûr, il eût emporté la décision. C’est aussi pour cela que nous devons parler de renoncement. » (page 23).
« La politique est l’art du possible »
Copain du président de la République, François Hollande, pilier du gouvernement en tant que ministre de la Défense nationale, Jean-Yves Le Drian pouvait obtenir certaines choses, mais pas tout. Il avait déjà eu la tête de Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, en intrigant méchamment et en savonnant la planche du maire de Nantes, farouche partisan de la fusion Bretagne (4) et des Pays de la Loire. Si, au moment de l’examen du projet de loi portant sur la délimitation des régions, Ayrault s’était trouvé à Matignon, à coup sûr, il aurait imposé la fusion et Le Drian n’aurait pas pu s’y opposer. Mais une fois Ayrault passé à la trappe et Manuel Valls installé à Matignon, un obstacle majeur disparaissait. D’autant plus que la fusion ne constituait pas la préoccupation majeure du nouveau Premier ministre. Donc, à partir du 1er avril 2014, Le Drian se trouve en position de force tandis que Ayrault redevient député de base – sans poids politique particulier. Pour autant si Hollande peut lui faire avaler une première pilule – la disparition de la fusion –, il ne peut le piétiner davantage en lui imposant la réunification ; et ça Le Drian le sait. Or, Richelieu l’affirmait, « la politique est l’art du possible ». Par conséquent la loi relative à la délimitation des régions (16 janvier 2015) maintiendra le statu quo pour la Bretagne (4) et les Pays de la Loire ; elle est le reflet d’un rapport de force à un moment donné.
Remettre la réunification à l’ordre du jour ?
Pourtant, après ce signalé service rendu à la Bretagne, Le Drian n’est pas obligé de s’endormir sur ses lauriers. Puisqu’une nouvelle étape de la décentralisation se trouve dans les tuyaux, rien ne lui interdit de remettre sur le tapis cette question. Bien entendu, on ne peut pas raisonner simplement « réunification de la Bretagne » ; ce sont toutes les régions de l’ouest qu’il conviendrait alors de remodeler. Le délicat problème de la capitale régionale – Nantes ou Rennes – empêche également la réunification – les élites des deux métropoles trouvent là un argument formidable pour faire barrage. Puisqu’on nous parle beaucoup de « différenciation », une solution bicéphale, propre à la Bretagne, permettrai d’éviter le blocage : l’exécutif dans l’une et le délibératif dans l’autre, par exemple, puis partage des différentes institutions régionales.
« Breizh Lab » a donc du pain sur la planche pour proposer des solutions originales, faire pression sur le gouvernement et convaincre l’opinion bretonne du bien-fondé de la réunification. Avec 500 inscrits (dont 300 cotisants), Breizh Lab n’est pas parvenu à entraîner dans son sillage les têtes pensantes (élus, apparatchiks) du PS en Bretagne ; ce qui ne favorisera pas la tâche de Le Drian. La cause bretonne n’a pas l’air de mobiliser davantage les nouveaux venus de LREM (Florian Bachelier et compagnie).
Bernard Morvan
Crédit photo : DR
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