L’Assemblée nationale a voté, le 23 juin, le principe d’une autonomie inédite pour la Corse. Adaptation des lois nationales, pouvoir d’édicter ses propres normes, reconnaissance d’une « communauté insulaire, historique, linguistique, culturelle, ayant développé un lien singulier à la terre corse » : l’île arrache, après un demi-siècle de combat, ce que Paris a toujours refusé aux nations qui composent l’Hexagone. Pour beaucoup de Bretons, le sentiment est double. La satisfaction de voir une brèche s’ouvrir dans le mur jacobin. Et l’évidence, immédiate, que ce qui est juste pour la Corse l’est tout autant pour la Bretagne.
Le réveil démocratique passe par les peuples, pas par les préfectures
L’actualité corse arrive au moment précis où le modèle démocratique français se délite. Aux dernières régionales en Bretagne administrative, l’abstention a frôlé les deux tiers, et le pouvoir régional s’est constitué avec le vote favorable d’à peine un dixième des inscrits. Qui ce pouvoir représente-t-il ? Une région aux compétences dérisoires – si ce n’est celle de dilapider l’argent public – relais institutionnel de l’État, qui voile son inutilité sous une communication permanente. Le peuple ne s’y trompe pas : il déserte des urnes qui ne décident de rien.
La leçon corse est limpide. La démocratie ne revit que lorsqu’on rend aux peuples le pouvoir de décider de ce qui les concerne. C’est au niveau local que la souveraineté populaire doit vibrer, par le droit d’initier de véritables référendums décisionnels — et non ces consultations que l’on accorde pour mieux en trahir le résultat, comme en Loire-Atlantique sur la réunification. Tout le reste n’est qu’hégémonie déguisée.
La Bretagne a les mêmes titres que la Corse, et davantage
Le rapporteur du texte corse l’a dit dans l’Hémicycle : personne ne peut croire que le code de l’urbanisme doive être identique à Rueil-Malmaison et à Ajaccio. Il en va exactement de même entre Rueil-Malmaison et Carhaix, entre les bureaux parisiens et les ports, les bourgs et les landes de la péninsule armoricaine. La Bretagne possède une langue, une histoire millénaire, un droit ancien, une culture vivante et une géographie propres. Si la Corse peut adapter les lois nationales à ses « intérêts propres » et légiférer en matière d’aménagement, de foncier, de tourisme ou de langue, par quelle logique la Bretagne en serait-elle indigne ?
Du reste, les parlementaires hostiles au texte corse l’ont eux-mêmes reconnu, à leur corps défendant, en redoutant qu’il ne « suscite des velléités autonomistes » en Alsace, au Pays basque et en Bretagne. Qu’ils se rassurent : ces velléités n’ont pas attendu la Corse. Elles attendent seulement leur heure.
Mais une autonomie sans nation n’est qu’une coquille vide
C’est ici qu’il faut être lucide, et même intransigeant. Réclamer l’autonomie ne suffit pas. Encore faut-il savoir au nom de qui on la réclame. Une autonomie accordée à un simple territoire administratif ne serait qu’une décentralisation de plus, un transfert de sièges et de subventions au profit des mêmes clans, des mêmes partis, des mêmes professionnels de la politique. Le Parti socialiste breton l’a parfaitement compris, lui qui s’apprête à récupérer les mots « fédéralisme » et « autonomie » dans le seul but que rien ne change.
La gauche bretonne, qui n’a eu de cesse de proclamer des poncifs « on ne nait pas breton, on le devient », ou encore « Bretagne, terre d’accueil et de métissage« , depuis des décennies, pour imposer un concept plutôt qu’une vérité, est allée dans le même sens : celui de la dissolution et de la désintégration d’un peuple (lors du débat sur l’autonomie à Carhaix, la semaine passée, Gaël Roblin, élu indépendantiste et communiste, évoquait le devoir d’aller parler à la « Bretagne des tours », omettant de préciser que la majorité de cette Bretagne des tours…n’est pas bretonne justement – tout comme n’est pas bretonne cette « Bretagne des maisons secondaires » qui pullulent sur toute la côte, ni celle des « réfugiés/retraités climatiques » venus de tout l’hexagone).
L’autonomie n’a de sens que si elle est l’autonomie d’un peuple. Or un peuple n’est pas une population. On n’est pas breton par le seul fait de résider ou d’être né entre la Loire et la pointe du Raz. La Bretagne n’est pas une circonscription que l’on intègre en y posant ses valises : elle est une communauté de filiation, de sang, faite d’une histoire partagée, de langues, d’une mémoire, d’un lien charnel à une terre transmis de génération en génération. C’est précisément ce que le texte corse reconnaît en parlant d’une communauté « ayant développé un lien singulier à la terre ». Retirez cet enracinement, retirez la transmission et l’héritage, et la Bretagne cesse d’être une nation pour n’être plus qu’une idée, une construction administrative interchangeable.
En finir avec l’universalisme abstrait
C’est tout le modèle républicain français qu’il faut ici congédier. Cet universalisme abstrait, qui prétend que la nationalité se résume à des papiers et que l’on devient breton, ou français, par décret, est l’ennemi des peuples enracinés. Il dissout les communautés réelles dans une citoyenneté hors-sol, au nom d’une égalité de façade qui n’a jamais empêché les inégalités de revenus de croître ni l’élite parisienne de vivre dans son entre-soi. D’ici quelques décennies, cet universalisme tuera démographiquement les nations d’Europe si les idiots utiles continuent à proclamer que tout le monde peut être breton, basque, corse…pensant qu’il en serait de même au Cameroun, ou au Népal.
La Bretagne doit oser penser autrement. Une autonomie véritable doit lui permettre d’affirmer une priorité bretonne — à l’emploi, au logement, à l’embauche — au bénéfice de ceux qui font et perpétuent ce peuple. Non par hostilité envers quiconque, mais par cette évidence que toute nation digne de ce nom protège d’abord les siens, leur accès au travail et à un toit sur leur propre terre. C’est, du reste, l’esprit de la « priorité régionale » que certains ont défendue pour la Corse. Ce qui vaut là-bas vaut ici.
Que la Bretagne montre le chemin
Le texte corse devra encore franchir le Sénat (ce n’est pas gagné vu le jacobinisme ambiant dans ce pays) et son sort reste incertain. Mais la brèche est ouverte, et l’histoire ne repasse pas les plats. La Bretagne ne doit pas attendre qu’on lui concède, dans dix ou vingt ans, des miettes négociées dans les couloirs feutrés de Paris. Elle doit poser dès maintenant ses propres termes : une autonomie réelle, fondée sur la reconnaissance d’une nation bretonne, dotée du pouvoir de décider de son cadre territorial, de sa sécurité, de sa justice, de son histoire, de ses langues, de son foncier, de son économie et de la protection des siens.
N’ayons plus peur du peuple breton. Rendons-lui la parole avant qu’il ne songe à la reprendre. C’est, peut-être, le seul chemin qui nous éloigne à la fois de l’effacement tranquille et de la montée des haines. La Corse vient de prouver qu’un demi-siècle de luttes et de patience pouvait déboucher sur une victoire. À la Bretagne, désormais, de montrer le chemin.
YV
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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